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Boulogne-Billancourt Une « non-Tour » signée Jean Nouvel

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Boulogne-Billancourt Une « non-Tour » signée Jean Nouvel

La tour Horizons est un édifice qui superpose visuellement trois bâtiments : un socle lourd en béton sculpté, une partie intermédiaire massive en briques et une partie supérieure, aérienne et transparente. Un IGH atypique et paysagé qui culmine à 90 mètres.

Début novembre 2011 s’est achevée la construction de la tour Horizons (ou Tour C1), située au cœur de la ZAC Seguin, le triangle en réhabilitation des anciennes usines Renault situé à Boulogne-Billancourt (92). Son promoteur Hines l’a cédé à Gecina, l’investisseur. Les travaux menés par l’entreprise générale Spie SCGPM avaient démarré en septembre 2008.

Le côté innovant du bâtiment est né en réponse à l’une des contraintes d’urbanisme du projet qui était la limitation à 120 m du NGF (Nivellement général de la France) correspondant à une hauteur de 90 mètres. Or, le promoteur souhaitait construire 38 600 m 2 Shon de bureaux, soit une capacité de 2 500 personnes.
Retenus parmi quatre agences en lice, les Ateliers Jean Nouvel avaient remporté le concours initié en 2006 avec un concept de « non-tour ». « Une tour rectiligne classique avec des plateaux assez larges superposés, aurait donné un résultat trop trapu. L’empilement, le décentrage et la rotation de trois volumes indépendants ont permis d’en élancer la silhouette. Les deux autres innovations de ce bâtiment concernent l’aspect paysager et les façades porteuses, ce qui est tout à fait inhabituel dans un IGH », présente Vincent Chaigneau, architecte aux Ateliers Jean Nouvel. Culminant à 89 mètres de hauteur, la tour Horizons s’étage donc en trois typologies différentes jusqu’à son dix-huitième niveau avec mezzanine.

Une ziggourat du xxie siècle

Les trois matériaux empilés, pierre, brique et verre, de cette nouvelle ziggourat, renvoient visuellement à la fois à l’ancien et au nouveau quartier. La pierre taillée de son imposante partie basse ancre le bâtiment dans le sol. La partie intermédiaire habillée en briques, un matériau historique de la construction de la ville, fait face aux proches coteaux de Meudon (92). Occupée par le siège social France du Laboratoire Roche, la coiffe vitrée, aérienne et transparente, s’élance dans le ciel.
Ces trois blocs possèdent chacun un caractère distinct, non seulement en façade, mais aussi dans le choix de l’aménagement intérieur des bureaux, ainsi que des paliers et des sanitaires. La surface d’un plateau en partie basse atteint 3 900 m 2 , en partie intermédiaire 1 600 m 2 et en partie haute 1 100 m 2 .
Le confort des occupants est aussi assuré par une hauteur sous plafond de 2,80 m pour la partie basse et de 2,70 m pour les deux autres parties. Ceci avec un plénum de 50 cm. Les deux grandes terrasses des niveaux 5 et 13 ont été végétalisées. La première terrasse avec ses 2 000 m 2 de surface et une épaisseur de terre pouvant aller jusqu’à deux mètres, accueille de somptueux jardins. Jean Nouvel met en avant le fait que trois autres strates de la tour sont ornées de jardins, le rez-de-chaussée ouvert sur le parc, le dernier niveau avec sa serre botanique et le polymiroir au sommet de la verrière qui renvoie aux passants l’image du jardin du dernier niveau 18/19.
Le bâtiment repose sur 78 barrettes préfondées. Les quatre niveaux de sous-sol de l’infrastructure sont occupés par des parkings, à l’exception de la moitié du niveau -1 qui abrite les locaux techniques de l’ensemble de l’immeuble. Les terrassements ont été réalisés à l’intérieur de parois moulées de 300 m de périmètre et 35 m de profondeur. L’entreprise générale Spie SCGPM a travaillé suivant la méthode « top and down », qui a fait gagner plus de deux mois de chantier. La technique consiste une fois le premier sous-sol en place, de réaliser les différents niveaux de la superstructure en parallèle de l’infrastructure.

Des techniques issues des TP

Une autre particularité du projet réside dans les deux porte-à-faux du bâtiment. Situés dans les angles du rez-de-chaussée, ils soutiennent un R 4. La portée du principal porte-à-faux fait 8 mètres avec un retour de façade de 15 mètres entre appuis. Les coffrages des voiles percés en console ont été étayés sur vérins hydrauliques. Il a fallu attendre plusieurs mois après le coulage, puis libérer les vérins par phase, avec des techniques habituellement utilisées dans les TP.
En grande partie opaques, les façades du socle massif de la tour sont en voiles percés aléatoirement avec un jeu de différentes hauteurs d’allèges. Les grandes baies vitrées sont résolues par des systèmes poteaux-poutres en rive. « Les plateaux sont très profonds et suivant les cas, les efforts sont répartis soit sur des files de poutres intermédiaires, soit sur l’ensemble des voiles de partition du socle, assure Annabelle Datry, chef de projet chez Terrell. La conception a demandé du temps, afin de déterminer le minimum de matières. Ainsi, les bétons en façade varient de B30 à B60, avec certains poteaux en B80. » Les quatre niveaux de cette partie basse sont isolés par l’extérieur et habillés d’un parement en mortier thixotrope. Ce béton projeté en deux passes, puis sculpté, a été mis en œuvre par AAB (Atelier artistique du béton) dans la teinte anthracite de base. Projeté sur du métal déployé, il a été taillé manuellement pendant un an et demi. « Le recours à un béton matricé et trop répétitif, n’aurait pas apporté le résultat escompté, avoue Vincent Chaigneau. Traité comme une masse taillée, le socle emprunte son esthétique à l’univers des carrières. Nous avons rencontré AAB qui à notre demande, nous a présenté un échantillon prometteur intégrant des veines nerveuses et variées. La collaboration a ainsi débuté. »

Poteau-poutre en haut, façades porteuses en bas

Posée sur la terrasse jardin du cinquième niveau, la façade intermédiaire habillée en terre cuite monte jusqu’à R 12.
Comme pour la partie basse, le contreventement de cette partie intermédiaire est assuré par le noyau central et les façades. Une difficulté est venue du percement aléatoire des façades. Du fait des charges verticales importantes dans ces niveaux et de la faible épaisseur des voiles (allant de 30 à 40 cm), le percement aléatoire engendrait des contraintes de cisaillement importantes dans les linteaux. D’autant que la hauteur des linteaux avait finalement été réduite à 85 cm. « L’aléatoire ne pouvait donc pas être complet et il fallait prendre en compte certaines lignes principales de forces dans la répartition des percements, résume Annabelle Datry. Chaque trumeau était un cas particulier avec un ferraillage différent. En fonction des charges, certains trumeaux sont épaissis à 40 cm. » La verticalité de ces lignes de force fut cependant masquée par le jeu aléatoire des « boîtes » noires et blanches en terre cuite émaillée habillant les trumeaux.
L’ossature des niveaux supérieurs de R 13 à R 18 est un système de poteaux-poutres en béton armé, qui descend depuis le niveau 18 jusqu’à la terrasse du niveau 13, avec un transfert de charges sur des poutres retroussées en PH12.
Les façades très classiques sont en mur-rideau en verre, avec un contreventement entièrement assuré par le noyau central. La coiffe verrière est posée sur une structure métallique de 20 mètres de portée. Le noyau central est surplombé au niveau 19 par une mezzanine, dont la toiture verrière est demeurée ouverte, mais sans discontinuité visuelle, avec la pose de seulement une lame de verre sur deux en couverture. Cette mezzanine est enserrée latéralement par deux espaces de convivialité fermés et entièrement vitrés sur une hauteur de deux étages. « En ne coupant pas ces deux grands espaces par un plateau intermédiaire au niveau 19, nous avons évité de casser le volume et d’étêter le sommet de la tour », conclut Vincent Chaigneau.

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