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CHARPENTE Un lotus de 8 000 pièces en couverture de pagode

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CHARPENTE Un lotus de 8 000 pièces en couverture de pagode

Conçu autour d’une architecture « naturelle », ce projet abrite un centre culturel de 400 m2 faisant très largement appel au bois. Point fort : une charpente constituée de 8 000 pièces taillées sur mesure qui reproduit l’image d’une fleur de lotus.

Obstiné, Bounheng ­Saignavongsa, le président de l’association Lao du Languedoc-Roussillon ? Peut-être, mais avant tout passionné ou bien encore profondément croyant puisque « nous n’avons de force que celle de nos désirs ». Le projet, porté à bout de bras par cet homme affable, arrivé en France en 1970 pour y préparer un DESS de sciences économiques, remonte en effet à plus de 14 ans ! Objectif : bâtir une pagode authentique, dans le respect des règles architecturales qui caractérisent l’édification des temples laotiens, autrement dit une construction traditionnelle qui ne soit pas simplement l’adaptation d’un bâtiment ­existant.

Un puzzle tridimensionnel

Ce rêve est en train de prendre forme dans le quartier Croix d’argent (à l’ouest de Montpellier), sur un terrain de 3 500 m2, la première pierre ayant été ­posée le 1er mars 2003. ­Pourquoi une telle lenteur ? Pour la bonne raison que le futur centre culturel Lao, qui sera la première construction de ce type érigée en Europe, est un projet financé essentiellement par des dons (1) collectés au fil des ans, alors que le coût global de la construction atteint les 1,7 million d’euros. Dans la pratique le centre culturel (voir encadré), d’une surface au sol d’environ 400 m2, abritera le logement (kouti) du vénérable (ou bonze), des salles de réunions, une cuisine, des sanitaires et surtout la sala, la grande salle à la vocation religieuse et festive. Celle-ci constitue l’un des éléments fort de cette réalisation, qui fait largement appel au bois, puisque la charpente reproduit, comme un gigantesque hologramme suspendu au-dessus des visiteurs, l’image d’une fleur de lotus géante. « Un vrai casse-tête tridimensionnel. Car il ne fallait pas obtenir cet effet par un simple ajout décoratif, mais faire apparaître le motif décoratif par le jeu des entrecroisements entre chevrons porteurs principaux, en Douglas rouge, et les contrefiches en sapin clair », précise Olivier Gaujard, l’ingénieur en charge des études bois. Les lignes d’intersection obtenues et les variations d’inclinaison dessinant la fleur de lotus dans l’espace. Résultats : 8 000 pièces de bois, taillées sur mesure via des machines à commande numérique, avec plus de 500 modèles différents rien qu’en chevronnage. Un casse-tête en 3D, d’une extrême complexité, dont le montage a requis, outre une batterie de plans, une grande précision de la part des équipes de pose. Tous les éléments du puzzle sont arrivés prétaillés et numérotés sur le chantier. « Quelques pièces ayant néanmoins été retaillées sur place, car la logique géométrique présentait quelques effets disgracieux qui rompaient l’ordre ­poétique à un ou deux endroits », souligne Oliver Gaujard

Rien ne remplace donc, au final, le coup d’œil et la main de l’homme, « mais soulignons que l’informatique et les méthodes de calcul en 3D sont des moyens de remettre au goût du jour des techniques traditionnelles qui, sans l’apport de ces progrès, seraient tout bonnement irréalisables pour des questions de temps et de coûts ».

Quatre cèdres porteurs

Le contre-chevronnage ­permet également de venir masquer la section importante des chevrons porteurs. La toiture à quatre pans repose sur quatre arêtiers en Kerto – deux plaques de 60 mm d’épaisseur contrecollées (hauteur maximale de 1,43 m au niveau des appuis) – le chant ­inférieur étant habillé d’un contreplaqué qui puisse se ­cintrer. L’option lamellé-collé, bien que techniquement réalisable, a été écartée en raison du rayon de courbure très court qui rendait sa conception délicate. Les arcs, qui présentent la particularité structurelle d’être en ­porte-à-faux, viennent se rejoindre sur une pièce centrale de 57 cm de hauteur, en forme de cône tronqué (diamètre maximal 1,90 m) faisant office de clef de voûte. Des ferrures à lame centrale permettent l’accrochage de cet élément complexe à réaliser qui, pour des problèmes de concentration de charges importantes au niveau des reprises d’efforts, a nécessité le choix d’une solution mixte acier-métal. « La structure métallique est habillée par deux pièces en Kerto, un contreplaqué en peuplier de 3 mm d’épaisseur venant habiller l’ensemble », précise ­Olivier Gaujard. La ­toiture repose sur quatre poteaux ­porteurs en cèdre de 3,60 m de hauteur, posés sur des appuis béton. ­Chacun de ces piliers de 500 mm de diamètre a été usiné en une seule pièce, à partir d’un seul arbre, un forage de 100 mm de diamètre ayant été réalisé à l’intérieur afin de limiter les efforts de retrait et permettre le passage des câblages électriques. Un grand soin a été apporté au choix des essences, le mélèze, le peuplier, le cyprès et le chêne venant s’ajouter au Douglas, au ­cèdre et au sapin. Prochaine ­étape : la construction de la pagode proprement dite. Un chantier qui méritera sans doute de revenir sur les lieux puisque l’édifice sera la reproduction exacte de la pagode VatXieng Thong de Luangprabang ­(ancienne capitale royale) le plus ancien lieu de prière du Laos, un ouvrage prestigieux classé au patrimoine de l’Unesco.

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