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Connaître les limites d’emploi des produits

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Connaître les limites d’emploi des produits

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À la fois, directeur de l’Iref(1) et conseiller technique du Gppf (2), Roland Cresson, ingénieur, dresse un état des lieux du secteur des peintures destinées aux intérieurs.

Les Cahiers techniques du bâtiment :Quelles sont les transformations des composants dans ce domaine ?

Roland Cresson : En terme de rendu, les peintures intérieures jouent sur la ­matière et les couleurs pour donner des aspects lisses à très structurés ou à l’ancienne qui peuvent être brillants, patinés, estompés, nuagés, mordorés, moirés, grattés… Si cette tendance s’appuie sur des résines et des minéraux parfaitement maîtrisés, elle repose aussi sur l’assemblage des charges dont la granulométrie peut aller de quelques microns dans une peinture laquée par exemple, à de gros grains de l’ordre du millimètre ou plus pour des aspects rustiques. Côté matières, on trouve des calcaires, des dolomies, de la silice, des sables plus ou moins purs avec des colorations différentes et des formes plus ou moins arrondies ou angulaires, selon l’origine du minéral. L’empilement de granulométries différentes peut aussi influer sur les propriétés finales du film de peinture qui sera plus ou moins tendu (ou poreux) en fonction des supports. Les effets décoratifs tiennent aussi au tour de main de l’applicateur, à son désir de créer et à l’outil utilisé.

CTB : Qu’en est-il de l’évolution des produits au regard du développement durable ?

R. C. : Cette problématique de l’environnement constitue effectivement l’élément majeur de l’évolution des peintures et produits connexes. Depuis quelques années, si les industriels ont modifié la formulation traditionnelle des peintures pour le bien-être des applicateurs et de la population, c’est aussi et surtout parce qu’ils ont anticipé les exigences de la directive européenne du 21 avril 2004 sur les émissions de COV (3). Les textes réglementaires qui fixent des échéances en 2007 et en 2010, imposent de respecter une concentration maximale en solvants organiques dans les produits. Sont d’abord visées toutes les peintures à solvants issus d’hydrocarbures qui contiennent de 300 à 750 g/l de COV. Avec les seuils limites requis à terme, il est clair que les laques glycéros classiques ou les pliolites sont vouées à disparaître au profit des produits en phase aqueuse. À l’heure actuelle, il existe peu de produits sans ajouts de solvants organiques. Ces produits à l’eau qui peuvent contenir des co-solvants (éther de glycol) jusqu’à 100 g/l, devront donc présenter des taux inférieurs aux valeurs annoncées, de l’ordre de 75 g/l en 2007 et de 30 g/l en 2010. Notons que la prise en compte de la notion de développement durable a également permis d’augmenter le rendement des peintures qui est passé de 8 m2/l en 1980 à 12/14 m2/l en 2005. D’où une quantité stable de produits fabriqués pour une évolution croissante des surfaces à peindre et moins de matières premières consommées à surfaces traitées constantes. Les peintures étant classées comme produits dangereux à éliminer dans des filières spéciales, la gestion des déchets fonctionne grâce à l’organisation mise en place par les fédérations et syndicats régionaux ou départementaux d’entrepreneurs, notamment en partenariat avec les pouvoirs publics .

CTB : Cette suppression des solvants modifie-t-elle les propriétés des peintures ?

R. C. : Les produits à taux de COV abaissés doivent remplir les mêmes fonctions et offrir des performances équivalentes. En fait, leurs propriétés quasiment identiques s’avèrent parfois supérieures aux anciennes formules. Compte tenu de leur composition, souvent à base de résines polyuréthannes ou acryliques associées à des résines alkydes ou siloxanes, ces peintures bénéficient d’un temps de séchage et de reprise plus courts. Mais cet avantage entraîne une modification des techniques de mise en œuvre et nécessite une formation adaptée pour les applicateurs. Contrairement à la phase solvant qui s’applique selon la technique du tiré-croisé pour obtenir un film fin, la phase aqueuse se dépose grassement et se lisse sans tirer. Si les produits à solvants avaient un large éventail de conditions d’application, en période froide ou humide par exemple, les peintures en phase aqueuse requièrent aussi un fonctionnement plus draconien pour atteindre le bon résultat. Cela signifie qu’il faut neutraliser les travaux à certaines époques de l’année conformément au DTU.

Dans ce domaine, il va falloir probablement repenser les déclarations de travaux en intempéries, car les seuils de températures et d’hygrométrie se situent très au-dessus des pratiques habituelles (0°C et quasi 100 % d’humidité). Soit aussi instaurer une politique globale qui implique les maîtres d’ouvrage et les maîtres d’œuvre ! Enfin, la fabrication en phase aqueuse devrait s’affranchir des produits pétroliers dont on ne maîtrise pas les coûts.

CTB : Vous parliez d’adaptation des outils et du savoir-faire de l’applicateur ?

R. C. : Cette évolution liée aux peintures sans solvants n’est pas sans conséquence sur le matériel du peintre. Et, plus les produits offrent des effets décoratifs avancés, plus l’applicateur doit maîtriser le geste et l’outillage pour les rendre. Cette compétence est directement liée à la politique de formation dispensée à la fois en interne et par les démonstrateurs des industriels. Pour éviter les écueils, il faut d’abord apprendre à mettre en œuvre les peintures décoratives et surtout connaître les contre-indications et les limites dans les applications.

Il faut aussi savoir qu’une peinture acrylique s’applique mieux avec un outil à fibres synthétiques ou mélangées plutôt qu’en soie naturelle seule. Le synthétique permet une meilleure homogénéité et surtout facilite l’application. Il en va de même entre les rouleaux à base de polyamide et ceux constitués de polyester structuré. Dans le résultat, vont également compter les outils à poils longs, courts, raides ou tendus utilisés, ainsi que la matière dont est constituée la taloche ou la spatule, le nombre de passes et d’opérations. Du reste, pour un revêtement décoratif particulier dont le résultat dépend du geste, on va demander au même Compagnon de réaliser tout le mur ! Cela démontre bien l’importance de la touche de l’applicateur. De la même façon, il faudra se méfier des matériaux qui ne fonctionnent pas sur des grandes surfaces parce qu’ils impliquent des reprises et donc des coups de main différents. Mais il en a toujours été ainsi ! On peut encore citer les nouveaux outils informatiques réservés a priori aux grands ouvrages, et qui permettent de simuler les effets de couleurs et de matière, donc de rendre le travail du peintre à partir d’une simple photo numérique.

CTB : Quel est l’enjeu du secteur aujourd’hui ?

R. C. : On aura toujours besoin de peinture. Ce qu’il faut, c’est faire vivre les produits grâce aux modes. Actuellement, en intérieur la chaux revient en force et à juste titre, puisqu’elle permet des effets décoratifs à l’ancienne, extrêmement variés. Mais elle ne constitue pas une évolution, plutôt une remise à niveau du savoir-faire des peintres qui l’avaient abandonnée !

En revanche, j’estime qu’il y a trop d’enduits pour la préparation des fonds sur le marché, et que les informations sur les fonctions ­(rebouchage, gros grains, très fins, multifonctionnels, universels, plus facilement lissants, etc.) se recoupent les unes les autres. Que la finition soit à l’eau, nouvelle ou ancienne, elle impliquera toujours un diagnostic et des préparations de fonds bien léchées, en adéquation entre la demande du client et le résultat final à obtenir.

Seulement, il faut se référer aux limites d’emploi des produits et les utiliser dans leur créneau. Pour les fabricants, l’enjeu se situe avant tout dans la fabrication de produits respectueux des directives concernant l’environnement et pour les entreprises, il consiste à utiliser ces produits-là, conformément aux exigences. Il y a peu de produits nouveaux dans ce domaine, il s’agit des mêmes ingrédients et d’une même formule arrangée différemment. Dans une ­logique normale de R&D, il est sûr que les industriels travaillent à la fabrication de nouvelles molécules, notamment au niveau des liants. Certaines résines, destinées à des secteurs d’activité comme la pharmacie ou l’aéronautique, pourraient un jour trouver un ­débouché dans le bâtiment.

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