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Concevoir des bureaux à l’ère de la nomadisation du travail

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L’agencement des bureaux témoigne d’une évolution importante des modes de travail. C’est aujourd’hui l’affaire de spécialistes, dont les prescriptions mixent à la fois rationalité, modularité et ergonomie.

«Le space planner n’est plus, place au workplace consultant ! résume Pierre-André d’Ornano, cofondateur de l’agence de conseil et de services en immobilier d’entreprise Mobilitis. À l’heure actuelle, l’aménagement de bureaux ne réside plus seulement dans une approche rationnelle de l’espace. Il consiste à discerner, voire anticiper les nouveaux usages du lieu de travail. » À cet égard, le space planning, concept apparu dans les années 1990 afin d’optimiser les surfaces dans une logique avant tout financière pour l’entreprise, a été intégré au sein d’une démarche beaucoup plus globale. Laquelle a été adoptée par la plupart des spécialistes de l’immobilier tertiaire, et agrège une multiplicité de compétences, allant de la renégociation d’un bail au conseil en organisation, en passant par la conception-programmation, voire dans certains cas, le design d’intérieur.

« Nos métiers se sont structurés au fur et à mesure que les manières de travailler ont évolué, avec une réelle accélération depuis 2010 liée à l’avènement du tout-numérique, note Pierre-André d’Ornano. Pour ce qui relève de l’aménagement proprement dit, la nomadisation du travailleur, entraînant un taux d’occupation réelle des locaux évalué entre 50 et 60 % dans la plupart des entreprises, ne pose plus tant la question de l’occupation de l’espace que de l’utilisation qui en est faite. » Concrètement, la notion de poste dédié n’a plus valeur de référence dans la manière de quantifier les mètres carrés. « Il y a quelques années, le ratio espaces individuels-espaces collaboratifs était de 85 / 15 %. Preuve de l’évolution des pratiques, il est quasi de 50 / 50 % aujourd’hui », constate Pierre Bouchet, directeur associé de l’agence parisienne Génie des lieux.

Recloisonnement

L’aménagement reflète à présent des modes de travail moins formels, moins « taylorisés », avec des espaces susceptibles de favoriser les occasions de rencontres et d’échanges : circulations, salles de réunions, espaces de détente, box privatifs pour s’isoler temporairement, cafétérias, etc. Le tout, nettement inspiré des modèles anglo-saxons. Ces nouvelles typologies témoignent d’une tendance au recloisonnement, en réponse au concept d’open space développé abusivement dans les années 2000. Mais, justifiées par l’argument de la mobilité du travail, elles mettent parfois à mal les préconisations de la norme NF X 35-102 concernant les superficies minimales allouées. Car ce n’est pas en s’enfermant dans un box destiné à préserver la discrétion de ses appels téléphoniques que le collaborateur peut bénéficier des 10 à 15 m2 susceptibles de lui garantir théoriquement une liberté de mouvement suffisante ! Et pour peu que ce box ne soit pas ventilé, il devra s’en extraire prestement au bout d’un quart d’heure… Qu’à cela ne tienne ! Il lui est désormais possible de travailler à peu près partout : sur un plateau aménagé, dans une salle de réunion ou de repos, dans un espace cafétéria, ce qui rend de plus en plus poreuses les frontières entre activité proprement dite et détente.

Moins d’espace, plus de confort

Mais la tendance est amorcée et, loin d’être imposées par l’agence de conseil, ces solutions d’aménagement sont expressément dictées par l’évolution des besoins de l’entreprise. « Cela implique d’ailleurs de notre part une certaine anticipation, précise le dirigeant de Mobilitis : le phénomène de nomadisme du travail, s’il s’amplifie, pourrait bien aller jusqu’à remettre en question la notion même de bureaux ! » Cette réflexion pourrait avoir un impact tout aussi significatif sur la construction d’un immeuble de bureaux. Car à supposer qu’il n’y ait plus besoin de bureaux demain, que deviendront ceux que l’on construit aujourd’hui ? « La conception devrait d’ores et déjà prendre en compte la réversibilité d’usage du bâtiment, même si cela implique de concilier des réglementations très différentes, note Pierre Bouchet. Pour l’heure, cette projection dans un modèle de programmation plus durable n’est pas encore passée dans les mœurs, bien que quelques maîtres d’ouvrage l’envisage. »
La logique d’optimisation de l’espace a une autre contrepartie : le confort. Plus les mètres carrés sont comptés, meilleures doivent être les conditions de travail du collaborateur… dans une répartition maîtrisée des coûts. Si les standards de confort se sont naturellement élevés ces vingt dernières années en matière d’éclairage et de génie climatique notamment, le programme en lui-même doit, tout en offrant de la qualité d’usage, générer des économies. Ainsi peut-on observer par exemple une diminution de la profondeur classique de l’immeuble de bureaux, qui passe de 18 à 13-16 m, afin d’éviter d’éclairer, chauffer et ventiler deux circulations au lieu d’une.

Vitrine

Dans cette quête rationnelle de qualité, l’agencement des espaces doit prendre en compte plusieurs facteurs, à commencer par l’éclairage. « Dans une zone de premier rang, pour ne pas pénaliser la pénétration de la lumière, sont plutôt préconisées des couleurs claires pour les revêtements muraux et les sols, à condition de sélectionner des matériaux non réfléchissants, indique Pascal Riggi, directeur de l’agence CD&B. La variété sera plutôt cantonnée dans les zones de second rang. » Idem pour l’acoustique. L’absorption des sons sera renforcée dans les espaces ouverts au moyen de parements muraux ou modules flottants. « Il faut noter également l’émergence de solutions acoustiques mobilières au design de plus en plus étudié, souligne Pascal Riggi. Tout cela participe de la création d’une identité forte de l’entreprise et d’une atmosphère qui rapproche aujourd’hui les codes du bureau de ceux de l’hôtellerie ou de l’habitat. Côté matériaux, cela se traduit, entre autres, par l’apparition récente de solutions textiles personnalisables, couplées ou non à de l’absorbant acoustique. »
La recherche de la qualité de l’air intérieur tend également à orienter les options d’aménagement, par le choix de moquettes ou de peintures non polluantes. À cet égard, les matériaux biosourcés pourraient trouver dans l’immobilier tertiaire un nouveau marché. « L’identité visuelle des espaces de travail participe en tous les cas de la stratégie de l’entreprise, à la manière d’une vitrine, conclut Pascal Riggi. Car aujourd’hui, le bureau a perdu sa fonction de support pour devenir un cadre. »

N°345

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