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D’une friche thermale s’élève un pôle universitaire

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D’une friche thermale s’élève un pôle universitaire

Redonner une unité à un ensemble de bâtiments disparates tout en gardant l’image historique du lieu : telles étaient les contraintes de ce chantier vichyssois qui s’articule autour d’un vaste hall surmonté d’un plafond caisson très particulier.

Pour construire son pôle universitaire et technologique (6 000 m), la communauté d’agglomération de Vichy (Allier) a récupéré le terrain d’une ancienne friche thermale (composée d’une pastillerie, d’un kiosque, d’une orangerie, des bains Lardy et de leur tour-réservoir…). Le choix de ce site, désaffecté depuis la fin des années 1960, posait un certain nombre de contraintes allant de la nature des terrains (sous-sol sableux qui formait l’ancien lit de l’Allier) à la présence d’un captage d’eau de source situé à 17 m en dessous du hall d’accueil. Sans parler du parc dans lequel s’inscrit le futur pôle universitaire, lui-même situé dans le périmètre de protection hydrothermal des eaux des Célestins.

Ces contraintes ont entraîné l’interdiction de creuser le sol à plus de 5 m de profondeur et impliqué la réalisation de fondations superficielles. La tour de 30 m de haut repose ainsi sur 188 m de béton dont deux semelles de 128 m et d’1 mètre d’épaisseur. Dans un premier temps, la Drire (direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’équipement) avait refusé le dossier dans l’attente de garanties. La moindre pollution accidentelle aurait pu modifier la minéralisation de l’eau qui doit rester constante. Pour cette raison, le maître d’ouvrage a mis en place une mission de surveillance confiée à un bureau d’études spécialisé durant toute la phase de terrassements et de réalisation des fondations.

Un patrimoine hétérogène à réhabiliter

La variété architecturale du site constituait une autre difficulté de ce programme de réhabilitation. Difficile en effet d’homogénéiser autant de bâtiments disparates, certains classés, d’autres en cours de classement, le tout sur un terrain boisé inconstructible. L’ancienne orangerie (une copie de celle de Versailles) est inscrite à l’inventaire des monuments historiques, tandis que, construits en 1937, les anciens bains Lardy et la tour-réservoir attenante sont qualifiés de « patrimoine de qualité exceptionnelle à conserver » dans le cadre d’une Zppaup (1). Ces trois bâtiments principaux, auxquels s’ajoutent trois villas, font ainsi l’objet d’une première tranche de travaux qui débute par la démolition de deux des villas. Ce afin de créer un axe piétonnier est-ouest.Structurant l’ensemble, un bâtiment pont servant d’accès principal et d’accueil relie l’orangerie aux anciens bains Lardy. Ce vaste volume, libre de porteurs sur une longueur de 20 m, s’ouvre largement sur la rue par d’immenses baies vitrées. C’est un des éléments techniquement fort du chantier (voir encadré p. 22). Il est surplombé d’un vaste plancher caisson réalisé en béton blanc (2) afin de rappeler le calcaire de l’orangerie devenue entre-temps une médiathèque. Pour ce bâtiment, des pierres et des clefs de voûte ont dû être changées, quelques chapiteaux trop endommagés refaits sur place, des cabochons en céramique remplacés, alors que des balustres en béton blanc, fabriquées en série, ont retrouvé place sur la terrasse. Par ailleurs, les immenses baies vitrées des façades classées de l’orangerie ont pu déroger aux normes en matière d’isolation thermique. Il aurait en effet été impossible d’installer du double vitrage sans épaissir les profilés ­métalliques. Or, l’architecte des bâtiments de France avait décidé que l’aspect resterait inchangé. Les châssis existants ont ainsi été déposés, restaurés, sablés, relaqués avant d’être reposés sur le site. Les fers à T anciens ont été conservés. Des parcloses de métal ont remplacé le mastic pour maintenir les verres clairs de 6 mm, identiques à ceux d’origine, les défauts en moins.

Patchwork de matériaux sur la base de l’existant

Côté sécurité, des châssis de désenfumage montés sur vérins hydrauliques ont été intégrés dans les parties cintrées des menuiseries métalliques. De même, les portes ouvrant sur l’intérieur ont vu leur sens d’ouverture s’inverser alors que les ouvrants des fenêtres ont été rendus fixes par soudure de la crémone visible de l’extérieur. Enfin, au sol, la terre cuite a remplacé la terre battue. Dans la mesure du possible, ce sont les matériaux préexistants sur le site qui ont été mis en œuvre : la brique, la pierre et le métal se sont donc naturellement imposés. La toiture des anciens bains Lardy a été refaite en tuile mécanique et celle du nouveau bâtiment-pont est en zinc pré-patiné, un matériau omniprésent sur les toits de Vichy. La pierre de Buxy, extraite en Bourgogne, revêt le sol du hall d’accueil, tandis que les murs de béton sont recouverts de plaquettes de brique en parement pour rappeler l’aspect des bains Lardy. La technique du carrelage cassé monté en opus incertum, très en vogue au début du xxe siècle et que l’on trouve au sol des sains Lardy (salles d’eau, cabines de douches), a été remise au goût du jour pour recouvrir les escaliers, les murs et les sols du rez-de-chaussée (voir encadré ci-dessous). Préalablement, ce bâtiment a fait l’objet d’un curetage. Les murs extérieurs et la dalle du rez-de-chaussée ont été conservés, les toitures et charpentes étayées de l’intérieur pendant que le reste était évidé. Deux grands patios ont pris place à l’intérieur ainsi qu’un parking en sous-sol. Quant au reste, il est occupé par des salles de cours dont certaines vouées aux biotechnologies. On note aussi, à des fins décoratives, la présence de deux poutres lamellées-collées de 80 cm de haut qui supportent un plancher béton de 3 x 7 m. Coulée sur place, cette dalle de béton armé repose sur deux grosses cornières métalliques boulonnées sur chaque poutre. Une de ses extrémités est occupée par un escalier à double révolution, dont le sens de rotation s’inverse. Ses marches sont en chêne massif sur une structure métallique, tandis que les parois qui l’encadrent sont recouvertes d’un opus incertum. Quant à la tour en briques, réservoir d’eau des bains, elle a été démolie et reconstruite selon un autre langage architectural. Sur une surface de 12 x 21 m au sol, ses neuf niveaux abritent désormais des salles d’enseignement et de travaux pratiques. Sa face nord vitrée surveille la seconde tranche du projet d’aménagement : la création de logements étudiants et d’un restaurant universitaire.

Synoptique général et composition de la poutre n°1
Type de barre Modèle Nombre de barres de l’ouvrage Longueur d’une barre (cm) Longueur totale(m)
Détail Total
1 64 214 136,96
2 64 101 64,64
3 64 x 2 128 37 47,36
4 3 1 395 41,85
5 3 1 260 37,8
6 3 900 27
7 3 700 21
8 18 24 4,32
9 3 4 7 1 395 97,65
10 3 x 2 6 285 17,1
11 4 x 2 8 80 6,4
12 3 x 2 6 220 13,2
13 2 x 2 4 80 3,2
14 4 x 2 8 100 8

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