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BÉTON Résille en BFUP pour un complexe cinématographique

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BÉTON Résille en BFUP pour un complexe cinématographique

Afin de valoriser une façade Art Deco, conservée dans un nouveau programme immobilier de 64 logements, l'architecte a choisi d'habiller toute la structure du bâtiment d'une résille en BFUP.

Située au cœur de Chartres, « Les Enfants du Paradis » est une salle de cinéma qui s'est installée, en 1983, dans les locaux d'un garage désaffecté.

L'architecte Rudy Ricciotti souhaitait conserver et valoriser la façade existante, témoin du style Art Déco datant de la fin du xixe siècle. Il a donc choisi d'envelopper le nouveau bâtiment R 4 (façade principale plus pignon gauche) dans une résille filiforme très aérée, décalée de 3 m par rapport à l'édifice : une double peau de lumière et de matière dans laquelle vient s'enchâsser le fronton de pierre, vestige du bâtiment précédent. L'habitat étant la vocation principale de l'ouvrage, il fallait concevoir une résille filiforme avec un pourcentage de vides important, afin de ne pas créer un voile opaque pour les occupants. Seconde difficulté : les dimensions des brins constitutifs, l'architecte optant pour une section de 50 x 50 mm. Ces contraintes excluaient l'option béton armé classique, « eu égard à la complexité des formes et à la très faible section, celle-ci interdisant toute possibilité d'enrobage suffisant au niveau des armatures », explique René-Gérard Salé, directeur commercial chez Eiffage TP. Quant aux autres matériaux (métal, résine) susceptibles de satisfaire aux critères architecturaux demandés, ils étaient hors-jeu pour des questions de coût, de poids ou de pérennité. La solution est venue des bétons fibrés à ultra hautes performances (BFUP), en l'occurrence le BSI Ceracem, mis au point par le couple Eiffage/Sika.

Moules en polyuréthanne

Résultat : une enveloppe de 450 m2, constituée de 68 panneaux de (2,50 x 2,90 m). Pour produire ces éléments, dont le poids unitaire avoisine les 300 kg, l'entreprise de préfabrication a eu recours à des moules souples, en polyuréthanne, matériau dont la dureté shore était adaptée au fort pouvoir abrasif du BSI Ceracem. En effet, l'outil coffrant devait être capable d'encaisser les contraintes de déformation, résultant du retrait de fluage endogène. « Compte tenu des formes complexes, une campagne d'essais préliminaires a dû être menée, afin de vérifier le comportement des moules face à ces sollicitations », précise Sandrine Chanut, ingénieur d'Eiffage Construction. Un dispositif de suivi par maturométrie a été mis en place afin de coordonner au mieux les trois paramètres démoulage, résistance, retrait. Enfin, l'intégration, dans certains éléments du puzzle, de têtes de gargouilles déclinées en 6 modèles. Pour ce faire, un moule mobile, représentant ces formes géométriques particulières, était inséré dans la partie correspondante de la résille, le plus souvent en plein milieu, « les brins constitutifs de la gargouille devant venir dans le prolongement des brins périphériques de la résille courante », souligne René-Gérard Salé. Dans la pratique, le prémix employé est un mélange à base de fibres métalliques car les panneaux n'ont pas seulement une vocation décorative, « étant aussi dimensionnés pour reprendre les sollicitations dues au vent ainsi que les efforts au niveau des fixations » .

Pose à la grue mobile

À noter que la section des brins et leur géométrie ont été travaillées, tous les angles ayant été arrondis afin d'éviter que des fibres métalliques ne viennent se coincer, et risquent de provoquer des amalgames, dans ces zones particulières. Autre particularité de la formulation : une teinte noire obtenue par addition de colorant. « La présence de cet ajout fait chuter la résistance du BFUP de 10 à 15 % », souligne René-Gérard Salé, le béton atteignant tout de même les 150 MPa à 28 jours ! Bien qu'étanche et à pores fermés, la surface des résilles a néanmoins reçu une couche de polyuréthanne afin de garantir la protection parfaite des fibres. Côté mise en œuvre, les panneaux ont été posés à la grue mobile à raison de 4 panneaux sur la hauteur du bâtiment. Ils sont pendus à deux câbles en acier inoxydable de 12 mm de diamètre, espacés au rythme des panneaux et tendus entre des consoles métalliques situées en terrasse et au niveau du nez du plancher haut du rez-de-chaussée. Les panneaux sont considérés portés en partie basse, le support étant assuré par deux cavaliers en « Té » réglables dans les trois directions. Ces cavaliers sont ensuite boulonnés sur les douilles préalablement intégrées lors du coulage, puis serrés aux câbles. En partie haute, les panneaux sont simplement retenus par des fixations, ne servant qu'au renversement, et « glissantes » sur le câble afin de ne pas bloquer les dilatations.

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