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De la mécanique des fluides aux impératifs de développement durable

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De la mécanique des fluides aux impératifs de développement durable

« La prochaine évolution sanitaire est la réduction de la teneur en plomb de l’eau au point de soutirage qui passe de 50 à 10 µg/l à l’horizon 2013. »

Évolution dans les raccordements, lignes épurées aux limites de l’aptitude à l’usage, multiplication des systèmes économisant l’eau… transforment la robinetterie. Tel est l’avis de Dominique Potier, chef du département hydraulique et équipements sanitaires du Cstb, spécialisé dans l’évaluation des produits et services liés au cycle de l’eau à l’intérieur des bâtiments.

CTB : Quelles sont les évolutions récentes dans le domaine de la robinetterie ?

Dominique Potier : La tendance qui se ­confirme concerne les économies d’eau, principalement sur les mitigeurs, qu’ils soient mécaniques ou thermostatiques. Sur ce type d’équipement, une butée ou un point dur permet de ne délivrer que 50 % (environ) du débit et oblige à avoir une action volontaire pour obtenir la pleine ouverture. Cette fonctionnalité vient d’être prise en compte dans les référentiels de certification des produits et va se généraliser relativement vite. L’autre tendance forte vient de la variété de dessins des corps et becs de robinets, formes carrées, plates, arrondies ou minimalistes. Des lignes qui sont parfois à la limite de l’aptitude à l’emploi du produit et de son ergonomie ! Comment régler précisément la température d’une douche si la manette est minuscule !

Sauf dans le secteur du luxe, le marché du mélangeur ne cesse de diminuer tandis que la robinetterie électronique à détection de présence est cantonnée au secteur professionnel ou collectif. La notion de bien-être est un autre axe de développement que l’on retrouve dans les robinetteries de douches ou de baignoires associées à des systèmes intégrant la radio, voire l’aromathérapie ou la luminothérapie. À noter aussi, la concurrence de plus en plus forte des colonnes ou cabines de douches qualifiées d’hydrothérapie, face aux baignoires à brassage. Dans un autre domaine, citons l’apparition des vidages dits « clic-clac », qui permettent de s’affranchir de la tringlerie.

CTB : Et sur un plan plus technique ?

D. P. : En provenance d’Allemagne, un nouveau concept de robinetterie encastrée constitue une évolution intéressante. Le principe consiste à encastrer un boîtier d’alimen­tation équipé de tous les raccordements, avant d’installer la robinetterie. Ainsi, le carreleur peut effectuer ses travaux sans risque de dégradation, tandis que la mise en place de la robinetterie au dernier moment, avant la livraison, permet d’éviter le vol. Autre caractéristique, ces boîtiers sont universels et peuvent recevoir différents ­types de robinetterie mécaniques ou thermostatiques. D’où la possibilité de faire évoluer facilement une installation ou d’équiper, à partir d’une même technique, des locaux de standings divers. Un atout intéressant dans l’hôtellerie qui préfigure peut-être la notion de prise hydraulique ! De même, le robinet démontable ou déclipable se développe dans l’hospitalier pour des notions de désinfection et d’hygiène. Il trouve également une application lorsque le robinet est situé, par exemple, devant une fenêtre. Autre évolution, l’utilisation d’appareils sanitaires suspendus, voire à hauteur réglable. Ce type de pose qui améliore l’hygiène, et l’accessibilité en particulier, nécessite des bâtis supports suffisamment rigides, robustes, résistants à la corrosion et fixés au sol, au plafond ou sur la cloison, en fonction de la structure du bâtiment. En fait, notre retard sur ces techniques d’encastrement des canalisations est lié à la fois aux habitudes et à des questions d’assurance. Un équipement apparent s’avère facilement réparable. En revanche, et même s’il existe aujourd’hui des techniques de canalisations sous fourreaux aisément remplaçables, l’encastrement est souvent associé à la garantie décennale qui peut éventuellement dissuader.

CTB : Vous avez évoqué les économies d’eau ?

D. P. : Ce souci d’économiser la ressource est lié au développement durable mais aussi à des motifs financiers. Il y a trois manières d’économiser l’eau. Tout d’abord, par la ­limitation des volumes consommés, applicable aux réservoirs de chasse et aux baignoires … Ensuite, par la limitation du temps de puisage. Là, on fait plus appel à l’éducation et à l’information du consommateur, ou dans les collectivités, à l’utilisation de robinets à fermeture temporisée ou à détection automatique. Quant à la troisième voie, elle consiste à limiter les débits, ou plus exactement à les adapter aux besoins. Mais une diminution trop importante du débit peut conduire à faire couler l’eau plus longtemps. Ainsi, le réducteur de pression s’avère une solution efficace, car – contrairement aux réseaux électriques qui délivrent une tension constante dans tout le pays – la pression d’alimentation du réseau d’eau peut varier. D’où la mise au point de produits capables de s’adapter aux conditions les plus défavorables et qui peuvent dans certains cas, sembler surdimensionnés !

CTB : Et en matière d’eau chaude ?

D. P. : La préoccupation est d’ordre sanitaire. On pense à la fois à la légionellose et aux brûlures, deux objectifs qui peuvent sembler contradictoires et incompatibles. En effet, plus la température est élevée, plus les ­légionelles sont détruites rapidement et bien évidemment, plus on risque de se brûler ! La réflexion conduite en France sur ce thème, devrait déboucher sur une révision de la réglementation.

Les textes actuels qui datent de 1978, stipulent, sans autre précision, que la température de l’eau chaude au point de puisage ne doit pas dépasser 60°C. L’idée nouvelle consistera à limiter impérativement la température de l’eau chaude à 50°C dans les salles de bains, tout en laissant la possibilité d’obtenir 60°C aux autres points comme la cuisine. En revanche, pour éviter le développement bactérien, il n’est pas question que l’eau stagne à 50°C dans les systèmes de production. Ainsi, les ballons devront assurer une température minimale de 55°C en permanence ou au moins portée à 60°C une fois par jour.

Cette solution qui implique d’abaisser la température entre le lieu de production et le lieu d’utilisation, va imposer une modification des installations de plomberie, soit avec la préconisation de mitigeurs thermostatiques au point d’utilisation, soit par des abaisseurs de température à 50°C, directement situés en sortie de production et pour tout le logement, ou bien uniquement dans la salle de bains. Dans des installations collectives, notons que la parfaite maîtrise de la température en tout point réside dans un réseau de distribution bien calculé, équilibrée et isolé. Donc pérenne.

CTB : Plus généralement, où en est la réglementation ?

D.P. : Outre les circulaires spécifiques applicables au secteur hospitalier, il s’agit principalement du décret 2001-1220 transcrit dans le code de la santé publique. Transposition lui-même de la Directive européenne sur l’eau potable de 1998, ce texte s’accompagne d’un certain nombre d’arrêtés à paraître sur les réseaux intérieurs, l’entretien des dispositifs antipollution et des appareils de traitement d’eau, etc. Dans cette directive, la première évolution est la réduction de la teneur en plomb qui passe de 50 à 10 microgrammes par litre à l’horizon 2013, avec une étape à 25.

L’autre nouveauté est le déplacement du point de contrôle de la qualité de l’eau, qui n’est plus le point de livraison ou compteur, mais au point d’utilisation. Autrement dit, seules les compagnies de distribution d’eau étaient jusqu’à présent responsables de sa qualité. Désormais, il va falloir que le réseau intérieur soit de bonne qualité, obligeant le gestionnaire de l’installation à prendre sa part de responsabilité en cas de problème. D’où l’élaboration de règles applicables aux installations et aux produits, tel que l’arrêté de 1997 portant sur les matériaux en contact avec l’eau potable et sur leurs critères d’admission, donnant lieu à une attestation de conformité sanitaire (ACS).

CTB : Qu’en est-il de la récupération des eaux pluviales ?

D. P. : Les systèmes consistent à collecter l’eau qui descend des toits puis à la stocker dans un réservoir situé généralement en sous-sol, et à la redistribuer dans le bâtiment via une pompe, pour des usages ne nécessitant pas la qualité d’une eau potable comme l’alimentation d’une cuvette de WC. ­Néanmoins, un certain nombre de précautions du type filtres sont à prendre pour assurer un minimum de qualité d’eau dans la cuve de stockage.

Ces procédés requièrent aussi des canalisations séparées, repérées et sûres, pour éviter tout piquage accidentel. Donc, ils obligent à protéger le réseau public contre d’éventuels retours d’eau ou risques d’interconnexion, puisqu’en période de sécheresse, il faudra recourir à ce dernier au moyen d’une surverse, pour alimenter la cuve de stockage ! En clair, depuis quelques années, on a pris conscience que les réseaux intérieurs de distribution d’eau et leurs accessoires transportaient non plus uniquement un fluide mais un aliment à préserver !

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