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Des clés pour consommer moins en s'éclairant mieux

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Des clés pour consommer moins en s'éclairant mieux

François Migeon est concepteur lumière (Grandeur Nature et Agence 8'18'') et président de l'ACE (Association des concepteurs lumière éclairagistes).

La lumière est actuellement au cœur des problématiques environnementales. Plus ou moins grande consommatrice d'électricité, elle est également source d'une chaleur qui commence à peine à être prise en compte dans les calculs thermiques.

Techniquement, les sources se diversifient et tendent vers de moins grands dégagement caloriques et une amélioration des performances des matériels et des systèmes de gestion qui vont dans le sens d'une maîtrise énergétique dans un cadre réglementaire de plus en plus exigeant.

Mais, au-delà de ces réponses techniques, la lumière est de plus en plus finement employée pour créer des ambiances ­propices aux différentes activités de l'homme, qu'il soit au travail, dans la rue ou chez lui.

PROJET

Comment la lumière s'inscrit-elle dans les projets architecturaux ?

La lumière aide à comprendre la fonctionnalité d'un ouvrage tout en lui allouant une identité.

Longtemps, on a opposé lumière naturelle et éclairage artificiel, mais aujourd'hui,

les concepteurs lumière et les architectes ont bien pris conscience de la nécessité

de les associer très en amont du projet.

Parfois, il est préférable de se concentrer sur les objets éclairés plutôt que sur l'architecture intérieure : par exemple, dans une bijouterie, on mettra l'accent sur les produits exposés, au détriment de l'environnement immédiat et de la lumière du jour. En revanche, dans une gare ou dans un hall d'aéroport, la lumière naturelle sera utilisée comme un outil pour définir les espaces, souligner les volumes, en association avec l'éclairage artificiel qui permettra de guider et d'orienter les utilisateurs. Autre exemple, des bureaux où le projet d'éclairage associe les interactions des deux types de lumière afin de répondre aux exigences de confort et de maîtrise de l'énergie.

CONCEPTEUR LUMIÈRE

Quel est le rôle du concepteur lumière ?

Nous travaillons le plus souvent au sein d'une équipe de maîtrise d'œuvre qui fait appel à d'autres compétences telles que les architectes, les bureaux d'études, les acousticiens, les aménageurs.

Notre objectif est de permettre à un bâtiment, quel qu'il soit, de fonctionner dans des conditions optimales, la nuit.

Nous devons visualiser l'espace, définir une lumière qui donnera non seulement une lisibilité nocturne du bâtiment en adéquation avec son architecture mais aussi une hiérarchisation des différentes activités. Pour cela, le concepteur lumière doit prendre en compte la demande du maître d'ouvrage, l'analyser, comprendre ses attentes. Au final, c'est davantage un ensemble de lumières qu'une solution unique qui sera proposé : éclairage direct ou indirect, diffus ou ponctuel, allumage permanent ou non, luminaire discret ou objet lumière, contrastes ou uniformités, équilibre des luminances, etc.

C'est la combinaison de tous ces aspects et l'utilisation des technologies appropriées qui vont créer les différentes ambiances lumières.

SOURCES

Quels sont les critères de choix des lampes ?

C'est l'espace et sa fonctionnalité qui vont déterminer le choix des sources.

A-t-on besoin d'un éclairage général de forte puissance, ou d'un éclairage de ponctuation ou d'accentuation, est-il nécessaire de mettre en place un système de gestion ?

Ensuite, certaines caractéristiques des lampes seront plus ou moins pertinentes en fonction de la nature du lieu à éclairer, sachant que dans tous les cas, on choisira un indice de rendu des couleurs supérieur à 85. Les lampes aux iodures métalliques de forte puissance, par exemple, présentent une bonne efficacité lumineuse mais ne sont pas gradables, on les utilisera ­plutôt dans les grands espaces (halls de gare, aéroports.).

La fluorescence, tubes ou fluocompactes, a beaucoup d'atouts : une efficacité lumineuse élevée, un bon IRC, un choix de températures de couleur, des possibilités de fonctionner avec des systèmes de gestion, une efficacité énergétique et une large gamme de produits.

Autant de raisons qui la rendent indispensable dans les bureaux, halls d'accueil, supermarchés, parties communes ­d'hôpitaux, etc.

Quant aux halogènes, elles ont encore

de beaux jours devant elles malgré leur courte durée de vie handicapante,

elles conviennent bien à l'éclairage ­d'accentuation, notamment dans les ­commerces où leur IRC de 100 les place au premier plan. Cependant, les leds ­commencent à leur faire concurrence avec une durée de vie 10 fois supérieure. Seul point a améliorer, leur IRC.

LUMINAIRES

Comment les luminaires participent-ils à la création d'ambiances lumineuses ?

Répartiteur du flux émis par la lampe et à ce titre producteur d'effets lumineux, le luminaire est également élément de décor par son design.

D'où son importance. Prenons l'exemple de bureaux où, le plus souvent, il est intégré discrètement dans l'architecture et possède une photométrie qui permet de contrôler les luminances, de répartir la lumière uniformément, de procurer un confort visuel indispensable à de bonnes conditions de travail.

Comparons-le au luminaire-lustre créé pour les boutiques Yves Saint-Laurent avec un design conçu pour marquer l'identité de la marque, ou encore avec la suspension imaginée pour le hall de la Tour Jussieu qui accroche et retient le regard.

Ce ne sont que trois exemples, mais les possibilités sont infinies, tant en termes de design que d'effets lumineux, de réinventer les espaces intérieurs.

DÉVELOPPEMENT DURABLE

Quelles sont les réponses de l'éclairage à la maîtrise de l'énergie ?

Rappelons que les économies d'énergie ne concernent pas que l'éclairage artificiel. En effet, la lumière naturelle, omniprésente dans les bâtiments HQE, peut aussi être contrôlée : verres filtrants pour les fenêtres, systèmes d'occultation des ouvertures, cellules de détection de lumière du jour pour maintenir un niveau d'éclairement constant constituent des « bonnes pratiques » encore trop peu utilisées. Il faut savoir qu'à ce jour, environ 80 % des bureaux sont équipés avec des luminaires qui n'ont d'autres alternatives que d'être tous éteints ou tous allumés, donnant lieu à un sur-éclairage ou à un sous-éclairage. Pourtant, les lampes fluorescentes et les leds peuvent fonctionner avec des systèmes qui offrent une gestion très fine de la lumière avec des variations automatiques de niveaux d'éclairement, des dispositifs de détection de présence. Les économies d'énergie passent aussi par l'utilisation de l'éclairage artificiel : il doit être disponible pour les occupants mais également modulable lorsqu'il n'est pas indispensable. Enfin, des gestions centralisées permettent de piloter des groupes de luminaires selon leur implantation (près des fenêtres ou éloignés). Certes, ces dispositifs sont plus onéreux que des solutions plus simples, mais à long terme, tout le monde est gagnant : l'exploitant réalise des économies sur les consommations, le nombre d'opérations de maintenance est réduit, l'installation dure plus longtemps et l'utilisateur bénéficie d'une meilleure qualité de lumière.

COMPORTEMENT

Quelle est l'influence de la lumière sur nos modes de vie ?

Nous aspirons à retrouver, sur nos lieux de travail ou de loisirs, le confort dont nous jouissons à la maison : soit une lumière plutôt froide et abondante le matin dans la salle de bains et plutôt chaude et tamisée le soir dans le séjour. Les technologies évoquées plus tôt ne présentent pas seulement des avantages d'ordre économique ou photométriques, elles permettent aussi la prise en compte de l'impact humain. Il est notamment possible aujourd'hui de suivre le rythme circadien (biologique) de l'homme en faisant varier la température de couleur de l'éclairage artificiel au même rythme que celle de la lumière du jour. Dans les locaux aveugles, par exemple, ces systèmes sont particulièrement appréciés : les personnes, privées de repères « naturels » peuvent ressentir un stress ou une certaine morosité. Avec des systèmes automatiques de variation de température de couleur, on peut reproduire le cycle de la lumière du jour en passant d'une teinte chaude (3 000 K) le matin, à un blanc froid à midi (5 000 K) pour redescendre dans les couleurs chaudes le soir. J'ai eu l'occasion d'éclairer des bâtiments de l'Assemblée nationale et entre autres les couloirs qu'empruntent les députés lorsqu'ils quittent l'hémicycle tard dans la nuit : nous avons choisi une lumière chaude et apaisante avec un flux réduit, car une lumière froide serait perçue comme agressive, même à puissance équivalente.

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