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Acoustique : maîtriser la réverbération par des diffuseurs directionnels

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Acoustique : maîtriser la réverbération par des diffuseurs directionnels

Essentielle en matière de sécurité, la sonorisation des espaces souterrains doit tenir compte des matériaux réverbérants et de la liberté d’aménagement des magasins, afin de restituer une parfaite intelligibilité des messages diffusés.

Investissant les espaces souterrains, surfaces commerciales et galeries marchandes présentent pour l’acousticien des contraintes spécifiques : des volumes généralement développés en longueur avec des hauteurs sous plafond limitées, des façades de magasins largement vitrées, des sols durs également réverbérants … le tout dans une logique d’économie qui ne favorise pas l’usage de matériaux « techniques ». De plus, l’acousticien est rarement intégré à l’étude du projet : il intervient souvent a posteriori, avec une architecture, des matériaux, voire une installation de sonorisation déjà figés. Enfin, s’ajoute la liberté d’aménagement et de sonorisation des locataires de chaque enseigne, avec parfois comme résultat d’annihiler en partie les efforts réalisés dans les mails et les parties communes.

La réglementation (voir ­encadré) précise les conditions minimales d’intelligibilité vis-à-vis des ­messages de sécurité, et les rend prioritaires sur les autres annonces. Les gestionnaires du site doivent pouvoir maîtriser la disposition, la quantité, ainsi que l’implantation des haut-parleurs, afin d’optimiser la perception des messages de sécurité. Dans le cadre d’un aménagement existant, l’acousticien constate souvent que le nombre, la position et la qualité acoustique des haut-parleurs mis en œuvre dans un but de sécurité, ne sont pas compatibles avec la diffusion de messages d’ambiance, voire de musique à un degré acceptable de qualité. Dans les galeries marchandes non ouvertes sur l’extérieur, il est fréquent d’observer des ambiances sonores élevées supérieures à 60-65 dB(A), voire 75 dB(A). Ces niveaux sonores sont induits par l’émission de la parole et du matériel fixe installé.

Plusieurs traitements possibles

Le bruit ambiant, relativement stable pendant le temps d’occupation normal des lieux, est ­perçu comme un brouhaha géné­ral. Qualitativement, le seuil d’alerte est atteint lorsque les occupants sont obligés d’élever anormalement la voix pour pouvoir communiquer. Quantitativement, ce seuil se situe à un niveau d’environ 65 dB(A), sachant que dès 60 dB(A), il y a déjà une perte d’intelligibilité de la voix. Ce « bruit de fond », désagréable et fatigant, doit d’autant mieux être maîtrisé que les occupants des magasins, désireux eux aussi « de se faire entendre », mettent en œuvre des sonorisations plus fortes qui amplifient un phénomène que les acousticiens dénomment « l’effet cocktail ». Dans la plupart des locaux, une trop grande réverbération provoque l’inconfort acoustique, et les locaux commerciaux souterrains n’échappent pas à cette règle. Si l’effet « cathédrale » est plus limité du fait de volumes souvent réduits, les matériaux utilisés au sol et sur les murs – carrelage, verre, métal – ne favorisent pas l’absorption et la réduction du temps de réverbération. Seuls les plafonds restent disponibles et plusieurs traitements sont possibles : l’utilisation de sous-toitures ­absorbantes constituées de lattis en bois ajouré intégrant un isolant fibreux ; la mise en œuvre de plafonds suspendus, la pose de toiles intégrant des velums acoustiques et la projection d’isolants fibreux. Dans les espaces souterrains, les surfaces opaques sont majoritaires, sauf au droit des puits de lumière ou des aménagements particuliers entre plusieurs niveaux. Sans trop verser dans l’acoustique « utilitaire », ces espaces peuvent être traités à l’aide de baffles classiques, intégrés discrètement à la structure. Par exemple, comme des mobiles ludiques ou supports de signalétique. L’usage de tissus acoustiques peut également constituer un traitement de complément efficace, tant sur les murs qu’au plafond. Ces produits opposent une résistance suffisante à l’air pour offrir un coefficient ? Sabine de l’ordre de 0.7 – au lieu de 0.9, valeur courante pour des isolants classiques absorbants à base de laine minérale – assez proche de ce que l’on peut obtenir avec des plafonds acoustiques.

Multiplier les sources de faible puissance

Deuxième facette du confort acoustique, l’intelligibilité de tous les messages reçus devrait être idéalement supérieure à 95 %. Dans la réalité, ces espaces permettent rarement de telles performances, et des valeurs situées autour de 90 % (voir encadré) constituent déjà un bon résultat. Pour une diffusion sonore de qualité, quelques règles doivent être respectées, en complément du traitement acoustique. Afin d’éviter les effets cacophoniques dus à la sonorisation de chaque espace, il est important de ne pas mettre en place une quantité importante de haut-parleurs peu sélectifs qui nuisent à l’intelligibilité des messages délivrés. La solution consiste à utiliser un nombre suffisant, mais limité, d’appareils très directionnels, avec des puissances entre 50 et 100 watts. Ces niveaux, qui semblent faibles, assurent un bon confort d’écoute et de perception des messages. Ce type de haut-parleur n’amplifie pas le message plus que nécessaire, et évite de « baver partout », c’est-à-dire de venir polluer les messages émis par ceux des voisins. Qu’il s’agisse du traitement des parois des parties communes ou de la sonorisation, les meilleurs choix peuvent être en partie annihilés par les aménagements réalisés par chaque magasin, leur charte d’aménagement se limitant à la façade donnant sur la « rue » centrale. Il est donc important que l’acousticien soit intégré suffisamment en amont dans le projet afin qu’il puisse conseiller à la fois l’aménageur de l’ensemble, et les locataires de chaque surface de vente. En effet, l’aménagement intérieur de chaque local, très souvent ouvert, influe fortement sur la qualité acoustique de l’ensemble de la surface commerciale. Quelques ajustements en amont pourront ainsi éviter à terme des modifications toujours plus lourdes, aléatoires et coûteuses.

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