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Architecture évolutive, l’autre option

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Le bâtiment de logement collectif situé boulevard Davout, dans le 20e, n’a pas fait l’objet d’une ACV. À la place, les deux architectes qui l’ont conçu se sont attachés à prévoir toutes les transformations possibles, gage d’une adaptation future tous azimuts.

Comment définir un bâtiment durable avec un cycle de vie long ? Luc Poux et Élisabeth Naud se sont posé la question en soumissionnant à l’appel d’offres de la mairie de Paris pour un bâtiment bas carbone, lancé par la RIVP sur une parcelle déjà bâtie boulevard Davout, à Paris. Après avoir planché plusieurs années sur le sujet, ils apportent une réponse simple : il faut prévoir, dès la conception, des possibilités d’évolution et de transformation rapide pour prolonger la vie du bâti et des matériaux. Cette réponse détaillée en plusieurs points leur a permis de remporter le marché de la RIVP. Mieux encore, leur projet a reçu, fin 2012, la mention spéciale « prospective urbaine » du concours bas carbone d’EDF sur le thème « habiter la ville durable ». Un concours initié pour faire émerger des projets de construction ou de réhabilitation qui réduisent efficacement l’empreinte carbone. Comment ont-ils opéré ?

Aux yeux des deux architectes, la certification HQE - entre autres - n’était pas suffisante pour traiter intelligemment l’ensemble du cycle de vie d’un bâtiment. En l’absence de labels appropriés, ils ont donc cherché à identifier les points incontournables d’un bâtiment idéal, ceux qui l’inscrivent dans la durée par une forte adaptabilité. Autrement dit, pour que la réalisation réponde à un projet véritablement bas carbone, le moins polluant possible, il fallait prévoir toutes les transformations à venir possibles. Car détruire un bâtiment est très négatif, « en moyenne, cela rajoute 18 ans de consommation énergétique sur le total de sa dépense », évalue Luc Poux. L’hyperconsommation énergétique et l’émission formidable de CO2 que génèrent la plupart des politiques foncières actuelles doivent être limitées. En effet, il est particulièrement néfaste de considérer qu’un bâtiment est jetable à peine 60 ans après sa construction. À ce titre, envisager de détruire un bâtiment, parfois récent mais estimé comme inadapté aux normes ou aux nouveaux usages, est un non-sens en termes de cycle de vie. « Oser la rénovation, la transformation ou le transfert sera toujours plus rentable en termes d’efficacité environnementale et de bilan d’analyse de son cycle de vie », professe Luc Poux. Même si le projet Davout consiste d’abord à démolir un bâtiment vieux de 60 ans (édifié à l’époque pour durer 30 ans) afin d’en bâtir un nouveau.

Abandonner la structure traditionnelle en voile et refends

Le programme conçu et pensé dès 2012 par l’agence Naud et Poux est prévu pour durer bien au-delà de 2072, soit plus de 60 ans. Parmi les cinq idées mises en avant, certaines n’ont pas été choisies par la RIVP pour des raisons juridiques, techniques ou financières. Ainsi, la première consistait à travailler l’enveloppe extérieure avec des balcons filants dotés d’un système de fermeture coulissante pour créer un espace tampon bioclimatique modulable été/hiver avec un surcoût estimé à 108 €/m². Dépendant du plan local d’urbanisme (PLU), elle n’a pu être réalisée, mais pourrait l’être un jour si celui-ci évolue.
L’autre piste, qui est d’implanter un réseau de chauffage urbain associé à une récupération de chaleur sur les eaux usées, pour un surcoût de 2 €/m², est en partie impossible, car la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU) n’a pas prévu de raccordement. L’eau chaude et le chauffage seront donc produits par une chaudière au gaz de ville, mais un système Powerpipe de récupération des calories sur les eaux grises (eaux usées chaudes) sera installé, doublé de panneaux solaires thermiques et assorti de cuves de récupération des eaux de pluies pour l’arrosage, ce qui réduira la consommation d’eau potable.
La troisième voie, réalisée, est celle des espaces mutables pour faire évoluer les cloisons intérieures au gré des besoins et de l’évolution des structures familiales des occupants, voire pour une transformation en immeuble tertiaire. Cela nécessite d’abandonner la structure traditionnelle en voile et refends au profit d’un maillage poteau/poutre assurant une flexibilité des plateaux et réduisant le volume de béton du gros œuvre (surcoût : 58 €/m²). Résultat : « Aucun refend qui scinde les niveaux ni de poteau qui soit porteur au centre ; les planchers sont calculés pour porter la structure interne de façade à façade avec des prédalles de 8 m de portée contre 6 m habituellement », détaille Sabine Moscati, chef de projet. De même, les cuisines sont équipées d’un nombre important de point électriques, afin d’autoriser divers aménagements ultérieurs. En parallèle, la disposition des appartements est pensée avec au moins deux orientations ou mieux : traversant d’une façade à l’autre. Cela facilite la ventilation naturelle et assure des économies énergétiques, en hiver comme en été. Enfin, les espaces libres prévus par la réglementation handicapée sont temporairement dédiés à des usages ou à des pratiques de vie différentes.
La conception des sous-sols, point suivant, répond au même principe d’évolutivité. Ils sont d’habitude dédiés au stationnement, avec une hauteur sous plafond basse (moins de 2,5 m). Mais les modes de vie évoluent, et la RIVP peine déjà à louer ses parkings : 30 % des places actuelles seraient déjà inoccupées. « Augmenter leur hauteur faciliterait leur transformation ultérieure en superette, espaces de sport, salons de cinéma ou de réception, voire de laverie partagée, soupèse Sabine Moscati. Sinon ils seront perdus, inutilisables.» Ce principe a néanmoins été refusé par la RIVP (surcoût : 17 €/m²).
Reste à prévoir des surélévations futures. Pour cette dernière idée, les fondations et la structure sont renforcées afin d’autoriser une surcharge calculée pour supporter trois niveaux supplémentaires en construction légère (surcoût accepté par la RIVP : 101 €/m²).
Au total, le surcoût généré par ces cinq actions se limitait à 286 €/m². En choisissant uniquement les principes de modularité et de surélévation, la RIVP a alourdi la facture de ce bâtiment durable de 169 €/m². Soit 8 % du budget total pour bénéficier d’une évolutivité qui devrait allonger la durée de vie du bâtiment. Mais cela, seul l’avenir le dira.

N°349

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