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BAU 2011 : la chasse aux ponts thermiques

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BAU 2011 : la chasse aux ponts thermiques

(Docs. Novelis, Rockwool/Christopher Rausch, Liapor et Tretford.)

En Allemagne, la quête de la plus petite déperdition est devenue un axe de développement pour des industriels qui mettent au point des solutions susceptibles de la traquer jusque dans les fondations !

Dix mois avant la grand-messe parisienne qu’est Batimat, le salon BAU 2011, qui s’est tenu du 17 au 22 janvier à Munich, a fourni un excellent point de vue sur les dernières tendances techniques du bâtiment en Europe.

Comme en France, la grande tendance consiste en la recherche de l’isolation thermique la plus performante. En effet, lorsque l’isolation thermique de l’enveloppe se renforce, le plus petit pont thermique peut créer un désordre. Les concepteurs allemands ont poussé cette logique jusqu’à son terme : il faut aussi isoler toutes les parties enterrées.

Un bâtiment posé sur son isolation

Les industriels proposent quatre solutions à la problématique.Pour l’isolation verticale des parties enterrées, ils mettent en avant des produits existant depuis longtemps, mais dont l’offre se multiplie : le Foamglas (verre cellulaire) et le polys­tyrène extrudé. Ces deux matériaux sont insensibles à l’eau, ne pourrissent pas et résistent sans problème à la pression du terrain environnant.

Mais il ne suffit plus de traiter le pourtour enterré, il faut même isoler sous les fondations. Pour les bâtiments de faible hauteur, plusieurs fabricants, dont Isoquick, ont mis au point des semelles isolantes en polystyrène extrudé. Elles sont constituées d’éléments de PSX (PolyStyrène eXtrudé) de forte épaisseur, à haute résistance mécanique (test à 140 kN/m²) avec un ? de 0,038 W/(m².K).La matière de base est fabriquée par Basf.

Une fois assemblés, ces éléments forment un cuvelage étanche et isolant sur lequel sont coulées les fondations. Ce système détient un agrément du Passivhaus Institut de Darmstadt depuis 2006, renouvelé en 2009. Il convient à des maisons individuelles, des bâtiments R 2, des salles de sport et des salles polyvalentes. Mais pour les bâtiments tertiaires et collectifs plus importants, la résistance mécanique du PSX ne suffit plus.

Une autre matière prend le relais : les galets ou billes de verre cellulaire, fabriqués à partir de verre recyclé. Le Slovaque Refaglass et l’Allemand Misapor, par exemple, proposent des graviers ou de la poudre de verre cellulaire pour l’isolation thermique des fondations, des tunnels, des parkings enterrés, etc. Les graviers présentent une densité moyenne de 150 kg/m3, un ? de 0,075 W/(m².K) et une forte résistance à la compression. Cette matière est indéfiniment recyclable.

Avec ses granulés de verre cellulaire, l’Allemand Poraver s’oriente plutôt vers l’isolation thermique de stockages de chaleur annuels enterrés. Il s’agit de grands ballons, exposés à BAU 2011, notamment par Mall ou Rikutec. En maisons individuelles, ces ballons en plastique de 1 000 à 3 000 l, ou en béton de 2 000 à 10 700 l, sont enterrés dans le jardin ou sous des circulations. Leur volume d’eau est chauffé tout l’été par des capteurs solaires thermiques. Fin septembre, la température dépasse 90°C. Le volume doit être isolé thermiquement pour pouvoir toute l’année contribuer au chauffage et à la production d’eau chaude sanitaire. Mall utilise pour cela les granulés de Poraver : 2 à 4 mm de diamètre, une densité moyenne de 190 kg/m², un ? de 0,07 W/(m².K) et une tenue à la compression de 1 400 kN/m². Les granulés sont disposés en couches de plus de 40 cm en dessous, autour et au-dessus des stockages enterrés. Ils sont insensibles à l’humidité,repoussent rongeurs et micro-organismes, ne vieillissent paset résistent à des températures supérieures à 100 °C.

Des matières ultraperformantes

Les industriels de l’isolation thermique continuent de faire progresser leurs solutions dans deux directions : isolants sous vide et isolants translucides.

Variotec a mis en scène ses solutions de panneaux isolants sous vide. Les PIV (Panneaux isolants sous vide) ou VIP (Vacuum Insulation Panels) possèdent un avantage déterminant : leur ? varie de 0,0042 à 0,0070, soit trois à cinq fois mieux que les meilleures mousses de polyuréthanne actuelles.

Un panneau PIV est composé de nanopoudre de silice, enfermée dans une enveloppe aluminium étanche placée en dépression. Pour les protéger contre le percement, Variotec propose une gamme de panneaux standard revêtus de plaques de bois. Mais la grande nouveauté est qu’Isover se lance sur ce marché avec ses panneaux VacuPad 007 (voir www.vacupad.de) qui affichent un ? de 0,007 W/(m².K). Isover propose pour l’instant trois offres VacuPad. Deux différents types de panneaux de 1 000 x 600 mm ou 300 x 600 mm avec des épaisseurs de 30 ou 40 mm sont prévus, soit pour l’isolation intérieure des murs extérieurs (Kontur VVP 007), soit pour l’isolation en sous-face du plafond des caves et sous-sols (Integra UVP 007). Une troisième gamme (Topdec DVP 007) est destinée à l’isolation sous-toiture 1 000 x 450 ou 500 x 450 mm, épaisseur 31 mm. Isover commercialise ces produits en Allemagne pour la rénovation performante des bâtiments existants. Il ne prévoit pas encore leur introduction en France.

Un panneau PIV ne peut être coupé sur chantier, ce qui modifie les habitudes de travail. Il faut tout d’abord calculer le calepinage avec soin pour utiliser le plus grand nombre possible de panneaux de dimensions standard et minimiser le nombre de panneaux sur mesure, beaucoup plus coûteux. Ensuite, les fabricants fournissent un plan de pose correspondant au marquagedes panneaux.

Une seconde matière isolante ultraperformante et translucide assure également un affaiblissement acoustique efficace : ce sont les aérogels de silice. La matière première est notamment fabriquée sous le nom de Nanogel par l’Américain Cabot Corporation. À BAU 2011, Okalux l’incorporait dans ses panneaux double vitrage en remplacement du gaz rare. Tandis que AeroTech présentait des panneaux de façades en verre et des fenêtres à lamelles, emplis d’aérogel de silice. Il devient possible de construire des murs extérieurs translucides, aussi efficaces du point de vue acoustique et thermique que des murs en béton doublés d’isolant.

N°304

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