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Béton vert, la prescription décisive

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Baptisé Smartseille, l’écoquartier Allar a bénéficié d’une situation énergétique exceptionnelle. Néanmoins, contraint par le cahier des charges, le constructeur Eiffage a dû puiser dans toutes les ressources pour résoudre le problème d’un matériau très impactant.

Ses cinq îlots marient, sur 58 000 m², des bureaux, des commerces, un hôtel, des services et des logements pour une emprise au sol de 2,7 hectares. Le projet Smartseille met en application les solutions environnementales de Phosphore, le laboratoire de recherche en développement urbain durable d’Eiffage construction. Dans le prolongement d’un premier immeuble de bureaux (*), une tour de 18 étages, dessinée par l’agence d’architecture marseillaise Vezzoni & associés, sort aujourd’hui de terre. Son programme : 1 600 m² de bureaux, commerces et services, surmontés de 50 logements sociaux et de 60 logements en accession libre. Dans le cahier des charges, un atout clé - la présence d’une boucle à eau de mer, unique à cette échelle, qui va permettre une économie de 30 % sur les factures d’énergie des logements -, une contrainte de l’aménageur Euroméditerranée - l’exclusion du bois en façades pour respecter l’architecture minérale propre à la région - et un objectif - construire sans technologie à outrance avec des solutions simples, efficaces et reproductibles pour un prix maximum de 3 000 € du m².

Une vision élargie des impacts environnementaux

« La prescription des matériaux s’appuie sur notre expérience, l’usage de la calculette ACV développée par la direction Environnement durable du groupe et les préconisations du logiciel ACV Elodie, livrées par le CSTB, explique Christophe Bouyer. Nous complétons également le référentiel HQE par une démarche Bâtiment durable Méditerranée (BDM), qui privilégie les matériaux biosourcés et l’économie circulaire. » Cette vision globale et multicritère des impacts du bâtiment tout au long de son cycle de vie (extraction des matières premières, chantier, vie et démolition) à travers plusieurs indicateurs (eau, déchets, énergie grise et C02) a notamment permis d’éviter des « transferts de pollution », comme par le fait de choisir telle solution qui réduit les émissions de carbone mais augmente les consommations d’eau et la production de déchets dangereux.
Quels enseignements peut-on tirer des premiers calculs effectués ? L’évolution des réglementations thermiques a réduit les consommations énergétiques conventionnelles, si bien que l’impact des matériaux apparaît plus important. « Si on analyse ces indicateurs, une évidence saute aux yeux : le poids du béton - infrastructure et superstructure - est énorme, commente Christophe Bouyer. Il représente environ 50 % de l’impact carbone du bâtiment, très loin devant les autres matériaux aux volumes significatifs, comme les menuiseries, les cloisons-doublages, les revêtements de sols et l’éclairage. » (Voir graphiques)

Le béton bas carbone

Pour diminuer massivement l’impact du béton, Eiffage Construction a donc pris une décision radicale : réaliser tous les ouvrages en béton bas carbone. Pour diminuer l’impact carbone de son béton, il a profité des hauts fourneaux de l’industrie sidérurgique de Fos-sur-Mer, à 50 km du chantier. En effet, ce site produit énormément de laitiers, résidus de la fabrication d’acier. Ce laitier, une fois moulu, se substitue en partie au ciment Portland pour constituer un béton à l’impact environnemental réduit : 170 kg de CO2 équivalent par m3 produit, contre 250 kg pour un béton ciment CEM1. La règle est simple : plus le taux de laitiers entrant dans la composition d’un béton est important, plus l’empreinte CO2 diminue. La fabrication est assurée par une centrale à béton située sur le port de La Joliette, à 1 km du chantier.
Un effort économique majeur pour Eiffage Construction, mais qui s’avère très efficace : la diminution de l’impact carbone a atteint 30 % selon les ouvrages réalisés. La décision complémentaire est de limiter au maximum le transport. Tous les voiles et les garde-corps des balcons sont coulés en place. Les prédalles foraines des planchers sont préfabriquées grâce à deux bancs, dont deux grues commandent l’accès. Zéro transport, une facilité de modification appréciable par rapport à une préfabrication industrielle et, surtout, le même béton « vert » partout.
Les autres matériaux sont plus classiques : isolation par l’intérieur en doublage PSE, cloisons de distribution en plaques de plâtre, menuiseries PVC, carrelage, peinture classée A+ ou encore éclairage privilégiant les solutions led avec, toujours, une priorité donnée aux fournisseurs disposant des sites industriels les plus proches, afin de limiter le transport. « Notre marge de manœuvre est, ici, limitée par l’enveloppe budgétaire, mais aussi par la difficulté de trouver des fournisseurs locaux capables de fournir, en quantité suffisante et dans les délais, des matériaux plus performants en terme d’ACV et bénéficiant d’avis technique », constate Christophe Bouyer.

Les préconisations thermiques

L’apport du référentiel BDM, déjà appliqué sur plus de 300 bâtiments en région PACA, se traduit par une réflexion sur le confort d’été avec des simulations thermiques dynamiques prenant en compte le comportement des usagers. L’objectif de la médaille d’argent - un maximum de 120 heures par an au-dessus de 28 °C sans faire appel à la climatisation - est atteint grâce à l’implantation d’un maximum de logements traversants ou à double orientation, favorisant une circulation d’air naturelle, et à la création de brise-soleil en moucharabieh sur toute la hauteur des balcons. « Faute de pouvoir utiliser des éléments en béton fibré à ultra hautes performances (BFUHP) pour des raisons de prix, nous étudions actuellement des panneaux en résine polyester avec une entreprise varoise », précise Christophe Boyer. À noter, enfin, dans un esprit d’optimisation des surfaces, la création d’espaces partagés au niveau de la terrasse commune pour les occupants des logements sociaux et celle d’une pièce nomade autonome à la jonction de certains appartements, afin d’accompagner les évolutions de la cellule familiale dans le temps. Au final, l’immeuble vise une performance globale de 200 kg de CO2 par m² shon (surface hors œuvre net) pour la construction.

N°349

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