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Entretien

" Cette crise va profondément modifier nos manières de faire" Étienne Crépon, président du CSTB

Stéphanie Obadia

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© Raphaël Dautigny

Pour Étienne Crépon, président du CSTB, le confinement et le télétravail vont amener les professionnels à travailler différement. Une fois apaisée, cette situation tendue pourrait devenir "un puissant facteur de transformation et de progrès, en accord avec les enjeux d’efficacité et d’environnement du XXIe siècle".

Quelle organisation avez-vous mis en place au Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) face à la crise sanitaire que subit actuellement le pays ?

Etienne Crépon : Cela fait maintenant une quinzaine de jours que nous avons commencé à anticiper l’impact que la montée de l’épidémie pourrait avoir pour le centre scientifique et ses clients. Notre priorité a été de mettre en sécurité l’ensemble de nos collaborateurs. La quasi intégralité de nos équipes sont en télétravail, conformément aux instructions gouvernementales. Cependant, nous avons dû maintenir sur site des fonctions vitales à notre établissement public, comme la récupération du courrier et des envois qui nous sont faits, ainsi que la maintenance technique et informatique.

Comment assurez-vous la poursuite de vos activités et la délivrance des avis techniques ?

EC : Pour assurer la conduite de nos activités, les audits que nous réalisons habituellement en usine sont réalisés à distance, de façon dématérialisée. Nous avons élaboré une procédure il y a maintenant quinze jours, que nous avons expérimentée la semaine dernière et qui fonctionne depuis lundi 16 mars.

Elle consiste à privilégier une base documentaire, que nous avons renforcée pour compenser, du moins en partie, ce qui ne peut être constaté de visu, puisqu’aucune visite des unités de production n’est autorisée. Cette mesure a nécessité un gros travail de préparation entre les gestionnaires de certification et les industriels pour préparer les éléments d’analyse afin de pouvoir ensuite échanger par téléphone ou en visio-conférence.

En parallèle, puisqu’il nous faut tenir compte de tous les audits, prélèvements de produits et essais qui ne pourront être réalisés, nous adaptons nos procédures de certifications pour prendre en compte le contexte, en accord avec nos partenaires de contrôle externe notamment COFRAC.

Concernant les avis techniques et les appréciations techniques d’expérimentation (ATex), les instances qui réunissent en principe une trentaine de personnes pour délivrer les avis techniques sont préparés par des plus petits groupes de spécialistes, afin que les travaux puissent être conduits et que ce soit efficace pour tout le monde. Déjà, les premiers retours sont positifs.

A date, bien que les usines soient fermées et que nous travaillons par voie dématérialisée, nous restons dans la capacité de produire des avis et appréciations techniques et de garantir la qualité des produits. Leurs mises sur le marché pouvant ainsi être poursuivies par les professionnels, maintenant ou dès la fin du confinement.

Enfin, les travaux de recherche théorique ou de développement de codes de calcul se poursuivent. En revanche, les recherches expérimentales sur le terrain sont à l’arrêt. Tout comme nos activités de formation en présentiel.

A combien de jours estimez-vous pouvoir travailler en mode « confinement » ?

EC : L’enquête est en cours auprès des équipes pour savoir quel est leur plan de charge pour les semaines à venir compte tenu du confinement et les travaux qu’ils sont en capacité de réaliser de façon dématérialisée. Rendez-vous donc dans deux ou trois semaines, quand tout le monde aura intégré le travail à distance et se sera organisé.

Nous travaillons actuellement sur des projets initiés depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois, avant le confinement. Par exemple, il faut en moyenne neuf mois d’instruction et d’échange avec l’industriel pour aboutir à un avis technique publié.

Il est clair que si la situation devait durer trop longtemps, nous serons confrontés à des problèmes de plan de charge.

Comment envisagez-vous l’avenir ?

EC : Au CSTB, nous étions d’ores et déjà sur une logique de réduction du nombre de déplacements et du développement du travail à distance. C’est indispensable pour un établissement qui compte quatre sites en France. Aujourd’hui, face à l’épidémie, nous sommes amenés à pousser à l’extrême ce qui était des orientations pour l’avenir. Je suis impressionné par la bonne volonté des gens et la capacité des collaborateurs à faire face.

J’ai une conviction. La première, c’est que nous sortirons un jour de cette crise sanitaire. La seconde, c’est que ce mode de travail forcé va profondément modifier nos manières de faire, d’échanger avec les experts, ce qui est valable pour l’ensemble des acteurs économiques de notre pays. Si la situation est aujourd’hui très perturbante, même inquiétante, nous pourrons en faire un puissant facteur de transformation et de progrès, en accord avec les enjeux d’efficacité et d’environnement du XXIe siècle.

Propos recueillis par Stéphanie Obadia et Amélie Luquain

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