Nous suivre Les Cahiers Techniques du bâtiment

Dossier

Composants et tour de main démultiplient les effets

Sujets relatifs :

Composants et tour de main démultiplient les effets

1. Grande tendance décorative, l’association d’un enduit mat et d’une finition cuivrée, argentée ou nacrée. Selon la créativité du peintre, les effets métalliques se font discrets ou très marqués, aléatoires comme uniformes. (Doc. Seigneurie.)

L’industrie offre des peintures décoratives performantes prêtes à l’emploi , déclinées en de multiples effets. Parallèlement, la créativité et le savoir-faire du peintre sont les garants d’un beau résultat.

Relevant de techniques ancestrales, les peintures décoratives intérieures connurent un fort engouement au cours des siècles précédents. Pour exemple en ­Europe, les nombreux faux marbres et faux bois qui ornaient églises et cathédrales au xviie, puis la forte percée comme décoration d’intérieur et de meubles dans les deux siècles suivants. En recul dans la deuxième moitié du xxe siècle, la peinture à effets revient en force depuis quelques années. « Plusieurs raisons en sont à l’origine. Tout d’abord, la lassitude des monoblocs de couleur traditionnelle mat ou satinée, la décoration ne se faisant que via la laque, un produit resté cher à cause de la préparation du fond et de son mode d’application. Parallèlement, l’existence de nouvelles technologies dans l’industrie chimique a ouvert la voie à une nouvelle génération de peintures. Et une ouverture généralisée aux voyages, donnant à voir des matières complètement différentes (tadelakt marocain, stucco italien…) et par conséquent, l’envie de les retrouver sur ses murs »,analyse Laurent Giroud, chef de marché peintures décoratives et laques chez Sigma ­Kalon. À partir des années 70, l’offre des fabricants s’est développée autour des paillettes (devenu quasiment le dernier segment de marché devant l’évolution d’autres produits) puis des peintures multicolores. Depuis, grâce aux progrès de l’industrie chimique (notamment dans l’apparition de nouveaux liants de synthèse, composants principaux des peintures), les industriels sont à même d’offrir des produits fiables aux esthétiques multiples. La majorité étant en phase aqueuse, pour une facilité d’emploi accrue et sans préjudice de leur qualité. Les démarches globales des fabricants sont ­similaires : proposer des produits prêts à l’emploi ne nécessitant ni mélanges, ni incorporation de colorants, simples d’application et facilement reproductibles, au minimum lavables voire lessivables, et apportant une esthétique particulière pour un coût raisonnable (le produit peinture étant souvent sur un chantier un poste très subalterne en terme de budget). Le nombre de passes est limité, en moyenne 1 à 4 : mono­couche pour les entrées de gamme (paillettes et peintures multi­colores), 2 à 4 couches pour la gamme intermédiaire des essuyés plus ou moins structurés, et jusqu’à 5 ou 6 couches sur un produit haut de gamme, tel que l’imitation du stucco ou du tadelakt. Techniquement, tout est pensé pour faciliter le travail du peintre, la réussite d’une peinture à effets associant un bon produit et de bons outils au savoir-faire de l’artisan. Les peintures à effets peuvent être segmentées en quelques grandes familles, selon l’aspect de surface obtenu et le positionnement de gamme.

Une large palette de rendus esthétiques

Les paillettes, très résistantes aux chocs, sont particulièrement adaptées aux ­locaux à forte circulation. ­Mises en oeuvre au rouleau ou par projection, elles tendent à disparaître des catalogues. Les peintures relativement épaisses, à effet gouttelettes, forment un pommelé légèrement arrondi et sont très résistantes. Elles ne nécessitent pas une préparation trop importante et fonctionnent très bien pour masquer les défauts ou petites dégradations de support, ce qui les rend encore très utilisées. Pour autant, leur esthétique unie ne présente pas l’attrait d’autres produits. Après cette offre d’entrée de gamme, viennent les peintures multi­colores par points (présence de microbilles de peinture). Appliquées au pistolet ou au rouleau en une passe, résistantes aux chocs et à l’encrassement, elles conviennent bien aux bâtiments collectifs. Constituant un micromarché, les fibres végétales qui, mélangées à un liant et projetées, donnent un aspect textile brut. À l’inverse, un très grand éventail d’esthétiques et de références est proposé par la famille des essuyés, brossés, peignés… Le principe consiste à jouer sur des faibles variations de couleurs selon deux techniques : l’application sur une première couche de fond unie et sèche, soit d’une finition plus claire ou plus foncée de la même tonalité, soit d’une finition semi-transparente (transparente mais colorée comme le fond). Dans les deux cas, les variations de teinte s’obtiennent par essuyage plus ou moins aléatoire, généralement au spalter. L’esthétique consiste à retrouver l’effet des badigeons anciens à la chaux et leur effet rustique. De nombreuses variantes décoratives existent : utilisation d’une finition colorée finement sablée pour donner un effet texturé, application successive de deux couleurs de finition et balayage pour former un effet nuagé, incorporation dans la finition de particules blanches à écraser pour des aspects blanchis… Le haut de gamme regroupe des effets (stucco ou tadelakt) qui nécessitent une préparation plus longue et impeccable, une application minutieuse par ­petites touches et un nombre de couches conséquent.

Principal avantage des peintures à effets, la multiplicité des aspects visuels. S’y ajoute la possibilité de jouer beaucoup plus avec les reflets de la lumière qu’avec une peinture classique, par l’adjonction de pigments apportant des effets cuivrés, nacrés ou argentés. Si ces peintures sont proposées avec une ­esthétique définie, elles sont également modulables en fonction de la créativité et du savoir-faire du peintre – ou de la demande client – et un même produit peut donc apporter des solutions différentes. Ainsi, le Carénia Alliage de Seigneurie peut donner un rendu très uniforme comme complètement aléatoire, très discret comme extrêmement marqué. Utilisé actuellement dans le cadre d’un chantier national d’extension des salles multiplexe de Gaumont, sa deuxième couche est doublée pour obtenir un rendu très réfléchissant (1). Les produits assez structurés permettent enfin de masquer les petits défauts de support, et s’affranchissent donc d’une préparation de fond lourde. Concernant leurs limites, mieux vaut éviter les peintures à trop haut relief type crépi, qui accrochent la poussière et sont difficiles à nettoyer. Des vernis de finition se prêtent bien à certains produits pour les protéger durablement contre la poussière ou contre les chocs (essuyés ou structurés), mais peuvent pour d’autres dénaturer, voire casser l’esthétique.

De l’importance de soigner la préparation du fond

La chaux ne se vernit pas, guère plus que des peintures dont les finitions (dorées, cuivrées…) jouent avec la lumière. Dans le même esprit, l’aspect mat, très tendance, induit de par son ­concept chimique (présence de silice) un phénomène de lustrage lorsqu’on le lave ou qu’on l’essuie. Cette délicatesse le réserve à des ­intérieurs haut de gamme, ou aux plafonds, une peinture veloutée pouvant constituer sur le mur un bon intermédiaire ­entre le mat et le satiné.

À l’instar de toute peinture classique, il n’y a pas de support incompatible, mais une règle d’or : des travaux préparatoires de fond adéquats et une impression, glycéro ou acrylique, adaptée au support. Certaines peintures demandent une préparation du fond particulièrement soignée, voire un mur lisse comme un miroir pour le stucco. Plus généralement, une peinture qui intègre des effets de jeu avec la lumière demande des fonds complètement plans, le moindre défaut accrochant la lumière et cassant l’uniformité. Autre point à respecter, le même applicateur sur un chantier, c’est-à-dire la même portée et la même force du geste, pour un rendu d’effets homogène. Selon Laurent Giroud, de Sigma Kalon, « l’ordre de coût d’un chantier oscille de 15 à 70 e HT/ m2, incluant peinture et main-d’œuvre pour l’application, mais hors préparation des fonds. Les facteurs qui influent sur ce coût sont la taille, la configuration du chantier, et le prix du produit. À titre d’exemple, si la préparation est bien faite, un système 2 couches de 30 m2 se réalise en 48 h, à raison d’une journée par couche. Attention aux plages de séchage : s’il existe des délais courts, indiqués sur les fiches techniques dans des conditions d’hygrométrie définies, nous sommes souvent amenés à conseiller des délais de 24 h, sur des chantiers non-chauffés, par exemple. »

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°259

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2006 des Cahiers Techniques du Bâtiment

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news hebdo Cahiers techniques du batiment

Nous vous recommandons

Confort d'été et changement climatique

Dossier

Confort d'été et changement climatique

DEMAIN SERA PLUS CHAUD Intégrer les phénomènes de surchauffe prévus par les climatologues dans la conception et l'aménagement des villes, c'est aussi préparer le bâtiment à assurer[…]

26/06/2019 | ActualitéDossier d'actu
Le bâtiment peine à passer au vert

Dossier

Le bâtiment peine à passer au vert

Quand la ville étouffe

Dossier

Quand la ville étouffe

Le confort d'été n'est pas encore une priorité

Dossier

Le confort d'été n'est pas encore une priorité

Plus d'articles