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Chaume : une technique durable à redécouvrir

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Chaume : une technique durable à redécouvrir

La toiture en chaume reste essentiellement une technique de restauration de l’habitat vernaculaire, mais elle peine à se développer dans la construction moderne française contrairement aux pays du Nord. Une injustice au vu des propriétés du matériau.

Technique de couverture employée depuis des millénaires, la toiture en chaume a été mise en œuvre dans toutes les parties du globe et sous tous les climats. Très répandue dans les campagnes françaises jusqu’au début du xix e siècle, elle ne persiste que dans quelques régions, notamment en Bretagne, en Normandie, en Camargue ou encore dans le Massif central.

Le chaume est un terme générique issu du latin « calamus » (tige de roseau) qui désigne des tiges végétales utilisées pour la couverture des bâtiments (brande, paille de blé, de seigle, de roseau), des matériaux jusqu’alors disponibles localement.
La mise en œuvre a peu évolué au fil des siècles. L’innovation réside principalement dans les attaches de fixation. Les tiges de noisetier assurant le serrage des roseaux sont aujourd’hui en acier galvanisé de minimum 5 mm de diamètre et les fils d’acier galvanisé d’une section courante de 13/10 m, de cuivre de 110/10 mm ou d’inox de minimum de 6/10 mm ont remplacé les liens végétaux. Concernant la réglementation, aucun DTU n’est applicable à la pose d’une couverture en chaume. L’ANCC (Association nationale des couvreurs chaumiers) a toutefois rédigé des recommandations techniques pour la couverture en roseau : matériaux, type de pose, fixations, recouvrement de l’attache, épaisseur, ouvrages particuliers... Le chaume se pose de différentes manières (horizontale ou verticale) avec des spécificités régionales comme en Camargue, dont la progression se fait en escalier.

Ignifugation : nécessaire, uniquement en bardage

Réalisable sur tout type de charpente, la pente doit cependant afficher une valeur supérieure ou égale à 45°, afin de faciliter l’écoulement de l’eau de pluie et l’épaisseur du matériau doit être au minimum de 27 cm à l’égout et de 23 cm au faîtage, le pied des tiges orienté vers le bas. Le serrage des roseaux et le recouvrement par la superposition des bottes assurent l’étanchéité de la couverture, chaque nouvelle bande étant posée environ 30 cm plus haut. La pose horizontale, ou technique « à la barre » est la plus utilisée. Après le lattage de la charpente, le chaumier maintient le chaume au moyen de barres transversales métalliques et coud ensuite le chaume à la charpente avec des fils de fer en partant de l’égout au faîtage. La pose verticale dite « à la javelle » est réalisée par rangs successifs en partant de la rive latérale droite du toit, de l’égout au faîtage par passées verticales de 45 à 60 cm de large. Des piquets d’arrêt sur le côté de la passée maintiennent le chaume en place jusqu’à la prochaine passée.
La pose camarguaise se fait quant à elle en escalier. « Les bottes sont divisées en petits paquets de 8 à 10 cm de diamètre appelés « manons », explique Laurent Petit, gérant des Toits de Camargue. On utilise la pose à la barre et on les attache bien serrés côte à côte. À chaque rang horizontal, on recouvre les bottes précédentes en laissant un écart de 15 à 20 cm pour la première rangée, puis de 35 cm environ pour former l’escalier. »
L’étanchéité des points singuliers, tels le faîtage, les noues, les ouvertures, demande une attention particulière pour éviter toute stagnation d’eau. Le faîtage doit être exécuté au moyen d’un feutre bituminé, de feuilles de plomb d’une épaisseur minimale de 1,5 mm ou de bandes façonnées. Un mortier de chaux ou de terre crue est ensuite appliqué et, en fonction des spécificités régionales, le recouvrement peut être végétalisé avec des iris ou des joubarbes (Bretagne), ou encore de tuiles faîtières, de plaques de cuivre ou de zinc. Pour les fenêtres de toit, celles-ci doivent être surélevées par rapport à la charpente. Des bavettes assurent l’étanchéité latérale, la partie supérieure étant pourvue d’une casquette en chaume.
Face au feu, « le chaume a faussement mauvaise réputation, explique Thierry Renard, artisan-chaumier à La Chapelle-des-Marais (44). En France, la réglementation n’impose pas la pose d’un film antifeu, alors qu’elle est obligatoire au Danemark par exemple. L’ignifugation du chaume est surtout nécessaire, si l’on applique le chaume en bardage vertical ou encore en intérieur ». L’ignifugation du chaume et la mise en place d’un écran de sous-toiture doivent cependant être réalisées pour les ERP. Classé M3 (normalement inflammable) au comportement au feu, le chaume est considéré normalement combustible et ne propage pas les flammes. Sa résistance à la propagation des flammes dépend du serrage et de la compacité du chaume lors de la pose. Un traitement ignifuge par pulvérisation des couches sous-jacentes du chaume, ou par imprégnation totale des bottes le rend difficilement combustible. La pose d’un écran de sous-toiture respirant de classe M0 ou M1 limite la propagation des flammes, mais n’est pas obligatoire. Quant aux souches de cheminées, un écart au feu de 16 cm tel que défini dans les DTU 24.2.1 et 24.2.2 doit être respecté.

Chaume et architecture contemporaine

Si le chaume est généralement utilisé en France pour la restauration de vieilles demeures agricoles, il peine à s’imposer dans l’habitat contemporain. « Le chaume est beaucoup utilisé dans l’habitat contemporain aux Pays-Bas, où il est aussi employé comme couverture murale, explique Michel Gouzene, président de l’association Chaume sans Frontières. Nous cherchons à faire évoluer l’image du chaume et à en développer l’application. Il y a quelques projets en France qui voient le jour, mais le marché reste encore frileux. » L’absence de réglementation constitue un frein à son développement et cantonne le chaume à un élément décoratif. « Si on avait un Avis technique, poursuit Thierry Renard, beaucoup plus de chaumières se construiraient, car c’est un matériau qui possède d’excellentes propriétés isolantes. Le chaume est un élément de couverture, mais il n’est pas considéré comme un isolant. La législation ne permet pas d’avoir un produit pour deux dénominations. Ce n’est pas un produit industriel, il est sain, il entretient les marais et en fin de vie, il peut servir de compost. » L’emploi du chaume en bardage vertical constitue un moyen d’isoler par l’extérieur naturellement et offre une durée de vie de 80 ans. « Plus la pente du toit est faible, moins le roseau dure longtemps, ajoute Thierry Renard. Pour une toiture en chaume, la durée de vie est de 50 ans. »
En outre, la pose de panneaux solaires est envisageable, à condition qu’ils soient intégrés à la toiture avec la pose d’un bac acier comme tout autre type de couverture. Un autre frein à son développement est également lié à son temps de pose. « Le problème du chaume est son temps de mise en œuvre, poursuit Johan Dessay, architecte à l’agence CO-BE, plus longue qu’un autre type de couverture. C’est un matériau onéreux (entre 120 et 200 euros/m²), dont il existe très peu de main-d’œuvre expérimentée, et encore moins pour des projets de grande envergure. »
Largement utilisée aux Pays-Bas, une technique particulière consiste à visser directement les bottes sur des panneaux posés sur des pannes ou des chevrons. Un fil d’acier maintenu par des vis fixées sur le panneau tous les 20 cm environ comprime le chaume. Plus rapide à mettre en œuvre, ce mode de pose complète l’isolation. Appelée également « technique à construction fermée », il n’y a pas de circulation d’air ce qui a pour avantage d’assurer une meilleure résistance au feu, mais qui a tendance à accélérer la dégradation du chaume avec une durée de vie de l’ordre de 30 ans.

N°320

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