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Construction en terre : le nec plus ultra du développement durable

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Construction en terre : le nec plus ultra du développement durable

La bauge offre beaucoup de libertés au constructeur car celui-ci n’est pas limité par l’emploi d’un coffrage, comme pour le pisé, d’une armature, comme pour la terre-paille…

Recyclable, réutilisable à l’infini et possédant des propriétés de régulation thermique, la terre crue utilisée pour la fabrication de maisons doit être préservée et restaurée car elle constitue la base de bâtiments respectueux de l’environnement.

La « terre à construire » est un matériau complexe. Il s’agit d’un composite argileux naturel cru (teneur : 16 à 20 %) qui contient, en proportions variables, un ou plusieurs types d’argile (diamètre des particules inférieur à 2 ?m), des slits/limons (diamètre compris entre 2 et 80 ?m), des sables (diamètre compris entre 80 ?m et 5 mm), des graviers (diamètre compris entre 5 mm et 10 cm). La terre crue utilisée pour la réalisation du pisé est une couche argileuse qui se trouve sous la terre végétale. Lorsqu’elles ont été bien entretenues, certaines maisons en terre ont largement traversé les années (3 à 5 siècles). Elles sont toutefois extrêmement sensibles aux infiltrations d’eau qui, intervenant par les toitures ou les fondations, peuvent engendrer des tassements différentiels et provoquer des fissurations dans les murs. La restauration de ces maisons s’avère nécessaire, car la terre est un matériau qui offre de nombreux avantages. Il s’agit d’une ressource locale abondante et renouvelable, les coûts énergétiques pour sa mise en œuvre sont faibles et elle ne présente aucun risque de toxicité.

Un matériau confortable pour l’habitat

En effet, la production et l’utilisation de la terre crue sont peu consommatrices d’énergie et son comportement hygrothermique en fait un matériau confortable pour l’habitat. Recyclable, il offre aussi une bonne régulation thermique, pour la chaleur et pour le froid. La terre possède une conductivité plus faible que le béton, une meilleure inertie et des qualités de régulation hygrométrique qui limitent les besoins en hiver et les surchauffes en été. Une construction avec ce matériau permet d’économiser jusqu’à 40 % sur la puissance frigorifique et gagner 15 % sur le coût total de la maçonnerie comparée à une construction classique béton/aggloméré de ciment. L’avantage de la « terre à construire » est que la restauration est simple puisque le matériau est abondant et réutilisable à l’infini. Le pisé est une manière d’utiliser la terre crue. Dans certains cas, des fibres végétales (paille hachée) ou animales (poils de vache) sont incorporées au pisé. S’il n’est pas maintenu hors de l’eau, cette dernière peut le saturer, décomposer le liant qui contribue à sa cohésion et le transformer en boue. L’emplacement d’un bâti en pis abandonné se repère d’ailleurs par un léger monticule de terre faiblement végétalisée. Ainsi, les murs en pisé doivent être protégés par une hauteur d’assise suffisante, par un débord de toiture ou par un enduit. La restauration d’une maison en pisé suit le même mode opératoire qu’une construction de même type. La structure du pisé banché est un ensemble de blocs homo­gènes de 3 x 0,90 x 0,50 m montés sans joints. Avec une épaisseur d’environ 0,50 m, il est coulé puis compacté entre deux coffrages de 3 à 4 m de long pour 0,80 à 1 m de haut. Lorsqu’un ou plusieurs blocs se détériorent, il est possible de les changer en récupérant les matériaux ­nécessaires dans le sous-sol de la région, à proximité de la même maison. Pour qu’une construction dure, la première assise en pisé ne doit ni être mouillée directement par les eaux de ruissellement, ni par le rejaillissement des pluies. Malgré la faible résistance mécanique du pisé lui-même, cette structure lui donne une rigidité longitudinale et transversale, qui résiste lors d’affaissements de sol, sans dégâts importants.

Pose des portes et des fenêtres problématique

Au début d’un affaissement, un arc de décharge régulier se forme et provoque une fissure dans le pisé. La largeur de la fissure est de l’épaisseur d’un cheveu. Cet arc « descend » les charges de part et d’autre de l’affaissement naissant. Ce procédé fait partie des performances de la construction en terre, comparables à celles de la construction en maçonnerie ordinaire, sauf en cas de dégâts des eaux.

À chaque niveau de banchage, l’angle est coulé, alternativement solidaire d’un côté ou de l’autre, et les assises croisées forment un chaînage vertical. En construction comme en rénovation, seule la pose des portes et des fenêtres est problématique, car la fragilité de surface des murs ne permet pas d’atteindre la précision de la menuiserie. De plus, le ruissellement des eaux de pluie sur le jambage, et surtout sur les appuis, précarise l’étanchéité, voire la stabilité des menuiseries. Le plus souvent, le linteau en bois repose sur des jambages en brique ou en pierre, eux-mêmes portés par un appui, en brique ou en pierre. Cet encadrement des fenêtres est parfois saillant sur la façade, et il est alors revêtu d’un enduit.

Accrochage de l’enduit par ancrages mécaniques

Lorsque les murs en pisé de terre des maisons d’habitation sont enduits, rien ne permet de distinguer une maison en terre d’une maison en maçonnerie, si ce n’est l’observation d’éventuelles fissures. L’accrochage mécanique de l’enduit est problématique sur le parement d’un mur en pisé banché ordinaire où les aspérités sont rares et, si ces dernières sont en terre, solubles dans l’eau de gâchage de l’enduit. Cette ­difficulté est surmontée ­lorsqu’on implante dans le corps du pisé des ancrages ­mécaniques. Le maçon a quelquefois recours à une solution très simple, consistant à ­enfoncer régulièrement les dernières phalanges de ses cinq doigts dans le parement du pisé encore humide, pour créer un réseau de cavités d’accrochage. Dans le cas des pisés montés avec des arases en mortier de chaux, les accrochages mécaniques sont implantés dans cette arase. En outre, celle-ci donne à l’enduit un accrochage physico-chimique. Le même type d’accrochage est obtenu sur le pisé lui-même par l’application d’un ou plusieurs laits de chaux successifs, en imprégnant le parement. Ils se mélangent aux chaux de stabilisation de la terre et peuvent s’associer à la chaux de l’enduit. Les enduits traditionnels sur le pisé sont souvent en une seule couche, afin d’améliorer leur tenue par diminution du poids propre.

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