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Ces conceptions et techniques qui font du risque un atout

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Dix recommandations (*) 1. Rupture de capillarité (joint étanche) au-dessus des PHEC (pour les constructions neuves)2. Enduit à la chaux grasse sur les murs en élévation3. Matériaux de cloisons retenant faiblement l’eau et/ou facilitant le séchage et/ou facilement remplaçables4. Isolants retenant faiblement l’eau, tant pour les planchers que pour les murs et les plafonds5. Menuiseries qui ne subissent aucune modification lors d’une immersion prolongée6. Portes extérieures sans seuil ou avec des seuils les plus bas possible7. Huisseries supportant une immersion prolongée pour toutes les parties ouvrantes (extérieures et intérieures)8. Volets résistants à l’eau uniquement dans la mesure où ces parties sont au-dessous de la crue de référence9. Plafond : ossature métallique pour supporter les plaques de plâtre (plutôt que des tasseaux)10. Attaches de la charpente sur gros œuvre résistant à un effort d’entraînement d’ensemble par le courant

Face à la montée des eaux et aux inondations de plus en plus fréquentes, certains architectes imaginent des solutions constructives qui dépassent le simple cadre de l’habitat individuel. L’habitat flottant développé aux Pays-Bas peut être une source d’inspiration.

Selon les experts en climatologie, le niveau des océans devrait monter d’environ 0,90 m d’ici l’horizon 2100, entraînant la disparition de nombreuses îles et villes à travers le monde. Il y a donc urgence à traiter la question des inondations dans la construction. L’Hexagone est concerné par la problématique. Pour preuve, les ministres de l’Écologie et du Logement ont lancé en janvier un grand prix d’architecture sur le thème « Comment mieux bâtir en terrains inondables constructibles », dans le cadre de la Stratégie nationale de gestion des risques d’inondation présentée en juillet 2014. L’objectif de ce prix ? « Valoriser la résilience individuelle ou collective des constructions », autrement dit, mettre en œuvre des solutions pour mieux adapter la construction à ce type d’aléa.

Composer avec l’eau n’est pourtant pas nouveau : les constructions sur pilotis ou flottantes existent déjà, par exemple en Asie (Thaïlande, Vietnam, etc.) et aux États-Unis, où le quartier flottant de Sausalito à San Francisco, toujours en place, a été bâti dans les années 1960-1970. Un concept sur lequel se sont également penchés certains architectes néerlandais.

Pilotis

Sur le territoire français cependant, la problématique n’est pas tant de construire sur l’eau que de mettre hors de portée de l’eau le bâti des zones présentant un risque d’aléa (moyen à faible), puisqu’aucun permis de construire n’est délivré dans les zones rouges définies par les plans de prévention des risques d’inondation (PPRI). De ce fait, la principale solution développée est la construction sur pilotis ; laquelle présente en outre un intérêt dans le cas d’un terrain meuble ou pentu. En cas de crue, cette surélévation - en juchant le niveau habitable strictement au-dessus de la cote des plus hautes eaux connues (PHEC) - facilitera une meilleure circulation des écoulements. L’architecte Jean-Loup Patriarche avait revisité ce principe constructif il y a quelques années dans le parc technologique de Savoie Technolac (voir la photo page précédente), en mettant au point le concept House Boat : dix unités de bureaux légères, à ossature métallique, supportées par des files de poteaux reposant sur des semelles en béton, sont implantées sur un terrain de 15 000 m2 à faible portance en zone inondable (niveau moyen). Une « piste » centrale formant quai, alignée sur la hauteur du niveau habitable, rend les différents bâtiments accessibles de plain-pied au moyen d’une passerelle.

Plateforme amphibie

Une autre possibilité consiste à construire sur une plateforme amphibie : c’est la solution Batiflo, inventée en 2001 par l’ingénieur Frédéric de Chérancé. Le système est susceptible de s’adapter à diverses typologies, même si les applications se limitent, pour l’heure, à l’habitat individuel et au tertiaire. Conçu pour être développé dans des zones inondables à risque fort - en dépit du cadre réglementaire français qui l’interdit -, il consiste en un principe simple : ériger la structure du bâtiment sur une dalle en béton armé coulée sur un assemblage de caissons en polystyrène expansé. Ce socle, compatible avec tout type de terrain (y compris à faible portance) a la capacité de flotter en cas de montée des eaux. Le système prévoit également des colonnes de guidage fichées dans des semelles en béton armé, afin d’empêcher la dérive du bâtiment pendant l’épisode de crue. Avec seulement trois réalisations sur le territoire dans des zones à moyen ou faible risque d’aléa, le créateur de Batiflo déplore les restrictions en vigueur, mais continue de perfectionner son concept, dans l’attente d’une éventuelle déréglementation.
En complément de la construction amphibie ou sur pilotis, les modèles de bâtiments flottants néerlandais peuvent offrir aux architectes et urbanistes des pistes éprouvées.

Maison immergée ou « ponton »

Un quart du territoire néerlandais se situe en dessous du niveau de la mer et, avec une densité de population parmi les plus fortes au monde, le manque de terrains constructibles génère une crise sévère du logement. L’habitat sur l’eau représente ainsi un vrai défi pour les années à venir. Le principe de base de la maison flottante se résume à ce que celle-ci - de plain-pied ou dotée d’un ou deux étages - doit être « lourde à la base et légère au sommet ». Pour le support de l’habitation, deux cas de figure se présentent. Soit l’ouvrage intègre une partie basse immergée et habitée qui constitue une cuve et peut être réalisée en béton, acier ou PVC ; la stabilité courante s’obtient alors grâce à un système d’amarrage pourvu de pieux fixés au droit de la coque de la maison et plantés dans le sol (eau). Soit il s’agit d’une « maison-ponton », dont l’habitacle repose sur un ponton confectionné en béton, acier, aluminium, ou bois. Celui-ci peut être arrimé de diverses façons. En eau profonde, le recours à des câbles, pourvus d’aussières (ou amarres) souples, fixés sur les côtés du ponton et ancrés dans le fond marin au moyen de quatre plots en béton apparaît le mieux adapté. En revanche, lorsque la profondeur de l’eau est faible et le sol assez ferme, les pieux de mouillage, fixés dans le sol et liaisonnés à la plateforme, paraissent plus appropriés, surtout dans des zones soumises à de grandes marées et au niveau d’eau variable. Quant à la superstructure légère qui repose sur le socle, elle est constituée d’une structure préfabriquée en acier et/ou en bois, l’ensemble monté étant livré in situ par voie maritime, à l’aide de remorqueurs. L’architecte Koen Olthuis, spécialisé dans les projets de bâtiments flottants au sein de son agence Waterstudio, a réalisé sur ces différents principes plusieurs maisons individuelles aux Pays-Bas. Ces habitations flottantes peuvent d’ailleurs être groupées, comme c’est le cas à IJburg, non loin d’Amsterdam (lire le focus ci-contre).

N°342

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