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Construction légère adossée à une ruine sans la dénaturer

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Construction légère adossée à une ruine sans la dénaturer

Détail de jonction en noue des 3 niveaux de couverture,avec la couverture supérieure du terrasson, la verrière en fenêtres de toit Velux formant bandeau, le chéneau et la couverture courante en zinc. La liaison par ferrure permet de rationnaliser cet assemblage complexe lié aux différentes pentes et à la volumétrie générale. La ferrure en tête du poteau en bois lamellé-collé reprend un arbalétrier. Egalement fixée en âme, l’autre ferrure reprend une entretoise métallique réglable bi-articulée.

© (Doc. Sémon Rapaport.)

Une structure légère, transparente et aisément démontable a permis de répondre aux contraintes d’implantation de ce bâtiment simplement adossé aux courtines d’un ancien château médiéval, classé Monument historique.

Destiné à mettre en valeur les ruines du château du Comte-­Robert 1er (xiie siècle) le Centre d’interprétation du patrimoine (CIP) a été conçu pour répondre à la déontologie d’intervention en site classé Monument historique. Et ce dès les phases de ­programmation et de ­conception. Ainsi, l’exigence de transparence justifiée par la nécessité de pouvoir lire en permanence les ­détails des vestiges préalablement restaurés ou remontés, a conduit les architectes à adosser le CIP au mur d’enceinte, côté nord. En outre, d’un point de vue climatique, ce parti offre une protection au vent et a permis d’ouvrir largement le bâtiment au sud, afin de récupérer les apports solaires gratuits et favoriser la pénétration de la lumière ­naturelle.

Une structure en appui sur des dés en béton

Quant au choix du procédé constructif, l’ossature bois a été privilégiée. Tout d’abord, pour son aspect démontable qui permet de restituer l’édifice dans son état d’origine. Ensuite, pour sa légèreté n’entraînant pas de fondations profondes, susceptibles de dégrader ou d’empiéter sur un sol qui fait toujours ­l’objet de campagnes de fouille.

Conçu sur un niveau de 404 m2 sans combles, le bâtiment est implanté au droit de l’emprise des constructions anciennes qui se sont superposées et juxtaposées au cours des siècles. La charpente proprement dite est constituée de portiques en bois lamellé-collé et de poteaux en Douglas massif de section ­circulaire de 0,16 cm de diamètre. Pour dénaturer le moins ­possible l’existant, elle est adossée aux courtines, sans gros scellements ni maçonnerie engravée, simplement par l’intermédiaire de butons métalliques ancrés ponctuellement pour assurer la stabilité des portiques. Les autres murs sont en ossature bois habillée d’un bardage en mélèze (clin ajouré de 10 mm), de section 4 x 4 cm côté salle d’exposition et 11 x 22 cm pour le reste du bâtiment. L’absence de traitement va permettre aux parements d’évoluer naturellement dans le temps et de se patiner pour se fondre dans le contexte historique. Pour contribuer à réduire la charge apportée, la couverture à deux pentes avec shed et chéneau central, est en zinc. C’est elle qui assure l’étanchéité avec le mur d’enceinte, moyennant un simple solin filant le long de la paroi.

Seul l’auvent d’accueil s’appuie sur un voile vertical en béton gris bouchardé, reprenant le layage du parement des pierres d’angle du château. Enfin, en cassant le rayonnement solaire, le prolongement de la toiture en casquette vient protéger le vitrage sur toute sa hauteur en été.

Recherche de finesse structurelle

Ce système constructif s’est avéré aisé à mettre en œuvre à l’intérieur de l’enceinte. Une grande partie du bâtiment a été fabriquée en atelier et pré-assemblée par panneau de façade entier, intégrant l’ossature bois, le bardage extérieur ajouré, le pare-pluie et un panneau bois (OSB), la laine de verre et le parement intérieur en plaque de plâtre. Avant d’être amenée par camion et montée comme un Légo à l’aide d’une grue. Le bureau d’étude a travaillé l’ossature bois à la ­demande, en fonction de la volonté esthétique d’obtenir des poteaux intérieurs les plus fins possibles. Ces derniers, de 3 m de hauteur, sont implantés au droit des fondations.

À savoir, quelques dés en béton de 1,50 m de profondeur, ­reliés aux poteaux et aux solives support du plancher via des potelets en métal de 0,30 cm de hauteur réalisant in fine, un vide sanitaire de 0,40 cm de hauteur. Le plancher est prolongé par un platelage extérieur en sapin du nord traité à cœur, de 4 cm d’épaisseur – au lieu de 22 mm en général – pour des aspects de vieillissement et de confort d’usage. Outre un cheminement, ce dispositif sur « cour ­anglaise » permet à l’eau de pluie de ­rejaillir non pas sur le mur, mais sur le bois ! Facilitée par le système constructif, l’isolation de l’enveloppe du bâtiment est particulièrement performante avec ses murs extérieurs doublés de 2 couches croisées de laine de verre (200 et 150 mm), des doubles vitrages peu émissifs à lame d’argon et une toiture garnie de 240 mm de laine de verre.

Des caractéristiques bioclimatiques induites

Soit un niveau dépassant le label THPE (très haute performance énergétique), fixé à Créf. – 15 %. À l’intérieur, la structure ­apparente a justifié le soin ­apporté aux assemblages entre le sol et les poutres. En appui sur le mur d’enceinte du château qui atteint jusqu’à 3,50 m d’épaisseur, la salle d’exposition utilise l’inertie de cette paroi restée en l’état, comme un régulateur thermique capable d’absorber ou de restituer la chaleur.

Cela permet d’optimiser les gains solaires passifs d’hiver et de bénéficier d’un maximum d’apport naturel sans ambiance intérieure surchauffée l’été. Les deux ailes du bâtiment ouvrent leurs façades au sud-est et au sud-ouest. Pour bénéficier de l’ensoleillement, c’est-à-dire des apports lumineux et calorifiques sans gêne ni éblouissement, elles comportent une bande de châssis hauts et bas en bois, ­équipés de stores brise-soleil. Sur ­l’arrière, une verrière non visible vient optimiser les apports solaires. Travaillée avec des châssis de toit (Velux) pour des aspects économiques, elle est ­inclinée à 45° suivant l’étude thermique. Dans un contexte muséographique, cette conception a l’avantage de placer les murs pleins à hauteur des yeux.

Tout en conférant une impression d’apesanteur au bâtiment, elle permet aussi de bénéficier du renouvellement d’air par la verrière en partie haute et de générer une circulation par convection lors de l’ouverture des châssis en partie basse. En complément, des équipements spécifiques ont été prévus pour réduire l’impact de l’air sur le bilan énergétique. Telle la programmation du plafond rayonnant plâtre, en fonction de l’occupation et donc des besoins, avec une récupération des calories sur l’air extrait et le préchauffage de l’air neuf (VMC double flux).

La prouesse ? Outre les performances du bâtiment, un délai de réalisation de six mois, dont 2 mois d’étude de l’ossature, 2 mois de fabrication en atelier et 1 mois de montage sur place. Le tout pour un montant d’investissement de 580 000 e HT. Soit un coût de l’ordre de 1 500 euros HT/m2.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°261

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