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Adapter la technique aux objectifs d’attractivité

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Adapter la technique aux objectifs d’attractivité

Directeur du Développement travaux de la Cie européenne de la chaussure, filiale du Groupe Vivarte (1), Patrick Destribats insiste sur la détermination du concept commercial avant de le conformer aux normes.

Les Cahiers techniques du bâtiment : Quelle est la législation en vigueur dans votre secteur ?

Patrick Destribats : Les commerces sont soumis au code du travail vis-à-vis de leur personnel et à la réglementation sur la sécurité incendie applicable aux établissements recevant du public de type M (arrêté du 25 juin 1980). Cette classe est elle-même subdivisée en catégories de 1 à 5 liées au nombre de personnes et donc à la surface. La 5e catégorie plus souple correspond à un local traditionnel inférieur à 300 m2 et requiert peu de contrôle de la part de l’Inspection du travail ou de la Commission de sécurité. En revanche, cette même surface transposée dans un centre commercial peut se cumuler avec celle de la « coque » voisine et entrer dans une catégorie plus contraignante en terme de résistance au feu ! En fonction de l’environnement du magasin – implantation dans un immeuble de grande hauteur, conditions compliquées de sécurité, périphérie ou a contrario centre-ville, etc. – sont introduites d’autres variantes. En fait, chaque permis d’aménagement de magasin constitue un cas particulier en termes d’exigences, donc de matériaux et de moyens à mettre en œuvre, principalement vis-à-vis de la protection incendie et de l’accessibilité. Sur ce point, la Commission de sécurité a désormais un avis décisionnaire – et non plus seulement consultatif – sur les largeurs d’allée secondaires (jusqu’à 1,40 m au lieu de 0,90 m) et principales (jusqu’à 1,80 m contre 1,40 m). Mais il convient d’être pragmatique. La technique doit rester au service d’objectifs voulus !

CTB : Précisément, quel est le contenu du cahier des charges ?

P. D. : Aujourd’hui, nous travaillons avec les fabricants sur des produits adaptés à nos besoins spécifiques, surtout en terme de rendu. C’est vrai pour des équipements sophistiqués comme la climatisation ou le process d’éclairage, moins pour les sols choisis essentiellement pour leurs caractéristiques d’usure et d’entretien. Ensuite, l’intégration de ces composants dans le cadre réglementaire s’avère plus simple. Notre cahier des charges explique notre métier à nos intervenants. Il ne constitue pas un manuel de fabrication. Ce qui prime, c’est le confort d’accueil. Un magasin doit être attractif commercialement avant d’être conforme aux normes. Sinon, il n’a pas de raison d’exister. À nous de l’adapter !

CTB : Quelles sont vos préoccupations en matière d’éclairage ?

P. D. : Nous sommes attentifs à la consommation des appareils, à leur coût, à la facilité d’installation avec une longévité importante pour limiter la maintenance, au dégagement de chaleur à la fois au regard des produits et de la puissance de la climatisation à installer. Le rendu de la lumière est perçu différemment en fonction de la sensibilité de chacun. Il est lié aussi à la lumière du jour et donc à la dimension de la vitrine, au degré de réflexion des produits et à l’ambiance à créer. Le choix est lié ensuite à l’ambiance voulue : intimité avec des couleurs de lumière chaudes, dynamisme avec le blanc. Pour nos magasins, nous avons déterminé un degré d’éclairement à 1 200 lux à 1 m de hauteur et un niveau de convivialité de l’ordre de 3 000°K (t° de couleur). Vu le nombre de nos magasins, nous avons ­sélectionné des rampes fluorescentes T5 emboîtables, faciles à brancher en ligne grâce à une connectique (suspentes Wieland), et avec des ballasts électroniques pour favoriser le démarrage, donc la durée de vie. On utilise également des spots basse tension qui mettent en avant un produit, ou des appareils à iodure métallique plus puissants pour conférer l’impact vu de la rue. Et puis il y a les leds qui multiplient les durées de vie, tout en réduisant les consommations.

CTB : Qu’en est-il du chauffage/climatisation ?

P. D. : Il s’agit d’obtenir un minimum de 16 °C et un degré maximum de 22 °C en fonction des conditions extérieures de température. Toute boutique se doit d’être confortable en termes de conditions de travail et de qualité d’accueil. C’est le bilan thermique qui, en fonction du site, détermine l’équipement nécessaire. Pour simplifier la méthodologie de télécommande et anticiper les aléas, nous adaptons des machines standard à nos problématiques, notamment en termes de puissance, de condensats et de vitesse de diffusion de l’air. En fonction de l’accessibilité du site, du type de point de vente, de la surface et de la configuration, des possibilités d’extraction d’air – surtout en centre ville – et du budget dont on dispose, on peut choisir un roof-top, des cassettes, une climatisation à eau, à eau perdue, à air, réversible, multi-split, gainable, murale, portable, etc. Les centres commerciaux mettent aussi à disposition des boucles d’eau glacée sur lesquelles on peut raccorder l’appareil. Dans le domaine vestimentaire, la problématique d’entretien des filtres et les risques de surchauffe du moteur sont prépondérants compte tenu des largages de fibres.

CTB : Que préconisez-vous en matière de revêtement de sols ?

P. D. : À ce niveau, nous recherchons un classement U4 P3 en termes d’usure et de poinçonnement. D’où le choix privilégié du carrelage voire des résines sur tous les travaux neufs – ouverture de magasin, transfert, agrandissement – qui conjuguent aussi la résistance aux salissures, la facilité d’entretien, la longévité et le coût. En revanche, pour éviter de fermer un magasin en rénovation, on va retenir des sols souples qui permettent de respecter quasiment les mêmes principes d’usage, inclus le classement feu, mais avec une mise en œuvre plus rapide. Tout dépend du secteur d’activité !

CTB : Et s’agissant de la protection ?

P. D. : En centre-ville, les vitrines sont principalement anti-effraction, alors que les rideaux métalliques constituent l’occultation la plus fréquente et la moins onéreuse en périphérie. La caméra de surveillance enregistre les images dans les endroits sensibles. Il existe des équipements d’alarmes anti-intrusion sensibles à la volumétrie, à la chaleur ou aux chocs, et qui peuvent êtres raccordés à des organismes de surveillance, au commissariat, au téléphone portable ou à Internet, par exemple. Dans le secteur du vêtement, les systèmes anti-vols sont incorporés à la source, c’est-à-dire installés directement par le fabricant au niveau des étiquettes, et détectables à une certaine fréquence par des antennes intégrées dans le sol ou le plafond du magasin. Vis-à-vis de la sécurité incendie et en fonction de la catégorie d’établissement, les moyens d’intervention passent par des extincteurs, des robinets incendie armés (RIA), un système de désenfumage, l’alarme et détection incendie, des sprinklers, l’éclairage de sécurité, etc. Les matériaux doivent être agréés coupe-feu. Tout dépend de l’isolement par rapport aux tiers.

CTB : Quels sont les grands principes d’aménagements ?

P. D. : En théorie, un concept peut durer sept ans, voire dix ans dans un magasin discount. A contrario, le relooking d’une boutique de mode intervient quasiment tous les deux ans. Mais il s’agit davantage d’un maquillage ! Pendant cette période, le local évolue pour rester en conformité réglementaire selon sa typologie, avec des visites de contrôle annuelles ou bi-annuelles en fonction de sa catégorie. En outre, tout incident tel que taches ou tags, oblige à repeindre la façade ou les murs intérieurs pour préserver son attractivité. L’entrée se situe toujours à droite et les produits basiques se trouvent au fond à gauche. Pour intriguer régulièrement la clientèle, les meubles sont mobiles, ­facilement accessibles et démontables, d’abord au niveau de la vitrine. Lancer des travaux requiert aussi de l’humilité. C’est la mise en valeur du produit à vendre qui prévaut, pas celle du magasin !

Les concepts d’ambiance évoluent en fonction des comportements d’achats. Ils reposent sur le merchandising qui induit une écoute des clients pour étudier la meilleure façon de donner envie d’entrer, de présenter l’ensemble des gammes de produits et d’être dans l’air du temps. En fait, ce que le client ressent, c’est un bien-être général.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°273

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