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CONCEPTION Le retour du bioclimatique en maison individuelle

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CONCEPTION Le retour du bioclimatique en maison individuelle

Cette maison à haute qualité environnementale (HQE) fait appel à des techniques éprouvées. Le rapport écologie/prix permet de réduire les charges de chauffage et d’eau chaude d’au moins 800 e/an, tout en assurant le confort de ses habitants et en respectant l’environnement.

Baptisée « Terre rouge », la maison individuelle – 127 m2 habitable et 27 m2 de garage – qui vient d’être inaugurée à Avon, aux environs de Fontainebleau, appartient au catalogue des Eco-bâtisseurs (1). Construite en ossature bois selon le procédé MBOC (2), elle bénéficie d’une isolation thermique des murs renforcée, supérieure de 20 % aux exigences de la réglementation, et respecte une architecture bioclimatique. C’est-à-dire qu’elle s’affranchit des ponts thermiques, des moisissures, et tire parti des avantages du site pour consommer peu d’énergie et garantir le bien-être de ses occupants. Bien orientée et ­vitrée au sud, protégée des vents dominants et peu ouverte au nord, elle abrite une véranda intégrée, des triples vitrages et des entrées d’air acoustiques, des capteurs solaires pour la production de chauffage et d’eau chaude, et une pompe à chaleur aérothermique réversible, couplée en appoint.

Un bâti de qualité « solarisable »

La véranda est en relation avec la cuisine et le séjour. Tout en agrémentant le lieu, son intégration, dès la conception, permet de récupérer l’énergie solaire en toute saison pour préchauffer l’air de renouvellement intérieur. D’où une réduction des consommations de chauffage de 10 à 20 %, naturellement et sans surcoût. Côté confort d’été et maîtrise des surchauffes, les triples vitrages sont équipés de protections solaires motorisées, aisément manœuvrées grâce à une commande centralisée. La préservation de la qualité de l’air est assurée, en premier lieu, par une ventilation efficace. C’est-à-dire avec des débits adaptés au volume de la maison et au nombre de pièces, sans possibilité d’inversion de flux d’air pour les odeurs de cuisine. De plus, la double exposition de la maison favorise une ventilation nocturne traversante en été, qui rafraîchit la température intérieure. La maison est équipée d’une aspiration centralisée. Contrairement aux aspirateurs domestiques qui relarguent l’air brassé à l’intérieur, ce système facilite la propreté en filtrant les poussières les plus fines et en rejetant l’air vicié à l’extérieur de la partie habitable. Enfin, les revêtements de sols et murs – à base aqueuse pour les peintures, de carrelage ou de parquet – ont été choisis sans solvant organique afin d’éviter les émanations de COV !

Le chauffage solaire nécessite un plancher chauffant basse température. Hydrocompatible universel, ce système a l’avantage de fonctionner avec toutes les énergies : gaz, électricité, bois, charbon, fuel, bois-énergie, solaire, aérothermie, géothermie, etc. Si besoin, il offre donc l’opportunité d’en changer sans gros travaux en fonction de la conjoncture énergétique. En appoint de la chaudière solaire, la pompe à chaleur aéro­thermique puise les calories dans l’air extérieur jusqu’à une température de – 10°C, en rejetant de l’air refroidi de 2 à 3°C. Avec un coefficient de performance de 3 en moyenne, elle assure le chauffage de la maison par temps couvert, en consommant 1 kWh pour produire 3 kWh de chauffage. En outre, de façon automatique, l’installation fournit un rafraîchissement intérieur de 4 à 5°C par inversion de la pompe, qui envoie alors de l’eau rafraîchie dans le plancher également réversible, pour un coût énergétique très faible !

Les capteurs solaires fournissent aussi l’eau chaude. Leur surface de 12 m2 autorise une production gratuite durant 6 mois ainsi que le chauffage de la piscine. L’eau chaude est ­produite à partir d’un échangeur et du ballon de stockage solaire. Le système d’alimentation est équipé d’un détartreur magnétique à champ glissant qui supprime totalement l’entartrage et, ainsi, les risques de légionellose. À confort égal et sans changer les comportements des occupants, s’ajoute une économie de 30 à 40 % des consommations habituelles. Ce résultat est obtenu grâce à un réducteur de pression réglé à 3 bars en tête d’installation, des douchettes à effet Venturi (débit de 7 l/min plutôt que 12 ou 15), des robinets mitigeurs à double débit et sécurité de température, et des chasses d’eau à double effet. Le tout pour un surcoût amorti en une année !

Une maison durablement économique

Extrapolé le 10 mars 2004 à partir des relevés de Météo France (station de Fontainebleau), le bilan du premier hiver de chauffage (2003-2004) du pavillon témoin équivaut à 2 547 DJU (3) moyens. Pour les surfaces et volumes chauffés par la chaudière solaire et son appoint par pompe à chaleur aérothermique, les consommations se situent à 2 439 kWh électriques, au lieu de 10 439 kWh électriques ou 19 506 kWh gaz calculés pour une même maison juste conforme à la RT 2000 ! Soit, environ 10 fois moins de kWh consommés et de CO2 émis ! Certes, le surcoût de construction atteint de 5 à 25 % du prix moyen du marché. Mais il est compensé par les économies réalisées à l’usage, par le gain de confort et les aides financières actuelles (Ademe, crédit d’impôt, aides des collectivités) et à venir, dans le cadre du futur Plan climat. Par ailleurs, on sait que la maison individuelle représente la moitié des logements construits annuellement et les trois quarts des consommations énergétiques. En effet, une maison consomme souvent le double d’un appartement pour une même surface habitable. Transposés à une maison de plain-pied de 100 m2 habitables pour ­4 personnes, ces résultats concluent ici, à une économie de charges (abonnements, fourniture d’eau et électricité) supérieure à 800 e/an ! D’ores et déjà, les Eco-bâtisseurs réfléchissent à un prochain pavillon témoin « zéro énergie » dans 5 ans !

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