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De la bonne pratique à la certification

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Breeam, Leed, HQE… Ces qualifications évaluent la capacité des constructeurs à respecter les normes environnementales. Elles n’en sont pourtant qu’à répertorier et intégrer dans leurs référentiels les paramètres de l’ACV. Preuve que le chemin est encore long.

Parmi les nombreux labels ou certifications, quels sont ceux qui intègrent le mieux la notion d’analyse du cycle de vie (ACV) du bâtiment ? À l’heure où un nouveau label baptisé BBCA (bâtiment bas carbone) tente de faire sa place en France, il est essentiel de faire la lumière sur les bonnes pratiques dans le secteur. Une chose est sûre, entre le Britannique Breeam (Building Research Establishment’s Environmental Assessment Method), l’Américain Leed (Leadership in Energy and Environmental Design) ou le Français HQE (Haute Qualité environnementale) et ses dérivés H&E et Qualitel, il est de plus en plus difficile de choisir.

Breeam est un label privé, introduit en 1990, qui évalue et classe la durabilité des immeubles selon plusieurs critères environnementaux. Le label Leed et la certification HQE vont plus loin en intégrant davantage de critères de l’ACV d’un bâtiment. Le premier, développé par le conseil du bâtiment durable américain (US Green Building Council), promeut une approche de durabilité universelle et classe les bâtiments en 4 catégories (certifié, argent, or ou platine). De son côté, la certification HQE traduit une approche encore plus large, qui tient compte d’environnement (énergie, carbone, eau, déchets, biodiversité…), de qualité de vie et de performance économique.

Jungle réglementaire

C’est aujourd’hui sans doute la méthode la plus complète pour répondre aux enjeux de la durabilité. En lui ajoutant une dimension sanitaire, hydrologique et végétale, elle se transforme en certification normée, délivrée par l’association française de normalisation (Afnor) sous le titre « NF Ouvrage Démarche HQE ». Les 14 cibles de la démarche HQE, également intégrées dans les certifications H&E et Qualitel, prennent déjà en compte l’ACV en intégrant depuis 2008 le choix des matériaux mis en œuvre selon leur impact environnemental. Cette approche utilise les fiches de déclaration environnementale et sanitaire (Fdes) disponibles sur la base Inies (inies.fr), qui recense plus de 27 000 références commerciales mises en libre accès pour les concepteurs et maîtres d’ouvrage. Le référentiel de la démarche HQE est en cours de refonte et devrait être définitivement arrêté courant 2016. « C’est une évolution naturelle du HQE, affirme Patrick Nossent, président de Certivea et Cerway. L’ACV y sera encore plus présente. »
Breeam, Leed, HQE, chacun à sa façon initie la démarche environnementale. Mais « Anglais, américains ou français, ils se côtoient, s’ignorent, s’entrechoquent dans une jungle réglementaire parfois cocasse, regrette l’architecte Luc Poux. Jusqu’à devenir contre-productifs car leur collection pour un seul projet ne saurait être une fin en soi. » Ils intègrent aussi des notions trop simplifiées. Exemple avec la production de CO2 liée à la consommation d’énergie, dont le taux certifié HQE ne tient compte que des consommations réglementaires, soit 5 kg équivalent CO2/(m2.an). Quid de l’activité humaine et domestique (cuisine, repassage…), dont la production de gaz à effet de serre varie de 3 à 6 kg éq.CO2/(m2.an), ou de la modification urbaine impactée par le bâti, soit quelque 7,5 kg éq.CO2/(m2.an) ? Raisonner durable consisterait à calculer la production de GES sur l’ensemble du cycle de vie réel du bâtiment, impliquant d’autres choix de conception.

Deux nouveaux arrivants

« Sans les labels, l’architecture n’aurait pas progressé dans le sens actuel, qui est le bon, admet Luc Poux. Mais c’est aujourd’hui un outil trop simple d’usage et dont beaucoup de concepteurs se contentent pour atteindre facilement les objectifs. » De nombreux promoteurs et concepteurs y voient essentiellement un argument commercial. On perd donc de vue l’objectif principal : lutter contre l’obsolescence programmée des bâtiments « aujourd’hui trop souvent conçus comme des objets jetables, incapables de s’engager dans une vie durable ». C’est pour répondre à ces problématiques que deux nouveaux labels, Bâtiment biosourcé et Bâtiment bas carbone (BBCA), viennent aujourd’hui compléter la certification HQE en matière d’ACV.
Le premier, instauré par décret (n° 2012-518 du 19 avril 2012) fin 2012, intègre un taux minimal de matériaux biologiques répondant à des conditions fixées dans l’arrêté du 19 décembre 2012 (JO du 23 décembre). Il associe deux objectifs : environnement et économie locale, mais son adoption est lente. À ce jour, très peu de bâtiments sont labellisés Bâtiment biosourcé. Et aucun dans le tertiaire.
Le second, lui, a le vent en poupe. Porté par des acteurs comme le Crédit Agricole, Artelia, le CSTB, Egis, Pouget Consultants, Sinteo ou Woodeum, il vise à évaluer l’empreinte carbone des bâtiments tout au long de leur cycle de vie, de la construction à la démolition en passant par l’exploitation. Il complète la certification HQE comme le font des labels énergétiques Effinergie BBC et Bépos. Le projet de label BBCA, dont un référentiel pilote est publié dès ce mois-ci pour le neuf (tertiaire, logements et commerce), s’intéressera à la rénovation courant 2016. La mesure du niveau de CO2 émis respecte la norme calculée selon une méthode développée par la direction de l’Habitat, de l’Urbanisme et des Paysages (DHUP), la NF EN15978, appelée à devenir commune à tous les bureaux d’études. Dans la pratique, le label BBCA vise à évaluer quatre grands pôles : les émissions liées à la construction et à l’exploitation, la capacité à stocker le carbone et l’innovation par le recours aux économies circulaires. Enfin, il prend en compte la durée de vie de tous les matériaux, qu’ils soient neufs, biosourcés ou issus du recyclage et des déchets de chantier. En revanche, il ne s’intéresse qu’au carbone et ne saurait donc remplacer une analyse cycle de vie multicritère.

N°349

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