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Complexité des études de faisabilité en construction neuve

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Complexité des études de faisabilité en construction neuve

Dans l’existant, seules trois solutions – solaire thermique, photovoltaïque, éolien – sont comparées avec le « système pressenti ».

© (Doc. DR.)

Devenues obligatoires en construction neuve et en réhabilitation, les études de faisabilité suscitent encore de nombreuses questions. Début juillet, lors d’une journée d’étude technique de l’association Ingénierie du confort et de l’eau (ICO) (1), les participants ont tenté de trouver des réponses.

Depuis le 1er janvier 2008, des études de faisabilité d’approvisionnement en énergie sont devenues obligatoires en construction neuve pour les bâtiments de plus de 1000 m². Depuis le 1er avril 2008, idem pour les rénovations importantes dont la surface est supérieure à 1 000 m² et dont le coût des travaux envisagés dépasse 25 % de la valeur du bâtiment, coût et valeur restant à définir. Le coût des travaux dans l’existant se définit comme le montant financé au cours des deux dernières années. Pour établir la valeur du bâtiment, il faut multiplier sa SHON par un coût de construction défini par arrêté. Pour 2008, ce coût de construction est fixé à 1 287 e HT pour les bâtiments à usage principalement d’habitation et à 1 100 e HT pour les autres. Les maîtres d’ouvrage concernés doivent réaliser ou confier à un BE une étude de faisabilité technique et économique portant sur une petite quinzaine de solutions d’approvisionnement du bâtiment en énergie. Ces études – c’est la très grande nouveauté – doivent être jointes à la ­demande de permis de construire. L’intention initiale est éminemment recommandable. Il s’agit de changer les habitudes de travail de la filière construction, de faire en sorte qu’elle se pose (et résolve autant que possible) de bonnes questions très en amont et d’inciter les maîtres d’ouvrage à sortir de leurs routines de conception. Placés en première ligne, les BE thermiques n’ont pas tardé à se rendre compte des difficultés et des contradictions que recèle ce texte. Ce sujet a fait l’objet d’une journée d’études techniques le 7 juillet dernier, à laquelle participaient les membres de l’association ICO (Ingénierie du confort et de l’eau).

Une question de méthode

Les participants ont ainsi appris qu’un guide d’application des études de faisabilité était en préparation au Cstb (2). Mais quelle méthode utiliser ? Pour une construction neuve, la RT 2005 est incontournable et, par extension, pour la réhabilitation. Comme les textes ne préconisent aucune méthode particulière, certains BE développent la leur.

Premier écueil, la RT 2005 ignore un certain nombre des systèmes que l’on doit obligatoirement étudier : la cogénération, l’éolien, les pompes à chaleur pour l’ECS pour lesquels les BE doivent donc improviser. Cela ne sera sans doute pas résolu avant la RT 2012 et le guide en préparation évite soigneusement ce point. Cette absence de méthode, qui induit des délais d’étude plus importants, jointe à l’interprétation restrictive que font des municipalités de l’arrêté instituant les études de faisabilité, ont déjà conduit à retarder les dépôts de permis de construire de certaines opérations. La signature du thermicien doit accompagner celle de l’architecte lors du dépôt de demande de permis de construire.

Ensuite, qui va payer ? C’est naturellement le maître d’ouvrage, mais bon nombre d’entre eux n’apprécient pas encore l’occasion de réfléchir en amont que cette obligation nouvelle leur offre. Ils la perçoivent comme une contrainte supplémentaire et demandent très clairement au BE d’orienter les résultats de ses études de manière à valider leur choix initial. Les BE présents lors de cette réunion ont fait état de fourchettes de prix de vente très larges. Pour un bâtiment de 60 logements, ils pratiquent des prix compris entre 9 000 et 1 200 e HT. Vinci tente d’imposer une fourchette de 1200 à 1 800 e HT. L’un des participants chfifrait 10 000 e HT pour l’étude d’un ensemble de 320 logements neufs en immeubles collectifs.

Un effort de pédagogie auprès des clients

Les BE soulignent tous qu’au moment où ces études doivent être réalisées, ils disposent de très peu de données sur le bâtiment. La plupart ont décidé de partir d’un bâtiment similaire qu’ils ont déjà étudié, en modifiant quelques paramètres, selon ce que le maître d’ouvrage veut bien leur en dire. Enfin, étudier 9 systèmes, pour la plupart encore peu diffusés, en construction neuve, 3 en réhabilitation, les comparer à ce que voulait le maître d’ouvrage, en produisant calculs de consommation en euros, coûts d’exploitation, tonnes de CO2, etc. est extrêmement laborieux.

Un premier module de calcul spécifique est disponible chez Perrenoud pour 400 e, un autre à 390 e chez BBS Slama, un troisième est en cours chez FISA. Ils fonctionnent à partir des logiciels RT 2005 de ces éditeurs. Ils ne permettent donc pas de calculer les solutions que la RT ignore, mais offrent la possibilité de modifier les coûts d’énergie, de maintenance, etc. Une partie des résultats d’étude de faisabilité à fournir – la classe d’énergie et la classe climat atteintes par chaque système – sont calculés selon la méthode du DPE dans le neuf. Pourtant, l’arrêté sur le DPE interdit explicitement à celui qui réalise l’étude thermique réglementaire, de calculer également le DPE… Les études de faisabilité aboutissent fort logiquement à des résultats financiers pour chaque solution, avec ou sans actualisation, selon les souhaits du maître d’ouvrage. Lequel les utilise pour fonder et justifier ses décisions d’investissement, de choix de système et d’énergie. Tous les calculs sont basés sur la méthode RT 2005, dite « conventionnelle ». Ses résultats n’ont qu’un rapport distant avec la réalité de la vie du bâtiment. Notoirement, elle ­minimise la contribution solaire thermique et maximise l’effet de la condensation, par exemple. Les BE présents à cette JTE sont tombés d’accord sur un point. Il doivent accomplir un considérable effort de pédagogie auprès de leurs clients : les études de faisabilité, le calcul RT 2005, le DPE donnent des résultats différents pour le même bâtiment.

Il faut que leurs clients en comprennent la raison, ainsi que les limites de ces valeurs.

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