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Amiante, un matériau incontournable devenu infréquentable

Virginie Pavie

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Évaluer le risque amiante

L'amiante est un minéral d'origine naturel à texture fibreuse dont le diamètre des fibres est de l'ordre de 0,02 à 1,5 µm. Sa dangerosité de l'amiante est liée à sa petitesse et à la résistance de ses fibres qui peuvent être facilement inhalées et demeurer profondément dans les alvéoles pulmonaires. Les fibres d'amiante sont responsables de pathologies respiratoires graves, comme l'asbestose ou le mésothéliome, pouvant survenir plusieurs dizaines d'années après exposition. Le risque d'exposition concerne aujourd'hui de nombreux travailleurs du bâtiment (plombiers chauffagistes, électriciens, ascensoristes… ), ainsi que les occupants passifs des locaux. Dans les bâtiments antérieurs à 1997, les matériaux et produits contenant de l'amiante peuvent propager des fibres dans l'air lorsqu'ils font l'objet de chocs ou de frottements réguliers dans le cadre de l'usage des locaux, mais aussi lors d'interventions de maintenance et d'entretien, de travaux de rénovation ou de démolition. Dans tous les cas, une évaluation du risque encouru est essentielle. Sur les chantiers, une nouvelle approche de la sécurité doit également voir le jour avec l'utilisation systématique de protections adaptées.

Amiante, un matériau incontournable devenu infréquentable

© Sources : INRS, Éditions Le Moniteur, Apave / Infographie : T. Fermandois

La prise en compte des dangers de l'amiante s'est faite de manière très progressive au cours du XXe siècle. La présence encore forte du matériau dans de nombreux produits demeure un enjeu de taille pour le bâtiment.

L'amiante est un nom générique qui désigne des minéraux d'origine naturelle composés de fibres très fines, invisibles à l'œil nu, dont le diamètre varie entre 0,02 et 1,5 ?m. Il existe deux grandes fa-L milles d'amiante largement répandues à la surface du globe dans des gisements souvent à ciel ouvert : les serpentines (ou amiante blanc), dont la chrysotile, et les amphiboles (ou amiante bleu et brun).

L'utilisation de l'amiante, toutes fibres confondues, est proscrite en France depuis le er janvier 1997. Sa dangerosité enfin reconnue, son interdiction, survenue plusieurs années après celle dans plusieurs pays nordiques, est aujourd'hui partagée par une cinquantaine d'États de par le monde, dont les membres de l'UE. Pour autant, l'amiante est toujours produit à grande échelle en Chine, en Russie, au Canada ou encore au Brésil, souvent au mépris de la santé. En 2005, la production mondiale s'élevait à 2,5 millions de tonnes. Plusieurs pays de l'UE, dont l'Allemagne, la Bulgarie, la Suède et la Pologne, continuaient encore récemment d'accorder des dérogations de mise sur le marché. La France le faisait jusqu'en 2002 dans le cadre d'applications industrielles pour lesquelles il n'existait pas de substitut.

Des caractéristiques remarquables

En France, vingt après son bannissement, l'amiante demeure un problème majeur de santé publique et au travail. C'est également un enjeu de taille pour le bâtiment où plusieurs millions de tonnes d'amiante seraient encore présentes. L'ampleur de la problématique rappelle combien le matériau est longtemps apparu comme incontournable dans l'industrie, le bâtiment et les biens de consommation. L'amiante cumule en effet des caractéristiques remarquables : ignifuge et ininflammable, doté d'une bonne résistance mécanique en flexion et en traction, d'une résistance à l'usure et aux produits chimiques, facile à additionner à toute sorte de produits, et d'un faible coût. Autant d'atouts qui ont longtemps conduit à occulter la dangerosité de l'inhalation des fibres d'amiante pour la santé. Car c'est bien le revers de ce matériau, première cause de mortalité au travail, responsable en France de plus de 10 morts par jour et de plus de 2 200 cancers par an…

Les premières traces d'utilisation d'amiante remontent à l'Antiquité où il apparaît dans des poteries ou des tissus. Son exploitation industrielle débute vers 1860 et s'intensifie au lendemain de la seconde guerre mondiale. La France, qui a fermé sa mine de Canari, en Corse, en 1965, en importe intensément entre les années 60 et 90, jusqu'à plus de 150 000 tonnes certaines années.

Plus de 3 500 produits dérivés concernés

Dans le bâtiment, son utilisation recouvre de multiples aspects selon sa mise en œuvre (en vrac, en feuille ou en plaque, mélangé à des liants, tressé ou tissé… ). On estime à plus de 3 500 le nombre de produits du commerce ayant été fabriqués avec de l'amiante, sans compter les mélanges d'amiante brut réalisés sur chantier, en adjonction d'enduits, de peinture, de mortiers… En France, les principales utilisations de l'amiante sont le fait des produits en amiante-ciment qui se retrouvent en toiture et en bardage des bâtiments (panneaux, plaques ondulées, tuiles, ardoises… ). Parmi les autres produits courants, il faut signaler les flocages, calorifugeages, plaques de faux-plafonds, dalles de sol en vinyle-amiante, enduits, colles de faïence, joints et clapets CF, conduits de fumée…

Depuis les premières opérations de désamiantage dans les années 90, la majorité des flocages et calorifugeages ont aujourd'hui été enlevés. Le travail porte désormais sur les produits dérivés de l'amiante pour lesquels plusieurs dizaines d'années seront nécessaires afin d'en venir à bout.

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