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Des édifices hors normes qui s'adaptent au développement durable

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Des édifices hors normes qui s'adaptent au développement durable

Installés le long des façades latérales, les espaces de bureaux participent à la hiérarchisation et au séquençage des volumes. Les personnes qui y travaillent ont ainsi une vue sur le paysage, plus confortable que celle donnant sur la cour camions.

© (Doc Urban Real Estate.)

Frédéric Bourstin, architecte de l’agence B&B Architectes, conçoit les entrepôts d’Urban Real Estate, société spécialisée dans la construction et la location de bâtiments logistiques de très grande taille, dotés d’une superficie moyenne de 50 000 m2. Ces bâtiments nécessitent des réponses spécifiques dans une optique de développement durable.

Avec leurs dimensions exceptionnelles, les entrepôts logistiques soulèvent des problématiques particulières. La sécurité en est une importante, avec le risque d’incendie, mais aussi avec la sécurisation des marchandises stockées. Les exigences réglementaires qui en découlent doivent être prises en compte dès la conception.

Par ailleurs, les questions relatives au traitement de l’ambiance et à l’éclairage ciblent les personnes davantage que la totalité du volume. Outre des solutions déjà mises en œuvre, l’architecte réfléchit aux entrepôts de demain avec un parti pris avant-gardiste.

EMPLACEMENT Comment déterminer le lieu d’implantation d’un entrepôt ?

Frédéric Bourstin : Le choix de l’emplacement dépend toujours des transports disponibles. Pour être intéressant, un site doit être au moins bimodal, en général avec le chemin de fer et la route. Certains sont trimodaux lorsqu’ils cumulent la proximité avec une zone portuaire. Les aéroports qui acceptent le fret aérien constituent également un moyen de transport utile, en fonction des marchandises. L’aspect écono­mique est important également puisqu’Urban Real Estate souhaite louer ses entrepôts à des loyers compétitifs avec un bail de 9 ans. Le prix du foncier joue donc un rôle essentiel, tout comme la nature du sol, qui doit permettre de fonder facilement et à moindre coût le bâtiment. Le choix des matériaux de gros œuvre et celui des équipements techniques est tout aussi important, puisque la moindre dépense est à multiplier par le nombre de mètres carrés. La taille des entrepôts peut aller jusqu’à 90 000 m2, ce qui oblige à travailler différemment par rapport à des immeubles tertiaires ou à des logements.

CONCEPTION Quels sont les axes de travail ?

La conception des bâtiments logistiques a beaucoup évolué ces dernières années, en particulier grâce à la mise au point du référentiel HQE bâtiments logistiques, auquel nous avons contribué activement, avec un bâtiment pilote à Soissons (Aisne). Concevoir un bâtiment de cette importance oblige à réfléchir sur la perception du bâtiment par les personnes qui y travaillent au quotidien et à son intégration dans un site. L’ensemble s’effectue à une échelle qui n’a rien à voir avec notre pratique habituelle.

La perception est prise en compte par la hiérarchisation et le séquençage des volumes. Sur les deux entrepôts de Soissons, par exemple, nous avons utilisé deux nuances de gris, clair et sombre, pour différencier les entrepôts. Les teintes foncées ont été recommandées par l’agence de paysagistes HYL (75), car elles s’inséraient mieux dans les dominantes du paysage. Un jeu sur les propriétés réfléchissantes ou mates des teintes des bardages complète le travail sur la couleur. La hiérarchisation se traduit également dans la toiture avec des hauteurs de volumes différenciées. Contrairement à l’habitude, les bureaux ne sont plus installés sur la cour camions, mais le long des façades latérales. Les personnes qui y travaillent profitent ainsi d’une vue sur un paysage boisé et non plus sur les véhicules gros porteurs. De la même manière, les parkings pour les voitures sont constitués de petites zones ombragées et non plus de grands espaces qui se transforment en fournaise l’été. Ce concept a été approfondi à Amilly (Loiret) où les bureaux sont séparés des entrepôts. Grâce à cette séparation, ils sont conçus suivant les principes bioclimatiques, avec une orientation nord/sud et traversant pour faciliter la ventilation naturelle. Cela était impossible tant que les bureaux étaient accolés aux entrepôts. De même, les chauffeurs bénéficient d’un espace dédié pour se reposer et prendre une collation. L’intégration paysagère passe ensuite par la plantation de nombreux arbres autour du site et la mise en place de noues paysagères.

SÉCURITÉ Comment réduire les risques d’incendies ?

Les entrepôts logistiques sont soumis à une réglementation très stricte en matière de risques incendie. Le plus simple est d’intégrer ces impératifs lors de la conception. Ces bâtiments sont soumis à plusieurs rubriques dans le cadre des Installations classées pour la protection de l’environnement. Afin d’obtenir l’autorisation d’exploiter la plus large possible, Urban Real Estate prend en compte la plupart des marchandises. La majorité des bâtiments concernent les rubriques :

• 1510 sur le stockage de produits combustibles dans des entrepôts couverts ;

• 1530 sur le dépôt de bois, papier, carton ou matériaux combustibles analogues ;

• 2662 sur le stockage de polymères ;

• 2663 sur le stockage de pneumatiques et produits composés d’au moins 50 % de ­polymères ;

• 1432 sur le stockage en réservoir manufacturés de liquides inflammables ;

• 1412 sur le stockage de boitiers d’aérosols.

Parmi les exigences réglementaires, il est obligatoire de construire l’entrepôt à 20 m au minimum de la limite du terrain, afin d’éviter la propagation d’un incendie à un tiers. De même, les parois entre les cellules seront coupe-feu et les locaux équipés de sprinklers. Les eaux utilisées pour l’incendie doivent obligatoirement être confinées puis analysées. Si elles ne présentent aucune contamination, elles pourront ensuite être rejetées. Dans le cas contraire, elles ­feront l’objet d’un traitement spécifique.

ÉCLAIRAGE Quels sont les enjeux liés à la lumière ?

Afin de privilégier l’éclairage naturel, les ­façades donnant sur les quais de chargement et de déchargement, qui jouxtent souvent les lieux de préparation, sont munies de bandes lumineuses verticales. Elles participent au séquençage des ­immenses volumes de la halle de stockage et éclairent les zones qui ont ­davantage besoin de lumière. L’éclairage ­naturel filtre également à travers de nombreux lanterneaux en toiture. L’idée est de limiter le plus possible les consommations d’énergie liées à l’éclairage. Les lampes sont localisées sur les zones de circulation entre les racks et dans l’espace de préparation. Afin de réduire les dépenses énergétiques, nous mettons en œuvre des systèmes à détection de présence ou à variation en fonction de la lumière du jour. Prochaine étape : équiper les toitures de panneaux photovoltaïques.

AMBIANCE Comment chauffer des entrepôts de plusieurs milliers de m2 ?

Il ne s’agit pas de chauffer l’ensemble du bâtiment, mais d’apporter la chaleur là où elle est nécessaire, c’est-à-dire au niveau des personnes et des postes de travail. Dans ce cas, nous privilégions l’installation de systèmes radiants. De la même manière, la climatisation n’est généralement pas nécessaire. Pour ces raisons, l’isolation est également réduite au minimum, ce qui amoindrit les coûts de construction. Pour les espaces qui nécessitent d’être chauffés, la solution de la boîte dans la boîte est alors plus pertinente. Dans le cadre d’entrepôts à température contrôlée, la philosophie est différente.

Là, l’isolation et le système de traitement d’air sont adaptés aux marchandises. Dans ce cas, nous recherchons un mode de production d’énergie adapté aux besoins. La géothermie avec des piquages profonds ou sur aquifère constitue une alternative intéressante.

PROSPECTIVE Comment envisagez-vous les entrepôts de demain ?

Nous avons imaginé deux concepts de bâtiments qui prennent en compte les problématiques d’énergie et de développement durable. Ce travail prospectif a été réalisé en collaboration avec plusieurs bureaux d’études dont Keylog, spécialisé en transitique, la logistique liée aux flux intérieur des bâtiments. Nous avons ainsi développé le City hub, un entrepôt de cinq étages, qui s’installe à proximité des villes. L’énergie est assurée par les panneaux photovoltaïques et des éoliennes en toiture. Cette énergie alimente ensuite une flotte de véhicules propres qui va livrer les produits en ville. Pensé pour répondre aux besoins de 15 entreprises différentes, l’entrepôt fonctionne grâce à un système interne de répartition des paquets, bien plus complexe et adapté qu’un simple monte-charge. Ce concept réduit de façon importante les émissions de CO2.

Autre bâtiment d’avenir, le crossdocker se caractérise par sa forme circulaire. Il constitue une réponse pour concevoir un entrepôt de 55 000 m2. La forme offre une vision sur laquelle le regard glisse. Les camions accèdent par l’intérieur et l’extérieur, tandis que les trains peuvent accéder par l’extérieur. Le bassin central sert à l’agrément et à la ­récupération des EP. Les cellules s’organisent sur un plan trapézoïdal, afin d’obtenir autant de rack que dans une forme classique rectangulaire. Ces concepts restent très avant-gardistes, mais des utilisateurs potentiels envisagent déjà d’adapter ces idées à leurs besoins actuels.

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