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Défaillances d'entreprises : le bâtiment particulièrement touché

Stéphanie Obadia

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Défaillances d'entreprises : le bâtiment particulièrement touché

Plus de 6 500 défaillances d’entreprises ont été enregistrées au deuxième trimestre 2021. Principal secteur touché : le bâtiment, notamment le gros-oeuvre. Si la baisse des aides financières devraient bientôt s'arrêter, la hausse des prix des matières matières fait peser de nouvelles inquiétudes. 

Au deuxième trimestre 2021, 6 587 défaillances d’entreprises ont été enregistrées, soit une hausse de 14,2 % vs. 2e trimestre 2020 (selon une étude du groupe Altares). La majorité se concluant sur une liquidation judiciaire directe (trois sur quatre). Principal secteur touché : le bâtiment (+37%) et particulièrement le gros œuvre (+50%), notamment en construction de maisons individuelles (+88%). Les travaux publics contiennent la hausse à +24 % et le second œuvre à + 30 % en dépit des mauvais chiffres des travaux d’installation électrique (+66%) et de peinture vitrerie (+47%).

Selon l’étude, des signaux de fragilisation émergent surtout pour les TPE et les régions Ile de France et PACA, plus durement impactés que la moyenne nationale par un rattrapage des défauts. « Les TPE (+18 %) représentent près de 90 % des défaillances. En Ile de France, où le nombre de procédures s’envole de 37 %, le taux de liquidations directes dépasse 80 %. Enfin, le secteur de la construction, paralysé pendant plusieurs mois en 2020, concentre plus du quart des jugements (+44 %) », indique Thierry Millon, directeur des études Altares  Par ailleurs, les ETI et PME, davantage épargnées qu’au printemps 2020, pourraient quant à elles voir leur reprise contrariée par l’envolée des prix des matières premières, épuisante pour les trésoreries.

Analyse

« Au printemps 2020, l’économie était à l’arrêt et les défaillances d’entreprises affichaient des reculs historiques dans tous les secteurs. Un an plus tard, les restrictions sanitaires se sont desserrées mais les aides se réduisent, analyse Thierry Millon. Sauf retour d’une épidémie persistante, les perfusions financières devraient être débranchées dans les prochaines semaines. Pour autant, cela ne devrait pas déclencher sur les trois derniers mois de l’année une forte poussée des défaillances et un retour au niveau de 2019. En revanche, la flambée des prix des matières premières crée une inquiétude nouvelle. Faute de pouvoir être aisément répercutées sur les prix de ventes, ces hausses risquent de mettre les trésoreries sous tension, nécessitant parfois de devoir puiser dans les PGE voire de jouer sur le crédit fournisseur et allonger les délais de paiement. Si elles devaient perdurer sévèrement au-delà de l’été, ces hausses pèseraient alors sur les marges et pourraient contrarier sérieusement la reprise voire compromettre la pérennité des PME et ETI fragiles ».

Entretien avec Thierry Millon, directeur des études Altares

Qu’en est-il de la santé financière des entreprises du bâtiment ?

La situation financière des entreprises du bâtiment est fragilisée par des marges opérationnelles qui peinent à remonter contrairement à ce qui peut être observé dans l’industrie ou les services. Les marges sont donc encore très en-dessous des niveaux d’avant crise. Cela ne va pas s’arranger avec le surenchérissement des coûts des matériaux qui vont peser sur les marges.

 

Pourquoi enregistrent-elles un taux historiquement bas ?

Les niveaux des défaillances d’entreprises restent très bas du fait de l’accompagnement public du secteur notamment au travers de l’activité partielle. Mais désormais, un rattrapage commence à s’opérer sur les plus petites TPE or la construction en compte beaucoup.

Est-ce lié à la crise sanitaire ?

Oui, la crise sanitaire a mis les entreprises sous cloche, sous protection financière, notamment dans la construction. Par ailleurs, l’absence de recouvrement forcé (des Urssaf notamment) a supprimé les assignations au tribunal, or traditionnellement les assignations de créanciers privés et publics représentent 30 à 40% des défaillances.

Quelles sont les perspectives ?

L’activité est très bonne sur l’amélioration-entretien, le logement neuf reprend des couleurs sur l’individuel mais les tensions demeurent sur le collectif. Globalement l’activité est bonne mais l’envolée des prix et la pénurie de certains matériaux menacent la reprise. Les défaillances d’entreprises pourraient continuer à augmenter chez les TPE tandis que les PME et ETI devront puiser dans leur trésorerie et PGE (ou en demander pour celles qui n’y ont pas eu recours) pour faire face au « risque matériaux ».

 

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