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Dépollution lourde d’une usine de peinture

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Dépollution lourde d’une usine de peinture

Vue aérienne du site avant travaux, seuls les bâtiments les plus à droite sont conservés.

© (Doc. DR.)

Avant de devenir un centre d’appel aux prestations HQE, la rénovation de l’ancien siège de l’usine de peinture ICI Corona à Valenciennes passe par une opération de dépollution, de déconstruction partielle et de désamiantage.

Sur le site de Valenciennes, la société Corona débute son activité dans les années 1920 avec la production de laques automobiles. Après la Deuxième Guerre mondiale, la production se concentre sur des peintures domestiques à base de solvant Solvesso (1). L’usage, les pertes diffuses ou accidentelles de ce produit ont contribué à la pollution des sols et des eaux souterraines du site.

À la fin des années 90, le désengagement de Corona libère un ensemble immobilier constitué de bureaux et de bâtiments industriels. Le projet de requalification du site prévoit de conserver le bâtiment administratif le plus important, et de démolir l’ensemble des ateliers de production.

Le diagnostic aboutit à la mise en œuvre d’un programme combiné de déconstruction/dépollution/désamiantage et réhabilitation partielle. A fin 2004, les phases suivantes avaient pu être menées à bien :

– vidange et démontage des cuves et des réseaux de canalisations,

– désamiantage,

– dépollution des sols,

– dépollution des eaux souterraines par le pompage des polluants en phase flottante et par la mise en place d’un bioréacteur de dépollution microbiologique via une Band (2),

– démolition partielle,

– réhabilitation lourde du bâtiment tertiaire conservé.

Trois ans de travaux ont été nécessaires pour finaliser la phase démantèlement/déconstruction/désamiantage/dépollution. Dix mille tonnes de terres polluées ont été excavées et traitées par voie biologique et deux mille tonnes par venting in situ. Par ailleurs, 10 000 m2 de bâtiments ont été décontaminés, démantelés ou démolis. Enfin, le traitement microbiologique a permis de dépolluer 50 000 m3 d’eaux souterraines.

Éliminer les résidus de peinture et de couverture

Une usine de peintures, ce sont des cuves, des malaxeurs, des mélangeurs et des kilomètres de canalisations. Toutes les cuves et tuyauteries ont été vidangées et les déchets stockés dans des fûts différents en fonction des caractéristiques de chaque produit. Soit des liquides assimilables à de la peinture, des boues de peinture ou des eaux de lavage ; des pâteux non pompables assimilables à des résines ou de la peinture durcie ; des liquides de type solvant Solvesso.

Ces résidus ont été évacués directement vers un centre d’élimination adapté. Ce sont ensuite les réseaux de canalisations, les cuves de petite taille et les cuves mobiles qui ont été déposés, ferraillés et évacués vers un centre de recyclage. Les cuves fixes de stockage ou de malaxage des produits seront traitées ultérieurement lors de la phase de démolition des bâtiments. Elles seront également découpées et ferraillées suivant le même circuit.

L’opération de désamiantage concerne le retrait de 600 m2 de toitures en fibres-ciment réparties sur trois bâtiments. Du fait de leur aspect non friable et de leur bon état de conservation, les éléments de couverture ont été déposés manuellement après découpe des tirefonds. D’un maximum de 6 m, la hauteur sous toiture a permis d’utiliser un échafaudage roulant, un chariot élévateur et une nacelle. Les plaques ont été conditionnées sur des palettes filmées puis cerclées, avant d’être acheminées vers la zone de stockage « amiante non friable ». Elles ont ensuite été envoyées vers une décharge de classe II. Autour de la zone à traiter, le balisage et la signalisation répondaient point par point à la réglementation.

Afin d’obtenir des résultats conformes aux exigences du marché – soit moins de 5 fibres par litre d’air – trois types de contrôles ont été réalisés :

– internes assurés par le responsable journalier du chantier,

– externes assurés par le responsable qualité de l’entreprise,

– extérieurs assurés par un technicien désigné par le maître d’ouvrage.

L’entreprise a utilisé pour ce type de travaux un triple sas mobile dénommé « amiante express », dans lequel le personnel prenait une douche en fin de travaux et y déposait les vêtements de travail à usage unique.

Les sols étaient essentiellement pollués par des hydrocarbures à raison de plusieurs grammes par kg. Ils étaient le plus souvent recouverts par une dalle de béton ou d’enrobés. La première intervention a consisté à casser ces revêtements. Les terres les plus polluées ont été excavées sur une épaisseur d’environ 40 cm et stockées sur une plate-forme étanchée par une membrane en Pehd avant de subir un traitement biologique. Un réseau périphérique de collecte des eaux est mis en place, un réseau de drains recouvert par la terre parcourt la surface de la zone traitée. Des bactéries injectées dans les terres les dépolluent progressivement et l’opération est maintenue jusqu’à ce que les objectifs prévus soient atteints (voir encadré).

Démolition d’une ossature acier et d’ouvrages en béton

Les terres maintenues en place ont été traitées in situ par un système de venting (3) et les eaux souterraines sont rabattues et traitées par écrémage et stripping (4). Le venting a été surtout utilisé à la pointe du site, là ou il était impossible d’excaver les terres sans réaliser des soutènements coûteux. Les puits de venting descendant jusqu’à 3,50 m de profondeur sont raccordés à des réseaux de tuyauteries d’aspiration reliés à un collecteur, puis à une installation de traitement des gaz. L’opération est maintenue jusqu’à l’obtention des concentrations limites prévues dans l’air du sol par un arrêté préfectoral (voir encadré).

Maintenu jusqu’à l’obtention des valeurs prévues par arrêté préfectoral (voir encadré), le traitement des eaux souterraines s’est articulé de trois façons : soit

par rabattage de la nappe à l’aide de pointes filtrantes et traitement des eaux pompées par une tour de stripping ; soit par traitement direct lorsque les excavations des sols pollués permettent de débarrasser la nappe phréatique des polluants purs (solvants en phase) ou encore par la Band.

À l’issue de l’ensemble de ces traitements, des analyses ont été réalisées en fond de fouille afin de détecter la présence d’une éventuelle pollution résiduelle. Toutes les mesures se sont avérées négatives.

Les bâtiments à déconstruire sont composés de structures métalliques et poteaux-poutres en béton. Aussi bien dans les bâtiments à démolir que dans celui à réhabiliter, il était d’abord nécessaire de démonter les cloisons constituées de bois et de plâtre, leurs différents composants étant ensuite triés et envoyés vers des centres de recyclage.

Trois pelles hydrauliques à chenilles ont ensuite travaillé en coordination. Elles étaient équipées d’un long bras de 20 m et d’une cisaille pour découper l’ossature des bâtiments ; d’un broyeur, d’une cisaille et d’un BRH pour broyer les blocs de béton et enlever les armatures métalliques et enfin d’un grappin et d’une plaque electro-aimant pour extraire les cuves et les ferrailles pendant la démolition.

Au cours de cette dernière phase, les matériaux ont été triés et classés en trois catégories. Le béton et les briques ont été broyés et concassés sur place. Une partie de ces matériaux a été réutilisée sur le site pour le remblaiement de la fouille et le reste a été évacué en décharge de CET classe III. Le bois, le plastique et le verre ont été stockés dans des bennes et évacués vers un centre de recyclage de classe II. Les ferrailles issues de la démolition et des installations ont été découpées, stockées dans des bennes, puis évacuées vers un centre de recyclage agréé.

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