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ACOUSTIQUE Panneaux aluminium et cloisons mobiles transforment une salle des fêtes

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ACOUSTIQUE Panneaux aluminium et cloisons mobiles transforment une salle des fêtes

Inaugurée en 1925, la salle des fêtes de Montargis vient de bénéficier d’une rénovation acoustique complète qui lui confère maintenant les qualités d’une vraie salle de spectacles.Concerts, conférences et autres activités publiques peuvent désormais s’y dérouler.

L’histoire de cette salle explique ses spécificités architecturales et constructives. En effet, pour des raisons administratives et financières, le projet d’origine devait répondre à deux fonctions pour le moins différentes : salle des fêtes et… halle du marché des veaux. L’architecte Louis Philippon avait donc dessiné un élégant bâtiment d’inspiration classique, avec à l’intérieur un décor de style Pompadour. Les façades en pierre sont celles d’un théâtre, alors que la légère charpente métallique conviendrait à un marché aux bestiaux.

Malgré plusieurs vagues de travaux, le bâtiment s’était fortement dégradé. Il posait notamment des problèmes d’acoustique qui furent bien identifiés, dans un audit commandé à Daniel Commins en 2002. Le premier et le plus grave des défauts analysés concerne la forme courbe du plafond qui produit des focalisations nuisant à la qualité musicale et à l’intelligibilité de la parole. Seule parade, des panneaux acoustiques suspendus.

Inverser la courbe du plafond

Afin d’améliorer l’acoustique de la salle, le spécialiste a prescrit la mise en place de fermetures latérales absorbantes afin de réduire la largeur du volume central et l’isoler acoustiquement des galeries latérales sous balcons. Ces fermetures sont décrites sous la forme de cloisons mobiles incluant des portes et conçues de manière à pouvoir être rangées dans un espace restreint quand elles ne sont pas déployées.

L’acousticien a également étudié les dispositions à prendre pour que le bâtiment respecte le règlement sur le bruit émis par les établissements diffusant de la musique amplifiée. Le décret n° 98-1143 du 15 décembre 1998 définit des règles qui limitent l’impact à l’extérieur du bâtiment, ainsi que les niveaux de bruit auxquels sont exposés le personnel et le public. En l’occurrence, le niveau sonore moyen ne doit pas excéder 105 dB (A) et le niveau de crête 120 dB, en tout point de l’établissement accessible au public. D’où la préconisation d’un « sas acoustique » entre le cœur de la salle et l’extérieur, de manière à respecter la réglementation tout en protégeant la salle des bruits extérieurs. Enfin, l’acousticien demandait des interventions sur les installations de chauffage, ventilation et désenfumage pour rendre leurs niveaux de bruit compatibles avec les activités.

L’audit et ces recommandations constituaient la base du programme soumis à l’architecte Lia Kiladis qui a également dû prendre en compte des contraintes liées à la faiblesse relative de la charpente et aux impératifs de rénovation complète des décors peints.

De grands « nuages » à 10 m de hauteur

Tout d’abord, l’architecte a trouvé une « interprétation » du dispositif de panneaux suspendus prescrit au travers de formes convexes en harmonie avec l’architecture et l’esprit du lieu. Ces grands « nuages » aux extrémités arrondies qui suivent un rayon de courbure de 12 m, sont ­positionnés à une hauteur d’environ 10 m, correspondant au sommet du cadre de scène qui reste ainsi visible de la salle. De la sorte, ces panneaux s’inscrivent dans la continuité des courbes des arcs des fenêtres supérieures. L’intégration architecturale des panneaux est ainsi optimisée « en douceur », d’autant que les nuages peints en blanc se fondent dans le sommet du plafond dépourvu de motifs colorés. Ils sont aussi légèrement écartés les uns des autres, afin de pouvoir suspendre entre eux les appareils d’éclairage. Le positionnement, la forme et les dimensions des panneaux (longueur : 5,90 m et largeur : 2,90 m) ont été validés par l’acousticien pour corriger les focalisations dues au plafond d’origine.

Sachant que le poids admissible par la charpente calculé par le bureau d’études Arcad est de 6 kg au m², l’architecte a retenu l’aluminium alvéolaire comme matériau constitutif. Les panneaux ont été mis au point et fabriqués par Alcore Brigantine pour un coût de 45 000 eHT. Chaque grande plaque est formée de 4 pièces d’environ 1,5 x 3 m, et 8 mm d’épaisseur. Le cintrage des panneaux a été effectué à froid, directement sur leur structure porteuse, c’est-à-dire une sorte de « catamaran » constitué de deux longerons et trois traverses. Ces éléments structurels sont épais de 28 mm. Tous les composants sont solidarisés au moyen d’une colle polyuréthanne bicomposant et par assemblage mécanique de type rainure et languette. Un couvre-joint métallique est prévu pour assurer une planéité d’aspect régulier sur la surface de la plaque.

Dernière difficulté à résoudre : comment suspendre ces panneaux dont le poids est d’environ 80 kg (60 kg pour la plaque cintrée et 20 kg pour la structurel). Un accrochage direct sur la charpente métallique aurait été très contraignant quant au positionnement des câbles. Heureusement, lors de travaux antérieurs, avait été installée une sorte de « sur-plafond » en panneaux rectilignes de contreplaqué épais de 19 mm. Les câbles ont pu être accrochés à ces panneaux par l’intermédiaire d’une vis et d’un écrou soudé sur une platine en acier, conçue de manière à garantir la verticalité du câble. Côté panneau, le câble est fixé sur une cornière en forme d’oméga collée sur les longerons. Les vis utilisées comme serre-joint pendant la prise de la colle ont été laissées en place à la demande du bureau de contrôle, bien que les ingénieurs de ­Alcore Brigantine les jugent inutiles. Un matelas de 15 cm de laine minérale déroulé au-­dessus du plafond en contreplaqué assure l’isolation acoustique et thermique de l’ensemble.

51 m de cloisons mobiles

Après réduction des focalisations du plafond, la deuxième directive de l’acousticien portait sur le découplage des galeries ­latérales du volume central. Pour obtenir une acoustique optimale, quel que soit le type de musique joué, la salle est maintenant ­occultable par des cloisons mobiles suspendues sous les balcons. De chaque côté, 20 panneaux de 1,25 m de largeur et 3,57 m de hauteur coulissent sur des rails en aluminium, par l’intermédiaire de galets. Chaque panneau est constitué d’un cadre en acier et d’un parement bois (chêne clair), de part et d’autre d’une âme en laine de verre. En complément, pour augmenter le pouvoir absorbant des cloisons et améliorer l’intelligibilité de la voix (conférences, tours de chant, réunions publiques, etc.), des rideaux en tissu ignifugé peuvent être tirés en avant des panneaux, côté salle. Pour les responsables de la société MCM qui ont installé ces cloisons mobiles, le point le plus critique à traiter fût le renforcement de la structure en béton des balcons au moyen de poutrelles en acier (IPE 200) intégrées discrètement dans le plénum prévu en sous-face. La charge des panneaux suspendus qui s’élève à 5 tonnes était en effet supérieure à ce que pouvaient supporter ces balcons.

Pour garantir une bonne étanchéité périphérique entre cloisons et maçonnerie, un système de plinthes mobiles venant comprimer un joint souple équipe la base et le sommet de chaque panneau, ainsi que la tranche latérale des éléments d’extrémité. Les mouvements des plinthes sont commandés par des manivelles agissant sur un mécanisme similaire à un cric : une vis sans fin déploie ou replie un pantographe qui pousse ou tire la plinthe selon l’objectif recherché. Quand les cloisons ne sont pas nécessaires, les panneaux sont stockés perpendiculairement à une extrémité de chaque galerie. Coût des cloisons : 116 500 eHT.

Le sas acoustique formé par ces panneaux, les rideaux absorbants et les doubles fenêtres extérieures (menuiserie bois à simple vitrage d’origine et châssis aluminium rapportés côté intérieur lors de travaux antérieurs) permettent d’atteindre un isolement acoustique de 51 dB. La salle est ainsi bien protégée des bruits environnants et la musique amplifiée ne provoque aucune gêne pour un voisinage du reste assez lointain. Par ailleurs, 800 sièges avec assises et dossiers absorbants ont été installés selon les indications de l’acousticien. La seule recommandation de Daniel Commins – non encore concrétisée – est l’installation d’une conque de fond de scène qui permettrait d’améliorer « l’acoustique musicale » de la salle, en particulier pour la musique de chambre et les petites formations en général. Au demeurant, l’absence de cette conque ne compromet pas l’agrément de la salle rénovée, d’autant que la contrainte la plus gênante pour les artistes est la relative exiguïté du cadre de scène, qui incite souvent les musiciens à jouer sur un plateau en avant de celui-ci.

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