Nous suivre Les Cahiers Techniques du bâtiment

Accessibilité : osons le pragmatisme !

Sujets relatifs :

,

Jean-Philippe Lamarche
Membre fondateur de l'association Synergie, président de la commission Handicap à Dialogue & Démocratie française

Accessibilité : osons le pragmatisme !

© DR

Citoyens et politiques semblent également sensibles au handicap. Pourtant, pouvoirs législatif et réglementaire, métiers du bâtiment, et associations dites représentatives du handicap, semblent se complaire à la réalisation de points fixes épisodiques. Au lieu de faire de l'accessibilité une composante du développement durable, on agit ponctuellement. Outre l'emploi, le tourisme et la culture, tous les thèmes ne font que démontrer la transversalité de la question du handicap et l'utilité, voire la nécessité de tout (re)grouper sous un seul binôme « citoyenneté » et « accessibilité ». En matière légale et réglementaire, la difficulté réside dans une application qui privilégie l'obligation de moyens par rapport à l'obligation de résultats. En d'autres termes, les initiateurs, maîtres d'ouvrage, contrôleurs, concepteurs et entrepreneurs cherchent à ne pas devoir supporter une responsabilité en cas de non conformité et/ou de sinistre. Pour les uns, cela consiste à informer correctement les autres des règlements, pour les autres à bien procéder aux contrôles et avertir les « contrôlés » des manquements ; c'est souvent dans une autorisation provisoire en attente de travaux qu'un responsable d'établissement trouve sa sécurité mentale. Tout texte devrait ainsi se traduire par une réponse complète et rapide. Il faut juste imaginer la personne qui ne peut être autonome car une marche, un trottoir, une porte trop étroite. lui interdisent l'accès à un service. En réalité, c'est le bâtiment qui est handicapé par rapport à l'utilisateur. La loi du 11 février 2005 était porteuse de beaucoup d'espoir. Applicable depuis le 1er janvier 2007, elle pèche par l'absence d'outils d'aide à la décision. En quatre ans, pléthore de diagnostiqueurs et autres formateurs en accessibilité courent les rues, facturant à des montants non justifiés et sans aucun agrément des pouvoirs publics. Est-ce raisonnable ? Dans de nombreux pays, on impose à tous les acteurs concernés la mise en œuvre d'une politique d'accessibilité. Les moyens financiers mis en œuvre seraient plus utiles dans l'action que dans un travail de commissions sans cesse entretenu qui autorise officiellement le report d'exécution et rend les quelques actions de plus en plus opaques. Les personnes en situation de handicap refusent la rupture du lien social, elles échangent beaucoup sur le net. Elles fuient les associations qui, ne travaillent que pour une seule chapelle, voire pour celles de leurs dirigeants.

Il faut estomper la concurrence au profit de la coopération, développer des interactions qui feront comprendre que ce qui profite aux personnes en situation de handicap profite à tout le monde. Dans maints pays anglo-saxons, les appels au civisme sont nombreux. Ils demandent aux citoyens d'indiquer les difficultés d'accès aux bureaux des ressources humaines de leur communauté. Ces citoyens, porteurs ou non de handicap, échangent également avec les élus sur les problèmes et les obstacles rencontrés, sans devoir appartenir à une association. Actuellement, un groupe de travail s'interroge : « Pourquoi ne pas prendre en considération le fond de la loi d'Adrien Spinetta sur le dommage-ouvrage, qui a pour objectif de protéger les particuliers vis-à-vis des professionnels ? » Et alors envisager sur les chantiers, à la réception des ouvrages de promotion privée, que l'assureur inflige les mêmes pénalités concernant les malfaçons et/ou non-conformités en « accessibilité et adaptabilité ». Comme pour la solidité des ouvrages, les isolations acoustique et thermique, la sécurité des personnes. constatées par les bureaux de contrôle et que ces mêmes assureurs contraignent à la remise en ordre afin que les utilisateurs n'en soient pas pénalisés ? Conjointement à cette carence, il serait aussi nécessaire de redéfinir la mission du bureau de contrôle, normalisateur de risques qui, actuellement, n'a qu'une mission aléatoire et non obligatoire ; premier intervenant sur un projet, premier à être appelé par le maître d'ouvrage et honoré de la mission de normalisation de risques, le BC a pour objectifs d'assurer pour les maîtres d'ouvrage : 1/ un examen des pièces écrites 2/ un suivi du chantier avec respect des règles de l'art et des normes constructives 3/ une réception des travaux en conformité avec les décisions et prescriptions initiales 4/ une maintenance des installations et équipements, un bâtiment vieillit et peut également avoir des changements de destination 5/ un contrôle périodique, systématique ou aléatoire, durant l'exploitation du bâtiment afin d'être sûr que des travaux d'urgence ne viennent pas modifier l'accessibilité et l'adaptabilité des lieux. Oser le pragmatisme, c'est créer une synergie en regroupant toutes les intelligences et compétences capables d'action dans le but de redonner dignité et liberté de choix aux personnes en situation de handicap et fragilisées et de favoriser leur insertion/maintien/participation dans la société.

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news hebdo Cahiers techniques du batiment

Nous vous recommandons

Inondations (3/3) : Un quartier conçu pour être résilient

Inondations (3/3) : Un quartier conçu pour être résilient

En juin 2016, le nouveau quartier Matra à Romorantin (41) a été totalement inondé par une crue qui a dépassé le niveau historique de la crue centennale de 1910, et ce, sans subir de destruction matérielle.Le site venait, en effet,...

06/07/2020 | SécuritéUrbanisme
Inondations (2/3) : Anticiper ou contenir l'eau

Inondations (2/3) : Anticiper ou contenir l'eau

Inondations (1/3) : Le territoire à l'épreuve du risque

Inondations (1/3) : Le territoire à l'épreuve du risque

Construction bois, un large éventail de solutions

Construction bois, un large éventail de solutions