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Interview

Construire en climats méditerranéen et tropical

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Construire en climats méditerranéen et tropical

Ce bâtiment a été reconnu Bâtiments durables méditerranéens (BDM) Argent en phase de conception et de réalisation. (Doc. : F. Wagner-Gonard Architecture.)

Marc Gambonnet est président de l’association Bâtiments durables méditerranéens (BDM) ayant pour mission de structurer et développer la filière économique de la construction durable dans la région Paca.

Démarche

En quoi consiste la notion de Bâtiments durables méditerranéens ?

L’association BDM est un Prides - Pôle régional d’innovation et de développement économique solidaire - créé en 2008 et porté par la Région Paca pour développer la filière construction autour du développement durable.
Ce pôle, qui compte aujourd’hui de l’ordre de 200 adhérents, regroupe tous les acteurs de la construction, maîtres d’ouvrage publics et privés, architectes, BET, collectivités, communautés de communes, petites et grandes entreprises..., ainsi que leurs organismes professionnels et l’Ademe. Il s’appuie, d’une part, sur une notion de réseau qui, dans le cadre d’une évolution réglementaire assez rapide, facilite la communication et l’échange, tant sur les moyens que sur les méthodes adaptés aux contraintes locales. Et d’autre part, sur une démarche qui n’apporte pas de certification, mais un accompagnement des projets selon le niveau de reconnaissance recherché (Cap, Bronze, Argent, Or).
Dans une région touristique très fortement impactée par le coût du foncier et la rareté des matériaux de construction, l’approche BDM a également pour vocation de faire du développement durable à un coût supportable, ce qui lui vaut d’être un vecteur de l’installation du Grenelle dans les territoires. Elle a la particularité de considérer les différents types de constructions au cours des phases de conception, réalisation et exploitation, afin de s’en servir de retour. Toute la pertinence du réseau tient alors à faire circuler très rapidement les informations auprès des professionnels.
Nous nous apercevons aujourd’hui que les résultats des premiers bâtiments BBC ne sont pas toujours ceux qui étaient prévus.
Si les systèmes installés sont parfois en cause, il en va aussi de leur utilisation. Et ceci explique pourquoi nous devons davantage considérer les régions dans leurs spécificités, si nous voulons intégrer une durabilité et un confort d’usage. L’adaptation au mode de vie est donc essentielle. Il est évident que celui de Marseille n’a rien de comparable avec celui de Lille...

Contraintes

Quelles sont les particularités locales à intégrer ?

Alors que certaines régions ont besoin de concevoir les bâtiments sous l’angle de la bouteille Thermos, d’autres, comme la nôtre, doivent faire du bioclimatique et de l’inertie leurs priorités.
Le pourtour méditerranéen a des spécificités à la fois en termes d’ensoleillement, de température, de vent et d’humidité, principalement marine, qu’en termes de climats, notamment en région Paca où coexistent des climats d’altitude en bord de mer.
Au niveau de la construction, l’eau est davantage vécue sur le plan de l’humidité avec des taux très importants suivant les périodes de l’année. Dans notre région, nous devons faire face à de fortes précipitations avec des terrains souvent instables et à des réglementations différentes (mer/montagne), qui ne facilitent pas la définition des terrains constructibles.

Existe-t-il des spécificités culturelles à prendre en compte ?

La culture locale est de vivre à l’extérieur. À l’intérieur des habitations, les gens ont tendance à ouvrir les fenêtres pour profiter de l’air extérieur. Afin de réaliser la meilleure étanchéité possible au niveau de l’enveloppe, il nous faut donc trouver des systèmes économiques permettant d’accompagner l’utilisateur lorsqu’il ouvre ses fenêtres, afin d’interrompre la ventilation et le chauffage. De la même manière, en été, la nécessité de surventiler la nuit nous conduit vers des solutions qui permettent de mettre en sécurité les habitations, tout en laissant entrer l’air dans des volumes considérables.

Confort d’été

Quelles solutions privilégier ?

Par rapport aux premières maisons BBC construites dans le Sud avec de l’ITE ou des produits à isolation répartie, nous retrouvons des systèmes d’isolation par l’intérieur que nous avions un temps presque abandonnés, afin de nous protéger de toute accumulation de chaleur à l’intérieur et laisser la plus grande masse, donc la plus forte inertie varier vers l’extérieur. À noter que les matériaux à joints minces à base de terre cuite, avec lesquels nous avons commencé à faire les premières maisons basse consommation, nous ont valu des déboires. La région subit des volumes d’affaires irréguliers. La mise en œuvre pâtit d’une forte demande en période estivale qui sollicite des flux de main-d’œuvre et de sous-traitance en cascade !
L’amélioration du confort d’été passe également par les occultations, l’idéal étant de se protéger du rayonnement solaire en occultant toutes les fenêtres, même dans le cas de double ou de triple vitrage, ce qui culturellement n’est pas concevable. Notre climat nécessite des organisations architecturales dotées de volets coulissants, de stores et de pergolas, mais également d’écrans végétaux saisonniers et d’arbres à feuilles caduques.
Cependant, l’air ambiant par lui-même est un facteur d’échauffement qui oblige le rafraîchissement nocturne. Celui-ci peut être soit mécanique, ce qui suppose bien souvent une installation déconnectée du système de ventilation traditionnel, d’où un coût non-négligeable, soit naturel avec des systèmes d’occultation qui empêchent l’effraction, mais permettent une ventilation suffisante. Pour supprimer ou réduire le recours à la climatisation, on travaille par ailleurs sur des solutions qui relèvent du bon sens d’autrefois, comme les puits canadiens, mais qui ramenées aux contraintes d’aujourd’hui sont parfois économiquement insoutenables.

Énergie renouvelable

Quelles ressources sont favorisées ?

Nous avons le soleil, l’hydraulique dans l’arrière-pays, mais aussi l’éolien avec des zones bien ventilées et des territoires qui s’investissent beaucoup, à l’instar de la vallée du Rhône et la Camargue.
Des Prides ont également été créés, afin de reconstituer la filière bois locale, sachant que la région Paca est la deuxième en terme de ressource bois, et les réseaux de chauffage urbains évoluent maintenant sur les chaufferies bois. Il a, en outre, été mis en œuvre une production d’énergie sur des réseaux d’eau potable et des études sont en cours sur des réseaux d’assainissement. Ceci étant, c’est le solaire qui est aujourd’hui le moins impactant au niveau du paysage et qui constitue une source de réelle amélioration dans l’habitat. Le photovoltaïque a perdu de son intérêt du fait de la baisse des prix de revente, mais il suscite la considération face à l’abondance de la ressource, l’isolement énergétique de certains territoires et la fragilité d’approvisionnement de l’est du territoire régional. Nous continuons de faire des projets en participant au développement d’innovations d’usage mixte dans l’habitat.
Le solaire thermique s’avère quant à lui performant, mais doit être étudié en fonction des usages et s’améliorer, afin de devenir incontestablement économique. Pour autant, au-delà de la question des énergies renouvelables, le point essentiel est celui de la maîtrise des consommations qui, bien traité, peut nous permettre sur notre région de réaliser des bâtiments à énergie positive plus facilement qu’ailleurs.

innovations

Comment se situe le Sud méditerranéen en terme de construction durable ?

Il y a de grandes disparités au niveau du territoire français. Ce ne sont pas les mêmes logiques ni de structure ni de ressource, ce qui rend la comparaison difficile.
Ainsi, les régions de l’Est ont une qualité de construction que leur imposaient, à la fois, la rudesse du climat et un comportement de plus grande rigueur, afin de maîtriser les dépenses en énergie que ce même climat occasionne. De son côté, l’Ile-de-France est par son poids économique un lieu d’exercice qui représente 25 % de l’activité nationale et où l’innovation est simplifiée par la proximité des structures d’accompagnement.
Sur la région Paca, c’est la clémence du climat et la simplicité de l’art de vivre qui nous ont longtemps valu de construire un habitat de résident et un habitat d’accueil, avec un marché où la demande dépassait souvent l’offre et conduisait à réaliser trop vite, et parfois mal, sans rechercher l’innovation.
Cependant, consciente de sa richesse climatologique, c’est une région qui a réagi et s’est aujourd’hui installée dans une logique environnementale avec une vigueur qui lui permet de rattraper les retards. Et au-delà, d’innover par des programmes tels que Agir, les Prides, et les deux grandes vitrines de démonstration du durable en Méditerranée qui sont : les projets EuroMéditerranée à Marseille et l’opération d’intérêt national Éco-Vallée sur la métropole de Nice.

N°312

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