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Archéologues – aménageurs : construire ensemble !

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Archéologues – aménageurs : construire ensemble !

Pierre-Jean Trombetta ingénieur d’études du service régional de l’archéologie d’Ile-de-France

© (Doc. DR.)

Pierre-Jean Trombetta ingénieur d’études du service régional de l’archéologie d’Ile-de-France

Encensé lorsqu’il ­pêche des blocs sculptés à Alexandrie, qu’il sauve de la noyade quelques mosaïques en Turquie ou qu’il découvre une prémolaire d’australopithèque, l’archéologue lorsqu’il intervient sur le territoire national devient brusquement l’abomination de la désolation, baptisé « empêcheur de bâtir en rond » « écumeur des terres », « tueur de l’économie », il est coupable de s’opposer à l’irrésistible marche en avant du progrès constructif, privilégiant le passé sans se soucier de ­l’avenir.

Ces excès d’indignité peuvent et doivent faire sourire, mais ils sont surtout révélateurs d’une incompréhension grave, à l’heure ou après 60 ans d’incertitudes, la France s’est enfin dotée d’un arsenal de textes encadrant l’archéologie préventive (regroupé dans le Code du patrimoine) et il importe de réfléchir ensemble sur cette activité en termes d’utilité, d’intérêt, d’importance quantitative et bien entendu de coût.

Utilité d’abord : l’importance scientifique et sociale de l’archéologie ne devrait plus faire débat. Exploratrice des archives du sol, l’archéologie apporte sa pierre à l’édifice de nos connaissances et à son utilisation par la société qui le demande, au même titre que les archives de papier ou les musées de sociétés. Remarquons toutefois que s’il est impensable de brûler 1 000 mètres d’archives écrites, la destruction de 1 000 m3 d’archives du sol n’est que rarement matière à indignations !

Intérêt ensuite : contrairement à ce que l’on pourrait trop rapidement penser, l’archéologue n’est pas là pour empêcher l’activité constructive. Il est, bien au ­contraire, celui qui va permettre la réalisation de nombre de projets. Sauf à admettre la suppression de tous les textes protégeant notre patrimoine, la loi, votée par nos élus impose un certain nombre de contraintes et l’archéologie en fait partie au même titre que notre air, notre eau, nos monuments.

L’archéologie ne demande pas la préservation d’un milieu statique, mais sa fouille, donc sa modification, sa destruction scientifique et raisonnée par les archéologues eux-mêmes

Sans les archéologues, nombre de lotissements ne pourraient se faire, les autoroutes et les TGV se trouveraient surchargés de virages supplémentaires, les stations d’épuration se déplaceraient … puisque le respect de la loi entraîne le respect du vestige s’il n’est pas exploré.

De plus, il faut aussi raison garder sur la quantité d’interventions archéologiques et leur nature. Pour prendre l’exemple du département dont j’ai la charge, les Yvelines pour les 7 premiers mois de 2005, en admettant que j’ai accès à environ 50 % des dossiers d’urbanisme, seuls 15 % d’entre eux font l’objet d’une prescription de diagnostic et c’est ensuite encore environ 20 % de ces diagnostics qui seront suivis de fouilles archéologiques ! Ajoutons enfin qu’aucune opération de fouilles n’a entraîné conservation de vestiges, d’abandon ou de modification de projets. (164 dossiers traités, 24 diagnostics prescrits, 4 fouilles prescrites).

Reste enfin le délicat problème du coût. Si nous sommes partisans, un certain nombre de mes collègues et moi-même de l’application du principe de la convention de Malte (pollueurs/payeurs), c’est à travers une véritable mutualisation de la redevance de l’archéologie préventive et la prise en charge par l’État de la réalisation des diagnostics et fouilles.

La loi restant pour l’instant à cheval entre la globalisation et le financement au coup par coup par l’aménageur. Si la redevance pour les diagnostics est perçue comme relativement légère (et très largement objet d’exemptions), il n’en est pas de même pour le coût des fouilles elles-mêmes qui paraît souvent excessif, en particulier par les petits aménageurs publics ou privés. Cette impression est en grande partie fausse : l’archéologie a un prix, comme toute activité spécialisée faisant appel à des professionnels de haut niveau et il importe, pour l’avenir de nos professions, de réfléchir ensemble sur une amélioration des modes de financements, dans lesquels l’État jouerait pleinement son rôle et où les dépenses seraient équitablement partagées entre tous en fonction de l’importance des projets.

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