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Agbar : une façade pixelisée autour d’un noyau décentré

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Agbar : une façade pixelisée autour d’un noyau décentré

Situé en plein cœur de la ville, l’édifice fuselé est devenu un symbole fort, facilement identifiable au même titre que la Sagrada Familia de Gaudi. L’effet recherché : celui d’un geyser émanant de la terre volcanique pour atteindre le ciel bleu. (Doc. Philippe Ruault.)

De conception complexe, la récente tour de Jean Nouvel à Barcelonemet en œuvre plusieurs techniques innovantes. Soit une structure à double cylindre en béton, surmontée d’un dôme verrier autoportant, et une façade double peau aux effets visuels très élaborés.

Erigée pour le siège ­social de la compagnie des eaux de Barcelone par l’architecte Jean ­Nouvel (associé à l’agence locale b 720 Arquitectura) la tour Agbar vient d’être inaugurée. L’édifice se situe en plein centre-ville, non loin de la célèbre église Sagrada Familia conçue par Gaudi. Surnommée « le suppositoire » par les Catalans, cette tour fuselée est devenue un nouveau symbole de la ville. S’élevant sur 142 m de hauteur, elle accueille 1 400 personnes sur 35 étages, dont 31 en superstructure et 4 en sous-sol. Ces derniers accueillent un parking de 300 places de stationnement et un auditorium de 350 places.

Le bâtiment multifonctionnel totalise une surface de 47 500 m2 SHOB. Il abrite 30 000 m2 de surface de planchers en superstructure, abritant des bureaux, des locaux techniques, des salles polyvalentes, des cafétérias et un restaurant d’entreprise, ainsi que 17 500 m2 de surface en infra­structure. La hauteur standard entre planchers est de 3,70 m, mais quelques variantes rompent la monotonie du système, comme les étages techniques et ceux situés juste en dessous (voir encadré). Le coût de la construction s’est élevé à 12 millions d’euros.

Un noyau excentré

La structure du bâtiment se compose de deux cylindres en béton de forme ovoïde, insérés l’un dans l’autre. Le grand cylindre extérieur de 39 m de longueur par 34 m de largeur sert de système porteur. Il est constitué d’un épais mur en soubassement de 50 cm, qui passe à 40 cm à partir du 10e étage et à 30 cm à partir du 18e étage.

Cette enveloppe englobe le second cylindre intérieur, un noyau d’environ 16 x 15 m et de 200 m2 de superficie. Il est positionné volontairement de façon excentrée, afin de dégager au maximum les plateaux à aménager. Ce noyau, doté d’un mur de 40 cm d’épaisseur, contient les escaliers de secours, les deux ascenseurs menant aux étages de la coupole, les sanitaires et toutes les descentes de fluides (électricité, chauffage, climatisation, ventilation, etc.). La batterie des ascenseurs principaux desservant les 24 premiers niveaux, est rejetée en périphérie du bâtiment. Outre les murs des fûts, la structure se compose également de planchers collaborants en béton de 13 cm d’épaisseur, qui s’appuient sur des poutres d’acier galvanisé protégées du feu par flocage. Celles-ci sont ancrées sur les deux cylindres en béton, au moyen de consoles en aluminium. Sur chacun de ces planchers, est apposé un sol technique surélevé de 20 cm d’épaisseur, dans lequel passent les câbles et les boîtiers de sol électriques : l’ensemble forme le plancher type.

Double peau béton et ventelles

La sous-face de ce plancher type est habillée d’un faux plafond en plaques perforées d’acier galvanisé verni 60 x 60 cm. Dans l’épaisseur de ce faux plafond et des poutres en acier, sont insérées les gaines des divers réseaux (chauffage, climatisation, etc.) reliées, à chaque étage, aux descentes contenues dans le noyau. Ce dispositif est complété par trois planchers techniques spéciaux, répartis tous les dix étages environ, pour alimenter les cinq niveaux inférieurs et supérieurs. Suspendus par des tirants, ils comprennent des dalles flottantes en béton posées sur des planchers collaborants identiques à ceux des planchers courants.

La façade, de conception particulièrement élaborée, juxtapose deux sortes de peaux : un mur en béton et des lames de verre (voir encadré). Ainsi, le fût extérieur en béton armé brut HA-35 structurel est traité comme une épaisse résille. Il est percé à 25 % de sa surface totale, par 4 400 carrés et rectangles dotés de 650 formes différentes. La trame de 98,2 cm de largeur par 92,5 cm de hauteur, permet de multiplier les percements et les formes de modules, apportant une grande liberté de modénature de façade. La répartition des ouvertures, sur une hauteur de 102 m, a été définie en fonction d’un mode aléatoire qui tient compte de l’orientation et de l’ensoleillement. Les parties pleines sont habillées d’une tôle ondulée en aluminium laqué ou en inox miroir, munie d’un isolant. La tôle est thermolaquée suivant une gamme de 25 couleurs variées (rouge, orange, jaune, bleu, etc.) qui animent la façade. Cette composition irrégulière rappelle les images pixélisées des ordinateurs. Les fenêtres inscrites dans les ouvertures se composent de menuiseries en aluminium laqué côté extérieur et anodisé côté intérieur, garnies en leur périphérie de bandes d’étanchéité Epdm : le verre 6.15.6 intègre une couche à basse émissivité sur la face 2. Les ouvertures se trouvant à hauteur d’homme sont équipées d’ouvrants.

Éclairage par Leds tricolores intégrés

La seconde peau, directement visible de l’extérieur, est une succession de lames de verre servant de pare-soleil. Elles présentent deux types de textures : du verre transparent devant les fenêtres de la paroi intérieure et du verre texturé au droit des parties opaques. L’inclinaison de ces 59 619 ventelles de 98 cm de longueur varie en fonction de l’orientation du bâtiment : plus verticales au nord et à l’est, elles deviennent plus horizontales à l’ouest et au sud. Elles sont liées, à l’aide de silicone structurel, à des supports en aluminium anodisé en forme de compas qui autorisent quatorze inclinaisons différentes. Ces supports sont fixés sur une ossature à montants et consoles en aluminium anodisé, ménageant un espace d’environ 90 cm entre les lamelles et la paroi. Dans ce vide, un éclairage à appareils Leds en trichromie a été placé. Mis au point par Yann Kersalé, ce système comporte 4 500 diodes électroluminescentes gérées par ordinateur.

Le chantier s’est avéré compliqué et jalonné de multiples contraintes. Tout d’abord, il a fallu ­réaliser des fondations à 45 m de profondeur. Mais aussi cuveler et étancher les quatre niveaux souterrains, à cause d’un sol de mauvaise qualité et de la présence d’une vaste nappe phréatique. Le profil ovoïde et fuselé, qui dessine différents rayons de courbure, a ensuite généré de multiples difficultés techniques de mise en œuvre. Enfin, la pose des brise-soleil en lamelles de verre, ainsi que celle de la coupole, a été particulièrement délicate.

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