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COUVERTURE Technique traditionnelle en tavaillons et ancelles d’épicéa

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COUVERTURE Technique traditionnelle en tavaillons et ancelles d’épicéa

Afin d’intégrer le mieux possible un chalet à son environnement alpin, les propriétaires ont opté pour une construction presque entièrement en bois dotée d’une couverture en tuiles d’épicéa, posées avec une technique ancienne.

À Beaufort-sur-Doron (Isère), bourg montagnard situé au cœur du massif du ­Beaufortin, un chalet destiné à la location vient d’être réalisé de manière traditionnelle. Par souci d’intégration dans le village, les propriétaires souhaitaient bâtir un chalet entièrement en bois, de l’ossature porteuse à la couverture. Seul un soubassement en pierre qui renferme un garage, et la dalle en béton qui le surmonte, font exception à cette règle. La maison se compose d’une ossature en bois sur les façades nord et ouest et d’une structure traditionnelle en madriers ­horizontaux taillés à l’ancienne (20 x 14 cm), sur les autres ­façades. La toiture à deux pentes de 41 %, qui couvre l’ensemble, se compose d’une charpente traditionnelle en bois massif (fermes, pannes et chevrons), sur une surface d’environ 122 m2. Ses chevrons reçoivent un pare-vapeur, un matelas isolant en laine de ­roche, lui-même recouvert d’un film isolant imperméable. C’est sur ce complexe que l’entreprise locale Gachet (Savoie) a installé une couverture traditionnelle en tavaillons. Cette société ­fabrique également les tuiles (ou bardeaux) en bois, en abattant en forêt, des épicéas d’altitude (1 300 m), au sein même du canton de ­Beaufort, soit à proximité immédiate du site. Ces tuiles en bois, remises au goût du jour depuis quelques années, témoignent de la ­volonté des intervenants des pays de Savoie de préserver l’authenticité de leur patrimoine architectural.

Deux types de tuiles selon l’usage

La mise en œuvre d’une telle couverture nécessite une pente minimale de 35 %. Elle ­débute toujours en partie basse, ou ­« départ de toit », successivement sur chaque pan de toiture, pour remonter jusqu’au faîtage. Un voligeage (ou contre-lattage), constitué de planches de 60 mm de largeur par 20 mm d’épaisseur, est cloué tous les 60 cm sur la couche d’isolation et dans le sens des chevrons. Sur ces ­lattes, sont ensuite cloués des liteaux de 60 mm de largeur par 27 mm d’épaisseur. Leur pose s’effectue transversalement et tous les 19 cm. Ce liteaunage, qui sert de support aux tuiles, reçoit en partie basse une chanlatte de 40 mm de largeur par 27 mm d’épaisseur. Cette latte de bois particulière, refendue en biseau et de section trapézoïdale, bloque le premier rang de tuiles. Ce dernier est constitué de ­tavaillons de 35 cm de longueur par 10 à 25 cm de largeur, tous cloués un à un et côte à côte. Sur cette rangée, sont apposées et clouées une autre série de tavaillons de 45 cm de longueur, puis une troisième, de 75 cm de longueur. La superposition de ces trois épaisseurs de tuiles, dénommée « doublis », rend étanche l’égout du toit, tout en le renforçant. Elle offre aussi un aspect plus régulier en bordure de toit. Fragiles, les tavaillons ne sont pas cloués trop près du bord supérieur, mais au tiers haut du recouvrement, pour être protégés des intempéries, par les tuiles du rang suivant. Ensuite, en montant la pente au fur et à mesure et jusqu’au sommet, sont cloués des rangs d’ancelles, sur les liteaux, tous les 19 cm. Ces tuiles, qui mesurent entre 75 et 80 cm de longueur par 10 à 25 cm de largeur, donnent un aspect plus irrégulier et rustique. Constitué de tuiles accolées les unes aux autres, chaque nouveau rang recouvre le précédent, sur une largeur d’environ 3 à 4 cm.

Étanchéité assurée en égout et faîtage du toit

Cette opération est effectuée grâce à une ligne de repérage tracée par un cordeau qui est ajusté latéralement à l’aide d’un marteau, puis cloué. Comme pour les tavaillons, les clous fixant les ancelles ne doivent pas être posés trop près du bord, pour leur permettre une bonne protection, assurée par le recouvrement du rang suivant. Pour le dernier rang situé avant le faîte du toit, la même opération qu’en partie inférieure a lieu. Elle consiste à poser une triple couche de ­tavaillons, en commençant par les plus longues : la première avec des tuiles de 75 cm de longueur, la deuxième avec des tuiles de 45 cm et enfin, la troisième avec des tuiles de 35 cm. Ces trois rangées empilées garantissent également l’étanchéité supérieure de la toiture. De plus, ce dernier rang de tavaillons déborde du faîtage de 10 cm sur un côté, par rapport à l’autre pan de toiture. Une chanlatte de 27 mm d’épaisseur cale et couronne l’ensemble formant un faîtage dit en lignolet. Parallèlement à la mise en place des ancelles, des arêtes neige, crochets à longues tiges (70 cm), sont fixées avec des tire-fonds, à la fois sur les liteaux et sur les chevrons. Ces éléments traditionnels bloquent la neige qui forme ainsi un manteau protecteur et isolant très efficace sur l’ensemble du toit. Ils tiennent également les ancelles en cas de vent fort. Une douzaine de crochets, disposés en quinconce, ont été nécessaires pour chaque pan de toiture.

Par ailleurs, dans le cadre d’une mission de revalorisation du bois de la région des pays de Savoie, la FIB 74 (1) aide les artisans locaux à développer la fabrication et la mise en œuvre des tuiles en bois. L’essence choisie est l’épicéa commun, bois blanc de bonne résistance mécanique, disponible en abondance dans cette contrée.

Un savoir-faire retrouvé

Les techniques ancestrales de fabrication des tavaillons et des ancelles s’appuient sur une connaissance parfaite des bois sélectionnés. Ceux-ci doivent être sains, de droit fil et également dénués de fentes, nœuds, gélivures ou roulures. Après avoir choisi le tronc d’arbre, le travail du « tavaillonneur » consiste à fendre le bois en billots (ou meules), à l’aide d’un fer à fendre et d’un maillet en bois. La hauteur des billes obtenues correspond à la longueur du produit fini : de 50 à 100 cm pour les ancelles et de 25 à 40 cm pour les tavaillons. La troisième étape est le débitage en quartiers, des billots. Cette méthode traditionnelle de coupe est semblable pour les deux types de tuiles. Pour l’ancelle, la taille s’effectue dans l’axe du cœur de l’arbre, en parallèle avec l’un des bords du quartier et perpendiculairement aux cernes du bois. Pour le tavaillon, le principe est identique, mais le diamètre du tronc d’arbre est plus petit, et le fer utilisé, moins large et plus fin. Certaines billes destinées aux tavaillons permettent de réaliser entre huit et douze quartiers. La quatrième étape, dite de rectification des tuiles, consiste à les fendre latéralement, avec une hache, afin de rendre leurs chants rectilignes et parallèles. L’épaisseur de l’ancelle, de 12 à 20 mm, participe à sa durabilité, sa largeur dépendant du tronc utilisé. L’épaisseur du tavaillon, de 7 à 8 mm, est adaptée à sa longueur plus réduite, de l’ordre de 33 cm. Matériau écologique et renouvelable, ces tuiles non-traitées sont facilement recyclables en fin de vie. Elles peuvent toutefois être traitées contre les insectes, champignons et mousses, en les trempant dans un bain de cuivre, de bore et de ­sulfate de fer.

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