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Des logements qui s’intègrent au paysage et créent de l’urbain

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Des logements qui s’intègrent au paysage et créent de l’urbain

Ces maisons à ossature bois s’intègrent dans le paysage, en respectant la topographie du terrain et en s’inspirant architecturalement des maisons basses et rectangulaires du pays de Caux.

© (Doc. Lacau.)

Implanter des maisons en placette tout en respectant les dénivelés du terrain, et sans sortir du cadre budgétaire alloué, telle est la réussite de cette opération de 11 logements, prouvant que le mitage du lotissement traditionnel n’est pas une fatalité.

Construit dans une ­petite vallée aboutissant à la mer et formant ­entaille dans une falaise, ­Veulettes-sur-mer (Seine-­Maritime) est un village du pays de Caux, situé entre Fécamp et Dieppe. C’est sur un coteau de cette « valleuse » qu’est venu se nicher un lotissement de onze logements sociaux, basé sur la volonté de se dégager du concept de lotissement traditionnel. Au cours du projet, œuvre des architectes Rémy Lacau et ­Frédéric Mathieu, plusieurs problèmes ont été résolus : intégrer harmonieusement des maisons dans un environnement vallonné, évacuer les eaux pluviales sur le site car le réseau communal était déjà saturé, faire des constructions légères rapides à mettre en œuvre et rester dans un plafond de coût imposé. Il utilise au mieux la forme complexe dense en talus de ce terrain de 4 754 m2 (hors voirie) pour proposer une implantation d’habitations qui tranche radicalement avec le concept « maison de promoteur » (terrain plan et façades alignées). Ainsi, la voie de desserte adopte un tracé légèrement sinueux pour épouser le plus naturellement la forme du terrain, tout en assurant un bouclage sur les routes extérieures afin d’éviter que le lotissement ne soit fermé sur lui-même. Pour garantir la transition avec le tissu existant, le lotissement conserve une prairie d’environ 2 000 m2 et un paysage de talus. Dans la même démarche, les habitations sont disséminées en trois lots de 4, 4 et 3 maisons et regroupées au sein d’un même lot autour d’une placette en béton « balayé », pour recréer une ambiance proche de la configuration classique de village. Sur un aspect constructif, la placette permet également aux véhicules de manœuvre et de s’affranchir du coup d’une aire supplémentaire d’accès aux garages.

Maîtriser les eaux pluviales sur le site

Une contrainte majeure du cahier des charges obligeait les architectes à gérer les eaux pluviales. Le principe a constitué à assurer le stockage et l’infiltration sur le terrain (pour des pluies de « période retour 20 ans ») par l’entremise d’une noue, système qui permet la régulation et l’écrêtement des débits, tout en créant un paysage végétal. Un fossé planté a d’abord été aménagé afin de freiner les eaux de ruissellement des parcelles situées en amont du terrain de lotissement. Les eaux de toiture de chaque maison sont récoltées dans des regards qui les déversent via un collecteur dans un dispositif d’infiltration naturelle dans le sol (réservoir de 2 x 2 x 1,5 m). En cas de trop-plein, un collecteur en PVC de 100 mm de diamètre est relié à la noue chargée de l’assainissement des eaux de voirie. Au-dessus de la voie de desserte, un fossé drainant est d’ailleurs aménagé pour faciliter l’infiltration et retarder l’écoulement des eaux des parcelles en amont. La noue de voirie est ramenée à un collecteur de 200 mm conduisant à une noue de stockage, d’un volume de 380 m3, au fond de laquelle a été réalisé un fossé drainant de 30 m3. Une canalisation, liée à un dispositif de surverse, est raccordée en aval au réseau existant de la ville. Sur ce terrain ainsi « viabilisé », les onze logements sociaux, de type PLS (1), sont répartis en quatre T3 de 65,55 m2 et sept T4 de 78,90 m2, sur des parcelles allant de 333 à 635 m2. Ils sont de type R   1, les T4 étant en plus sur sous-sol semi-enterré.

Le bois, pour une préfabrication totale

Plusieurs raisons ont présidé au choix d’une ossature en bois, d’abord un budget restreint de 796 500 € HT pour 940 m2 de SHON (coût bâtiments hors VRD), puis la volonté de limiter le poids de la structure par rapport au terrain. Surtout, la préfabrication possible de l’ensemble charpente–façades–planchers en atelier a permis, en définissant deux modèles uniques de maison (T3 et T4), une mise en œuvre rapide et un phasage de chantier optimal (voir encadré). Ces constructions en bois ont une volumétrie simple, sur une base rectangulaire pour rappeler la tradition des longères de la région, avec toit d’ardoises à deux pentes de 45° (contrainte imposée par la proximité d’une église classée). L’implantation des pignons en bordure de l’espace public, à la différence d’un lotissement classique qui privilégie la maison en milieu de terrain, s’inscrit dans la continuité de l’urbanisme régional. Elle permet de diminuer les terrassements en déblais-remblais, contraignants sur ce type de terrain. Les socles en maçonnerie ont été réalisés en été, les ossatures bois des maisons ont été livrées sur chantier en continu à raison de deux par semaine alors que la pose avançait au rythme de 1,5 structure complète par semaine. Les couvertures étant posées dans la foulée, cela a permis une mise hors d’eau rapide, et des travaux d’aménagements intérieurs démarrés plus tôt, pour aboutir à la livraison d’une maison par mois. Le chantier aura duré moins d’un an. La charpente a été réalisée en épicéa, de classe de durabilité 2 obtenue par trempage, le bardage extérieur met en œuvre du sapin du Nord blanc (de classe 3 sous autoclave) pour les clins. Le pin rouge, de classe 4 sous autoclave, a été utilisé pour les ouvrages spécifiques, cornières et potelets d’angle, menuiseries et habillage extérieurs. Les murs de soubassements, en parpaings creux, sont totalement recouverts de clins en bois qui donnent l’impression d’un encastrement au sol et assurent la continuité esthétique de la façade. Les menuiseries classiques, en PVC gris clair, sont équipées d’un volet roulant pour la baie du séjour et de volets extérieurs en bois stratifié de résine pour l’entretien et la durée dans le temps. De type coulissant, ils se déclinent en trois couleurs (rouge brique, vert prairie et bleu mer) soit une teinte par lots de maisons pour signifier l’appartenance à leur placette et renforcer la notion d’unité sociale. De dimensions différentes selon les menuiseries, ces volets donnent une impression de façade changeante sur laquelle se déplacent des panneaux de couleur. Des rails de guidage horizontaux encadrent et soulignent le dessin des volets et fenêtres. Deux couvre-joints verticaux sur la façade renforcent cette sensation visuelle de tableau géométrique en mouvement. À l’intérieur, les architectes ont voulu apporter une surface supplémentaire en surélevant les combles pour obtenir des bas de combles quasiment habitables. Ainsi, une chambre de 9,15 m2 habitables a en réalité une superficie au sol de15,60 m2 avec 70 cm en bas de pente.

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