Nous suivre Les Cahiers Techniques du bâtiment

Dossier

Des contraintes acoustiques maîtrisées dans un entrepôt

Sujets relatifs :

Des contraintes acoustiques maîtrisées dans un entrepôt

Après plus de dix ans de travaux, en plein cœur de Marseille, l’ancienne Manufacture des tabacs de la Belle de Mai achève une profonde mutation. Répartis sur trois îlots, ses 120 000 m2de planchers ont été progressivement réhabilités donnant tout d’abord naissance à un espace de création contemporaine puis à un centre de patrimoine et enfin, à un Pôle médias. Livré au printemps 2004, ce dernier abrite 23 000 m2de planchers. (Docs. Christel Tulli.)

L’aménagement de trois studios d’enregistrement dans une ancienne manufacture de tabacs a nécessité la mise en œuvre de solutions acoustiques spécifiques, du fait de son voisinage particulièrement sonore.

La reconversion d’un entrepôt de la Seita en Pôle médias – soit 23 000 m2 de bureaux et locaux de production dans le secteur de l’audiovisuel et du multimédia – ne s’est pas fait sans difficultés. La localisation, en plein cœur de Marseille sur le site de la Belle de Mai, et à proximité du réseau ferroviaire, compliquait la tâche des concepteurs. En effet, plateaux de tournage, salles d’enregistrement et autres salles de projection s’accommodent très mal d’une ambiance acoustique dégradée. Telle est en effet la nouvelle vocation de ce lieu.

Les studios qui représentent les volumes les plus sensibles aux bruits ont fait l’objet d’un traitement acoustique particulier, d’autant que leur définition a été élargie une fois le gros œuvre achevé.

Durcissement des exigences

Initialement destinés au cinéma, ils ont été ré-étudiés pour permettre des enregistrements d’émissions en direct, avec la possibilité d’accueillir le public. Cette évolution vers la vidéo entraînait un durcissement des exigences acoustiques pour permettre des prises d’images et de sons simultanées…

Les niveaux d’ambiance sonore devaient ainsi être limités à NR20 et 25 dB(A). Un objectif élevé compte tenu des contraintes que faisaient peser sur l’enveloppe des studios, les phénomènes vibratoires induits par la proximité du réseau TGV et surtout par les manœuvres des trains (aux abords de la gare Saint-Charles) se manifestant ­essentiellement dans les 1/3 d’octave de 32 à 80 Hz.

Aménagé dans l’une des ailes du bâtiment bordant la rue Guibal et les voies ferrées, le studio 350 était particulièrement exposé aux bruits. Deux de ses parois verticales étaient constituées par les anciennes façades en briques, dont les ouvertures avaient été obturées par des blocs de béton creux. Les deux autres parois étaient édifiées en parpaings creux de 20 cm d’épaisseur. Son plancher était constitué d’un dallage sur terre-plein de 15 cm d’épaisseur, et le plafond d’une dalle en béton de 18 cm d’épaisseur. Les studios 800 et 1000, qui étaient insérés entre les deux ailes du bâtiment existant, comptaient deux parois également constituées par les anciennes façades et deux autres en béton armé de 40 cm d’épaisseur. De même, ils disposaient d’un dallage sur terre-plein de 15 cm d’épaisseur. Enfin, une superstructure métallique reprenait dans chacun des studios une couverture métallique légère avec revêtement d’étanchéité, ainsi que les passerelles techniques de la scénographie.

Pour satisfaire aux exigences acoustiques du maître d’ouvrage, il s’avérait nécessaire de procéder au doublage de ­l’ensemble des faces verticales et des plafonds des studios. La solution retenue pour les parois verticales s’est appuyée sur le système ­Megastil de Placoplatre, un procédé couramment utilisé dans la réalisation de com­plexes cinématographiques.

Niveau sonore ambiant de 20 dB(A)

Avec une épaisseur variable de 50 à 80 cm, il offre une fréquence de résonance inférieure à 30 Hz, en deçà de celle du bruit des trains. Le doublage acoustique se compose de deux plaques de plâtre de 13 mm d’épaisseur, voire une de 18 mm, fixées sur une ossature métallique. Dans le cas des studios 800 et 1000, les appuis horizontaux sur la super­structure métallique sont réalisés de manière souple, au moyen d’entretoises à ressorts permettant de compenser les phénomènes de dilatation du métal. Les montants sont posés au sol sur des appuis antivibratiles en CDM, un mélange de Néoprène et de liège. Le vide entre les murs existants et les plaques de plâtre est comblé par 20 cm de laine minérale, d’une densité de 15 à 25 kg/m3. En outre, toutes les ouvertures sont isolées par des sas acoustiques, qu’il s’agisse des portes de grande hauteur, des trappes de désenfumage ou des exutoires de ventilation…

Concernant les plafonds, une distinction a été faite entre le studio 350, aménagé sous des locaux d’activités, et les studios 800 et 1000. Dans le premier, l’isolation est ininterrompue sous les poutres et forme un plénum. Elle utilise le système utilisé sur les parois verticales. Dans les studios 800 et 1000, une telle solution comportait de lourdes incidences financières car elle impliquait le démontage et le remontage du matériel scénographique. Le solution intermédiaire retenue consiste donc à isoler les plafonds de panne à panne, sans toucher aux installations existantes. Le doublage, de type Placostil, se compose de deux plaques de plâtre BA13 posées sur une ossature métallique Stil Prim, et d’une épaisseur de 20 cm de laine minérale. Une première campagne de mesures in situ a mis en évidence un niveau sonore ambiant à l’intérieur des studios de 20 dB(A) maximum, un résultat très favorable et nettement meilleur que l’objectif de 25 dB(A).

Des temps de réverbération satisfaisants

L’isolement acoustique des studios étant acquis, un travail de traitement devait être entrepris afin de limiter l’effet « cathédrale » et de permettre un usage fonctionnel des locaux. Les exigences fixées par le maître d’ouvrage portaient sur le ­contrôle de l’intelligibilité et des phénomènes d’échos flottants à l’intérieur des studios. Les temps de réverbération étaient notamment limités à 2 secondes pour le studio 350 et à 3 secondes pour les studios 800 et 1000. Paradoxe de l’acoustique : pour des conditions d’intelligibilité identiques, la résonance doit être plus importante dans un volume plus grand. Pour optimiser le traitement acoustique in situ, le bureau d’études a utilisé Catt-Acoustic, un logiciel de simulation d’acoustique de salles. Cela lui a permis de prévoir le comportement des volumes et d’en ­évaluer par avance la qualité. Ces simulations ont facilité le choix d’un faux plafond et d’un revêtement mural présentant un bon rapport entre efficacité et économie. Elles ont également permis de déterminer les ­surfaces murales à traiter.

Le plafond des studios a ainsi été habillé d’un revêtement Acoustished de Eurocoustic, se composant de dalles de laine de roche rigide, d’une densité de 65 kg/m3 et d’une épaisseur de 50 mm. De 0,60 x 1,20 m, les dalles sont fixées sur une ossature métallique apparente, libérant un plénum de 15 ou 30 cm. Les murs périphériques ont été revêtus (à raison d’un mur sur deux et sur une hauteur de moitié) de panneaux sandwichs de type Fibracoustic Roc. D’une épaisseur de 75 à 100 mm, ceux-ci combinent laine de roche et panneaux de fibragglo en paille comprimée. Pour réduire les phénomènes d’échos flottants, le traitement acoustique a été étendu aux portes et à leur encadrement, ainsi revêtus de produits absorbants. Une fois les travaux achevés, les temps de réverbération enregistrés dans les studios sont de 1,6 seconde dans le studio 350, 2 secondes dans le studio 800 et 2,5 secondes dans le studio 1000 : des résultats très satisfaisants au regard des limites fixées.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°251

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2005 des Cahiers Techniques du Bâtiment

Nous vous recommandons

Reconvertir des bâtiments patrimoniaux

Dossier

Reconvertir des bâtiments patrimoniaux

La reconversion des bâtiments induit de nécessaires adaptations. S’agissant d’édifices patrimoniaux, protégés ou non, l’intervention doit pouvoir faire dialoguer histoire du lieu et nouveaux[…]

La renaissance du 52 Champs-Élysées

Dossier

La renaissance du 52 Champs-Élysées

Changement de cap pour l'Hôtel de la Marine

Dossier

Changement de cap pour l'Hôtel de la Marine

La Bourse de Commerce entame une autre vie

Dossier

La Bourse de Commerce entame une autre vie

Plus d'articles