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Améliorer l’étanchéité de la façade pour maîtriser les consommations

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Améliorer l’étanchéité de la façade pour maîtriser les consommations

Lorsque la rénovation aboutit à une très forte réduction des déperditions thermiques, le chauffage électrique de faible puissance redevient légitime. La solution la plus simple est le plafond rayonnant, puisqu’il combine isolation de la sous-face du plafond et chauffage électrique.

ANDRE POUGET, ingénieur et thermicien dirige le bureau d’études Pouget Consultants. Fondée en 1982, l’entreprise compte aujourd’hui deux entités, l’une à Paris, l’autre à Nantes et s’attache avec ses 25 collaborateurs à vendre de « la non-énergie » dans le bâtiment neuf ou existant.

Àl’heure où le réchauffement climatique est une réalité reconnue par les scientifiques, la question n’est pas de consommer de l’électricité d’origine nucléaire ou de vivre dans des bâtiments forts émissifs en gaz à effet de serre. Afin de préserver les générations futures, la meilleure solution est de réduire tous les besoins en énergie. Avec cet objectif, André Pouget travaille en partenariat avec les industriels pour concevoir, développer et mettre en œuvre des produits qui répondent aux enjeux spécifiques de la réhabilitation. Une démarche qui s’accompagne d’une réflexion plus large sur le diagnostic des constructions et adapte aussi la mise en œuvre des équipements techniques.

RETOUR D’EXPERIENCE Quel bilan faites-vous de la situation aujourd’hui ?

André Pouget : Nous commençons à récolter et à capitaliser des informations précieuses grâce à des études et des chantiers en cours, aussi bien en résidentiel qu’en tertiaire. Parmi celles-ci, l’expérience du programme de recherche Adélie (1), lauréat de la Fondation bâtiment énergie (2) en 2006. L’objectif est de générer des réalisations « facteur 4 ». Aujourd’hui, six maisons sont terminées, une dizaine de chantiers en cours ou à venir et autant sont potentiellement « adélisables ». Malgré la taille limitée de l’échantillon concernant le secteur de la maison individuelle, les enseignements sur la démarche et la plupart des solutions retenues sont extrapolables.

La première étape consiste à isoler l’enveloppe du bâtiment, généralement peu ou pas isolée à l’origine, afin de limiter très fortement les besoins en énergie. Il reste ensuite à concevoir, et à dimensionner les équipements performants en utilisant les énergies renouvelables selon les disponibilités du site. Pour respecter le facteur 4, le consortium Adélie a défini le référentiel suivant :

• ressources énergétiques : niveau BBC Effinergie (3) ;

• indicateur « climatique » : affichage émissions de CO2 ;

• performance durable : bâti, niveau d’isolation minimum ;

• habitabilité : lumière naturelle après travaux au moins équivalente à avant travaux.

Les solutions techniques pour respecter les exigences énoncées passent par :

• l’isolation par l’extérieur des murs (20 cm), à défaut par l’intérieur (12 à 16 cm), avec une attention particulière au traitement des ponts thermiques ;

• des baies vitrées en double vitrage peu émissif avec gaz argon, voire du triple vitrage dans certains cas ;

• une ventilation hygroréglable basse consommation, du double flux ou des puits canadiens ;

• un chauffage par pompe à chaleur, une chaudière au gaz à condensation ou au bois et pour l’ECS, une production solaire thermique ou thermodynamique. La production d’électricité photovoltaïque in situ constitue rarement une solution intéressante.

Pour ces projets, nous avons constaté un bâti initial très médiocre, peu ou pas isolé, dont la décision de l’amélioration s’avère difficile à prendre, du fait des coûts, des nuisances du chantier, etc. La tentation est grande à la « demi-mesure » sur le bâti, au bénéfice du seul changement d’équipement, crédit d’impôts aidant. C’est pour éviter ce risque que le consortium Adélie a défini ce référentiel et qu’il se l’impose.

DIAGNOSTIC Comment rénover de façon performante et durable ?

Précisons d’abord que les solutions dépendent du niveau de performance visé. En attendant de connaître la valeur cible du facteur 4 exprimée en kWh/m², nous visons des niveaux de performances, tels que BBC Effinergie ou mieux encore, celui du Plan Climat Paris, qui fixe pour l’existant 80 kWh ep/m². Si le budget prévu est insuffisant, il est important d’arrêter les travaux dans une phase qui permette à terme de finaliser et atteindre l’objectif visé dans les meilleures conditions. Pour atteindre cet objectif, l’isolation du bâti et des systèmes performants sont les deux mesures obligatoires ! Ainsi, avant d’entamer les études thermiques, nous analysons la demande du maître d’ouvrage, le budget consacré, l’objectif de performance, la situation initiale du projet. En résumé, écouter, ausculter et ensuite concevoir et prescrire sur le chemin du facteur 4.

Première étape à propos des solutions du bâti : est-ce qu’un ravalement extérieur est possible ? Dans l’affirmative, nous étudions évidemment la solution de l’isolation par l’extérieur. Le Conseil de Paris a d’ailleurs voté en octobre 2007 l’autorisation d’empiéter sur le domaine public pour y prodéder. Si c’est impossible, nous proposons l’isolation par l’intérieur. Ces travaux conduisent à une amélioration de l’étanchéité de la façade, qualité essentielle pour la réelle maîtrise des consommations. Ce résultat doit s’accompagner d’un diagnostic global sur l’aération du bâtiment, donc du mode de ventilation spécifique. Cette précaution peut éviter d’éventuelles pathologies, peut-être inexistantes auparavant, du fait d’un bâti très peu étanche à l’air. Le premier « bouquet » de solutions prend en compte les murs, les baies et la ventilation. Il est impossible de dissocier l’étude de ces trois paramètres au risque de créer des pathologies. En revanche, il est possible de s’arrêter à ces travaux sans compromettre la suite et l’obtention de niveau visé.

CHAUFFAGE Comment le choisir et le dimensionner ?

Ce premier bouquet réalisé, les besoins de chauffage seront considérablement réduits, et les déperditions des façades divisées par 4 à 10 selon les cas ! Il importe alors d’optimiser le dimensionnement des équipements de chauffage en fonction de ses nouveaux besoins. Opérer en sens inverse serait une erreur. En outre, pour les bâtiments résidentiels isolés de la sorte, les consommations d’ECS deviennent prépondérantes, et c’est un autre facteur qui milite pour une définition des équipements, après l’amélioration conséquente du bâti. La production pour le chauffage, voire de l’ECS, appartient au dernier bouquet de travaux. C’est la seule manière de valoriser les gains de puissance et de parfaire le bon dimensionnement. Entre ces deux prestations clés, il existe bien sûr d’autres interventions soit sur le bâti (planchers, toiture) soit sur les systèmes (gestion, régulation, programmation, réseaux distributions, etc.). Ces actions souvent rapidement rentables sont à considérer, à réaliser aussi mais elles n’interfèrent pas directement sur les deux autres bouquets.

PATHOLOGIE Comment prescrire sans effets secondaires ?

Les risques d’effets secondaires ne sont pas nuls et nous les avons bien identifiés : pathologie du bâti après travaux, lumière naturelle, voire confort d’été. Pour y répondre, les échanges en amont avec l’architecte sont précieux pour bien diagnostiquer l’état de la construction. Nous nous sommes équipés d’outils de calculs spécifiques (calculs points de rosée sur élément décrit en 3 dimensions). Ainsi, il est possible d’apprécier l’apparition d’éventuels risques après travaux. À propos des rénovations avec isolation par l’intérieur et notamment en faisant appel à la solution « boîte dans la boîte », il importe de bien vérifier le respect du confort d’été après isolation. Là aussi, nous utilisons des outils de calculs avec simulations dynamiques, pour s’assurer du bon résultat et prescrire les solutions adéquates. Ces effets secondaires peuvent être évités, moyennant de bonnes investigations et des études appropriées. Bien entendu, les solutions techniques existent.

SITE OCCUPéComment adapter les travaux ?

Si la façade existante le permet, nous privilégions le chantier à l’extérieur, sinon la solution par l’intérieur s’impose. Celle-ci peut être classique (doublage du mur) ou selon le principe de « boîte dans la boîte », c’est-à-dire sur trois faces en isolant également planchers et plafonds intermédiaires. Ce choix est effectué en fonction d’éventuels risques de pathologies en parois et pour traiter le pont thermique de la dalle. Nous travaillons en collaboration avec architectes, entreprises et industriels sur la définition de solutions sèches pour limiter le temps d’intervention et les nuisances du chantier en site occupé. Ce sont des solutions très prometteuses, autorisant des phasages « à la demande », par appartements, voire pièce par pièce. Ces interventions sont à organiser en concertation avec le maître des lieux. Pour atteindre les niveaux de performance visés, 10 à 15 cm d’isolant « traditionnel » sont nécessaires, ce qui engendre une perte de surface. En 2007, nous avons réalisé un chantier avec des panneaux d’isolation sous vide, qui sont 6 à 8 fois plus efficaces que les isolants traditionnels. Nous continuons à apprendre sur d’autres réalisations et de nouvelles générations de ces produits. Tôt ou tard, ces solutions émergentes seront banalisées.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°286

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