Atelier BIM virtuel, le bilan des bureaux d'études

Hugo Leroux

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Intérêts et challenges du BIM
La courbe de Patrick MacLeamy (architecte américain et président de BuildingSmart International) montre que le BIM permet davantage de modifications en amont du projet, quand elles sont faciles à implémenter… ce qui évite de coûteuses rectifications en fin de projet. Cet intérêt a une contrepartie : le gros des temps d'études se déplace des phases EXE aux phases de conception.

MODE COLLABORATIF - La rigueur, clé d'une bonne maquette numérique
Construire une maquette 3D à plusieurs acteurs est-il facile ? Premier constat positif : l'interopérabilité des logiciels fonctionne. « Les différents intervenants n'utilisaient pas les mêmes logiciels : Revit, Archicad, Plan CAD… Mais l'échange des informations a fonctionné sans accroc majeur », constate Mathieu Engles, chef de projet chez Sunsquare. À condition pour le maître d'ouvrage de fixer strictement les nomenclatures dès le début de l'opération : « Par exemple, le maître d'ouvrage et le bureau de certification avaient donné au départ des consignes différentes sur le nom à donner aux pièces et autres éléments comme les fenêtres. Résultat, impossible de les recenser, et donc d'utiliser correctement la maquette », raconte Mathieu Engles.

Atelier BIM virtuel, le bilan des bureaux d'études

L'apport de la maquette 3D permet une résolution en amont des « clashs » de conception, comme ceux créés par des gaines mal placées.

© Sunsquare

Quel est le niveau de maîtrise réel des TPE/PME sur le BIM ? C'est ce qu'a tenté de clarifier l'Atelier BIM Virtuel, dont l'objectif était de reprendre, sur un mode BIM, une opération déjà réalisée.

Le BIM, trop lourd ? Réservé aux entreprises générales ? Ce n'est pas la conviction du Plan transition numérique dans le bâtiment (PTNB), qui a présenté les conclusions de l'Atelier BIM Virtuel (ABV) le 27 avril. L'expérience réunissant 44 acteurs opérationnels (sous l'égide de 30 organisations professionnelles) sur une durée de neuf mois consistait à « reconduire », en mode BIM et en lots séparés, une opération déjà achevée : un immeuble de 30 logements sociaux de l'OPH de La Rochelle.

De quoi faire le point sur « ce que l'on sait concrètement faire en BIM de niveau 2, pour une opération courante avec des TPE/PME, en suivant les jalons de la loi MOP », comme le résume le président du PTNB, Bertrand Delcambre. Deux BET, Sunsquare (fluides, thermique) et ETSB (structure) ont livré leur retour d'expérience lors des BIM's Day, organisés par Mediaconstruct le 13 juin. Premier constat : la maquette 3D permet incontestablement une résolution en amont des « clashs » de conception : « Dès l'APS, nous avons détecté des conf lits sur les plans, dus à des gaines mal placées, ce qui aurait été presque impossible en superposant les plans 2D, explique Mathieu Engles, chef de projet chez Suns-quare. Sur l'opération originale, cela a dû être géré lors du chantier, avec les surcoûts que cela suppose. » « Le BIM apporte vraiment un plus à mesure que l'on arrive vers la fin de l'opération et le chantier », confirme Gaëlle Carfantan, chef de projet chez ETSB.

Une maquette aboutie avant le début du chantier

Afin de tirer tout l'avantage de la maquette, il semble toutefois important que celle-ci soit bien finalisée au moment du chantier… « Il est indispensable que la totalité des lots soient implémentés avant le premier coup de pioche. Si le gros œuvre livre sa maquette étage par étage au fur et à mesure du chantier, les fluides sont bloqués, car nous avons même besoin du dernier étage pour concevoir les réseaux du sous-sol », soutient Mathieu Engles.

Contrepartie du temps gagné en chantier : les temps d'études, nécessaires pour implémenter la maquette, explosent en amont. « Rectifier un plan filaire en 2D, c'est rapide. Modéliser une gaine en 3D, c'est bien plus long ! Le temps de gestion d'une modification est donc beaucoup plus important », résume Mathieu Engles. « Concevoir une maquette 3D fiable demande de la rigueur et des détails, et donc un dimensionnement qui relève quasiment des phases EXE », renchérit Gaëlle Carfantan.

Dans ces conditions, comment, pour un bureau d'études, trouver la rentabilité ? « Pour ces raisons, on entend dire que les variantes sont très limitées, voire interdites en BIM… mais cela dépend en fait de l'organisation du projet. Sur des opérations classiques, l'étape EXE est le plus rémunératrice. Sur une opération BIM, ce devrait être les temps d'études. Il faut une vraie prise de conscience de la part des maîtres d'ouvrage pour rééquilibr er les honoraires en conséquence », expose Gaëlle Carfantan, d'ETSB.

Nécessité d'un chef d'orchestre

Le bon déroulement du projet dépend aussi d'une définition adéquate des livrables par le maître d'ouvrage : « Il n 'est pas judicieux de se voir imposer un rendu 3D dès la phase APS sur des éléments dont on sait qu' ils vont être modifiés par la suite. Dans le cas des réseaux, ces éléments peuvent se contenter, dans les premières phases, d'être représentés en filaire. D'où l' importance de savoir à l'avance ce que l'on modélise, à quel moment », appuie Mathieu Engles.

C'est là un des principaux constats de cet ABV : « Le maître d'ouvrage a dû modifier sa définition initiale du projet en cours de route, soit pour spécifier certaines choses, soit parce qu'il manquait des informations importantes. L'un des objectifs futurs est d' étudier comment mieux définir son programme et les usages qu' il souhaite vis-à-vis du BIM », reconnaît Pierre Mascloux, chargé de mission PTNB au CSTB. Ce sera d'ailleurs tout l'objet d'une nouvelle expérience, l'ABV+, dont le lancement aura lieu le 21 septembre.

« Il est important de prévoir un “chef d'orchestre”, pour mettre en place les outils collaboratifs, et former les acteurs », suggère Christian Herreria, AMO de l'Union sociale de l'habitat et pilote du projet. Pour Thierry Parinaud, architecte, il y a « nécessité d'une convention BIM actualisable à chaque phase pour traduire les objectifs du maître d'ouvrage, connaître les différents logiciels utilisés, réglementer le format, indiquer les niveaux de détails des livrables attendus, fixer l'organisation des données dans les maquettes, faciliter l' interopérabilité, résoudre des conflits, décrire le rôle de chacun et les moyens mis en œuvre ».

Outre cette question centrale, les partenaires exploreront lors de l'ABV+ d'autres thématiques laissées de côté lors de l'ABV : comment intégrer dans la maquette virtuelle des données d'analyse de cycle de vie (ACV) et d'énergie grise en vue de la nouvelle réglementation E+ C-, des éléments de planification du chantier - la fameuse « 4D » en jargon BIM - ou encore des informations de coût global.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°362

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