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BIM : simple outil ou révolution dans l’organisation ?

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BIM : simple outil ou révolution dans l’organisation ?

Le bâtiment de la Fondation Louis-Vuitton pour la Création (75), conçu par Frank Gehry, est actuellement en France l’un des projets les plus aboutis en matière d’utilisation du BIM. À défaut d’être représentatif...

© Fondation Louis-Vuitton/Setec

Le BIM fait parler de lui. Trop souvent sous forme de controverse d’initiés. Pourtant, nombre d’acteurs l’utilisent désormais quotidiennement. Nous avons invité cinq d’entre eux à témoigner de leur pratique lors d’un débat le 21 mars dernier. Et voici leurs points de vue.

L’actualité s’accélère pour le BIM et la maquette numérique. Après que le Royaume-Uni a décidé de le voir appliqué pour ses commandes publiques dès 2016, la ministre du Logement, Cécile Duflot a déclaré le 18 mars dernier souhaiter sa généralisation à l’horizon 2017 en France, pour les commandes de l’État.

Les rédactions des Cahiers Techniques du bâtiment et du Moniteur, en partenariat avec la fédération Cinov, ont convié cinq praticiens du BIM à un petit- déjeuner-débat le 21 mars dernier. Le point en 5 questions.

1. BIM, maquette numérique : quelle différence ?

« Force est de constater qu’en anglais, la différence n’existe pas, souligne Trino Beltran, directeur R&D de Bouygues bâtiments International. Nous avons donc pris l’habitude en interne de distinguer l’objet maquette numérique du processus de collaboration BIM. On appelle donc “ maquette numérique ” un objet 3D, du plus petit produit jusqu’à un bâtiment complet. Et BIM, le processus qui vise à enrichir cet objet 3D initial pour en faire un bâtiment. »
Cette différence entre fichier 3D et process de collaboration se retrouve dans les différentes acceptions pour « BIM ». Ainsi, on évoque le Building Information Model, équivalent de la maquette numérique, mais aussi Building Information Modeling ou Management qui évoquent davantage le process de collaboration. « La traduction de BIM en français reste à trouver, mais ça n’est pas Maquette numérique », résume Nicolas Paschal, directeur de projet pour la construction de la Fondation Louis-Vuitton pour la Création. 2. Le BIM modifie-t-il l’organisation du travail sur un projet ?
« La révolution du BIM concerne le mode de collaboration entre les différents acteurs, souligne Nicolas Paschal. Pour le projet de la Fondation Louis-Vuitton, cela s’est concrétisé par un plateau technique unique, où étaient réunis les acteurs de la maîtrise d’œuvre. L’objectif était double : former les différents intervenants à l’outil maquette numérique avec l’aide des experts de Gehry Technologies, en quelque sorte les BIM managers du projet. Et aussi, inculquer aux concepteurs le process de collaboration avec la possibilité d’intervention simultanée sur la maquette. » La maquette numérique 3D évolue de façon concomitante et non sous forme d’aller-retour entre métiers. « Le BIM va faciliter le travail itératif inhérent à une conception en fluidifiant les échanges », note Gilles Charbonnel, directeur du bureau d’études Altais Ingénierie et président de Cinov Construction.
Autre aspect : pour permettre le travail en simultanée, chacun doit connaître son périmètre. « C’est l’objet d’un découpage de la maquette réalisé en amont du projet, explique Nicolas Boutet, architecte associé de l’agence VBNB. Cette phase de répartition des tâches au sein d’une maquette unique et partagée se fait avec toute l’équipe de maîtrise d’œuvre. Il impose une prise en main très en amont du projet par tous les acteurs de la conception.»

3. Quel est alors l’impact sur la maîtrise d’œuvre ?

« Une grosse partie du travail se trouve reportée en amont, continue Nicolas Boutet. Pour gagner en efficacité dans les phases avales du projet, la définition technique initiale doit gagner en précision. D’où un travail accru en phase APS et APD - des notions qui vont d’ailleurs devoir évoluer pour s’adapter au management BIM des projets. Cette modification du besoin de précision technique a un impact très fort sur les métiers. Avec l’outil maquette numérique, c’est à l’ingénieur de prendre la main sur le dessin, car le niveau de définition technique requis est bien supérieur. »
C’est également la relation architectes-ingénieurs qui se trouve directement impactée. « La nécessité d’une précision technique accrue très en amont impose un dialogue beaucoup plus fluide entre les deux professions, fait remarquer Nicolas Boutet. À ce titre, les autres pays européens où cette distinction, si typiquement française, n’existe pas ont un coup d’avance pour la mise en œuvre du BIM. »

4. Le BIM est-il rentable pour toutes les tailles de chantier ?

« Heureusement que l’on utilise la maquette numérique pour d’autres projets que ceux de Frank Gehry, note malicieusement Trino Beltran. Actuellement, chez Norpac, tous les projets de HLM - soit de 5 à 30 logements - sont réalisés en maquette numérique. Car, dans un bâtiment, 20 % sont visibles et doivent rester différents ; 80 % sont cachés et l’on peut répéter les conceptions. On optimise et on peut recourir à l’industrialisation. »
Parce qu’elle travaille actuellement sur le nouveau projet de Frank Gehry, le Parc des ateliers à Arles (13), Naomi Brass constate de son côté que « dans le cas d’un projet exceptionnel, il apparaît difficile de travailler sans une maquette numérique 3D. C’était le cas sur la Fondation Louis-Vuitton, c’est encore le cas à Arles. Mais on réutilise ce que l’on a déjà mis en œuvre dans le projet précédent en matière d’organisation des modèles, de charte graphique et bien sûr de formation du personnel. »

5. Quelles sont les phases où l’on gagne du temps ?

« Le temps passé en amont à préciser la définition technique se gagne en phase d’exécution, indique Nicolas Boutet. » Pour illustrer ce gain de temps et de qualité en aval, Trino Beltran rapporte l’exemple d’un chantier d’hôpital au Canada : « On avait anticipé de l’ordre de 6 000 réserves à réception au vu de la complexité du chantier. On en a eu moins de 600. Tout le monde y gagne. Et c’est vertueux, car s’installe un climat de confiance. »
Et Nicolas Boutet de reprendre : « Certains pensent qu’il n’est pas utile d’envisager une maquette numérique en phase concours. J’ai l’exemple inverse. Dans le cadre du concours d’une tour à la Défense, trois jours avant le rendu, la maîtrise d’ouvrage a modifié la hauteur et amputé la tour de trois niveaux. Nous avons pu recalculer l’ensemble des surfaces et les quantités de matériaux en une demi-journée. Ce qui est impensable sans une maquette numérique. »

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°332

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