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Aménagements extérieurs Un bassin purifié par les plantes

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Aménagements extérieurs Un bassin purifié par les plantes

1. La membrane d’étanchéité Sika/Sarnafil est conçue spécifiquement pour le stockage de l’eau de baignades naturelles. Elle se caractérise avant tout par son inertie vis-à-vis de l’eau, par l’absence de toxicité pour la faune et la flore et sa résistance aux UV. (Doc. DR.)

Afin de recréer un écosystème aquatique propice à la baignade, trois zones ont été définies pour filtrer, purifier et oxygéner l’eau de cette « baignade naturelle ». Bactéries et plantes présentes dans le milieu assurent le traitement de l’eau et participent à l’ornementation du jardin.

Située aux abords de ­Fontainebleau (Seine-et-Marne), cette piscine privée a été réalisée à partir d’un bassin d’ornement existant.

Profiter d’une eau pure et limpide sans chlore, ni développement de bactéries et germes dangereux, tel était le souhait des propriétaires de cette piscine biologique, aussi appelée baignade naturelle. La zone de baignade proprement dite mesure 12 x 5 m, avec une profondeur comprise entre 1,20 et 1,70 m, pour un espace aménagé en eau d’environ 120 m2. Une telle surface est nécessaire pour assurer la régénération de l’eau, sans recourir aux produits chimiques couramment utilisés, tels que le chlore ou le brome.

Le principe de fonctionnement est calqué sur celui des lacs naturels : l’eau est recyclée de manière écologique par une auto-épuration physique, bactériologique et biologique. Elle est purifiée à travers les trois zones qui composent la baignade biologique : bassin de filtration, d’épuration (40 m2) et bassin de régénération (80 m2). L’eau passe successivement du bassin de baignade au bassin de filtration par la colonne de ­décantation, puis elle subit une oxygénation à travers les différentes cascades et bouillonnements mis en place dans le bassin de régénération. Une pompe d’un débit de 15 m3/h assure en permanence la circulation des 105 m3 d’eau en circuit fermé, ce qui participe à la transformation des substances organiques par les bactéries en éléments nutritifs pour les plantes aquatiques. Les skimmers, qui servent à retenir les plus grosses impuretés flottantes et les graisses, sont également branchés sur la pompe, pour ­assurer la circulation de l’eau en surface.

Étancher le sol argileux

La société Dufay Mandre – qui a réalisé les travaux – ne pouvait pas conserver le bassin d’origine. Très ancien, il était en pierre et en ciment et son fond en gravier n’était pas étanche. Le sol du terrain d’implantation – argileux et humide du fait d’une rivière souterraine, d’un moulin et d’un canal en bordure de ­parcelle – nécessitait un drainage complet afin d’éviter les infiltrations d’eaux souterraines. Après le démontage du bassin existant et le terrassement de la zone, la société a mis en place un système de drainage avec une couche de cailloux concassés 20-40. Ce drainage évite les phénomènes de sous-pression, de conden­sation, de gel-dégel et de perte de stabilité du support, qui peuvent générer des désordres sur la maçonnerie. L’eau est ensuite évacuée par un exutoire final en PVC de 35 cm de diamètre, vers la rivière en contrebas. Seul l’emplacement du bassin existant a été conservé pour mettre en place la nouvelle baignade.

Les particules organiques lourdes vers le décanteur

L’étanchéité de la construction constitue l’un des éléments les plus importants des travaux de gros œuvre. Un radier en béton armé de 12 cm d’épaisseur a d’abord été réalisé pour constituer la zone de baignade proprement dite. Il a reçu une chape de finition finement lissée, dont la rugosité de surface ne dépasse pas celle d’un enduit au ciment de granulométrie 0-3. L’arase du bassin est plane afin de permettre ensuite la pose des lés d’étanchéité bien d’aplomb et sur des ­surfaces lisses. Les parois, montées en bloc à bancher, délimitent l’espace de baignade. La bonde de fond de la zone de baignade est reliée directement au décanteur qui se trouve dans la zone de filtration. Elle sert à entraîner directement les particules organiques les plus lourdes vers le décanteur.

L’étanchéité est assurée par une membrane renforcée recyclable posée sur un géotextile. Ce dernier varie en fonction des zones de mise en œuvre. Pour les zones de filtration et de régénération, il s’agit du Sarnafelt S 800 de Sarnafil en polypropylène thermolié gris/marron de 800 g/m2. Pour la zone de baignade, c’est le Sarnafelt M 500 de couleur blanche (500 g/m2) qui a été mis en œuvre. Dans tous les cas, le géotextile participe à l’égalisation du support et protège la membrane contre le poinçonnement. Il est posé en indépendance par un recouvrement de 10 à 15 cm ­entre les lès et de façon transversale d’une rive à l’autre par rapport à la longueur du bassin. Il est soudé manuellement à 200 °C. S’il est posé sur un support en béton dans le bassin de baignade, il est également installé sur un support en terre pour les berges. L’ensemble de la baignade est recouvert d’une membrane Sarnafil MC G 760-13 de couleur vert amande de 1 200 g/m2 d’une densité de 0,91 g/cm3. Les lés successifs de la membrane sont posés suivant le même schéma que le géo­textile. La membrane synthétique est une polyoléfine souple (polypropylène modifié) et convient aux piscines naturelles du fait de sa résistance à l’acide humique (substance organique complexe, constituante de l’humus, provenant de la décomposition des débris végétaux), à l’hydrolyse, aux racines et aux UV. Inerte vis-à-vis de l’eau, la membrane ne présente pas de toxicité pour la faune ou la flore. Afin de la protéger d’éventuelles perforations, elle a encore été recouverte d’un géotextile dans les zones de filtration et de régénération avant la mise en place des substrats. Installée à quelques mètres de la ­baignade, la pompe est semi-enterrée et se trouve donc au niveau du sol. Occupant un ­volume d’environ 1 m3, elle est facilement accessible, tout en étant dissimulée par un couvercle en bois. La pompe fonctionne toute l’année, avec un régime ­ralenti en hiver. Sa consommation représente environ 400 e d’électricité/an.

Ornementation du jardin aquatique

Un soin particulier est apporté aux plages du bassin, qui sont traitées à la fois comme éléments de décoration et comme zones d’accès à la piscine. Ce dernier point implique de respecter les exigences réglementaires. Une terrasse en bois de Bangkiarï est installée en vis-à-vis de la plage d’accès qui se situe face à la maison des propriétaires. Conformément à la réglementation, les lames de bois sont striées et antidérapantes. De même, un système de sécurité enfants a été mis en place, en l’occurrence, deux balises infrarouges à doubles faisceaux laser de marque Vitaprotect. D’une hauteur de 65 cm et d’une portée de 30 m, les balises déclenchent une alarme de 100 db(A) lorsque l’un des rayons infrarouges est coupé. En général, ce dispositif se positionne aux quatre coins de la piscine. Ici, seules deux balises ont été mises en place. Elles forment ainsi une ligne entre la maison et l’espace de baignade et suffisent à la sécurité de l’ensemble du bassin qui n’est accessible que par ce côté. Réglementairement obligatoire depuis mai 2004, ce type de dispositif vise à prévenir le risque de noyade.

Si la décoration et l’ornementation constituent l’un des intérêts de la baignade naturelle, elles jouent aussi un rôle dans la qualité de l’eau. En effet, ici une margelle en grès de Fontainebleau a été installée. Outre l’intérêt économique d’utiliser un produit local, le grès ne modifie pas les propriétés physico-chimiques de l’eau, en particulier la dureté, contrairement au calcaire.

En effet, préserver les qualités physico-chimiques de l’eau de façon naturelle constitue le principal enjeu de ces baignades naturelles. Ici, le bassin a été rempli avec l’eau du réseau ­urbain, ce qui assure des qualités physico-chimiques optimales avec un pH compris entre 6 et 8,5, une dureté inférieure à 12 °F et un taux d’oxygénation de 80 %. Bien entendu, elle est exempte de phosphate, d’ammonium, de ­nitrate, de nitrite et de salmonelles. Les bactéries qui vont permettre de préserver ces propriétés sont naturellement présentes dans le milieu. Afin de favoriser leur implantation, des pouzzolanes de granulométries variées et un substrat minéral spécifique sont installés sur 1,5 m de profondeur dans le bassin de filtration. « Les bactéries hébergées dans la pouzzolane décomposent les éléments organiques présents, qu’il s’agisse de feuilles, d’insectes ou de cheveux et les transforment en minéraux qui seront ensuite assimilables par les plantes. Spontanément, les bactéries viennent coloniser le milieu : notre action consiste à faciliter l’installation de l’écosystème pour atteindre plus rapidement l’équilibre par l’adjonction d’une poudre d’activateurs biologiques brevetée par Bioteich », indique Natacha Mathius, paysagiste responsable du secteur jardins pour les particuliers chez Dufay Mandre. Le choix des plantes se porte toujours vers des végétaux adaptés au milieu. Ainsi, en cas de conditions climatiques exceptionnelles, comme une canicule, le biotope va réagir de la même manière que les ­berges d’un lac naturel. Certes, les plantes vont s’assécher dans un premier temps, avant de s’acclimater. Les plantes indigènes ont tendance à se développer et à se propager. De même, d’autres végétaux non prévus initialement peuvent venir coloniser le milieu. « Ce processus naturel prend toujours beaucoup de temps et n’aura pas de conséquence sur la qualité de l’eau, au contraire. L’arrivée de nouvelles plantes ne pose qu’un problème d’ordre esthétique, que les propriétaires peuvent résoudre par l’entretien des bassins. En général, une heure de jardinage aquatique par mois durant la belle saison, suffit à maintenir la baignade dans les meilleures conditions », souligne Natacha Mathius.

La baignade compte ici une centaine de végétaux différents dont 75 plantes de rives situées au bord de l’eau et dans les ­zones d’eau calmes jusqu’à une profondeur de 30 cm, 15 plantes immergées à une profondeur comprise entre 30 et 50 cm et 5 plantes à feuilles flottantes dans 50 cm de profondeur d’eau. Les plantes sont sélectionnées avant tout pour leurs capacités d’oxygénation et de filtration.

En l’occurrence, le bassin est pourvu de joncs, de phragmites, d’iris etc., qui assurent son traitement. Pour la décoration, des souchets, des nénuphars, de la menthe d’eau, des sagittaires et des salicaires ont été plantés.

L’ensemble des travaux a duré deux mois pour un budget global de 90 000 E TTC. Une déclaration de travaux a suffi pour créer la baignade.

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