© P. Feuillet/Infodesign - C. Devals/Studio In Out - BE Kleiber Daudin/Heams & Michel architectes
La maquette numérique ne représente qu'une partie de la transformation digitale qui secoue le monde de la construction. Elle est au cœur de tous les métiers : bureaux d'études structure, thermique ou de contrôle, entrepreneurs, mais aussi assureurs et gestionnaires.
Non ! La maquette numérique et son modèle BIM ne bénéficient pas qu'aux maîtres d'ouvrage ou aux architectes.
« Ces outils assurent une continuité parfaite du projet, de l 'esquisse jusqu'à la réception des travaux, mais aussi tout au long de la vie d 'un bâtiment », rapporte Catherine Jacquot, présidente du Conseil national de l'ordre des architectes (CNOA). C'est primordial et cela montre bien que l'ensemble des autres professions de la construction - ingénieurs, bureaux de contrôle, assureurs, industriels ou gestionnaires - sont concernées. La maquette numérique va en effet bien plus loin que la simple définition des objets au format IFC qu'elle embarque. Son usage modifie le rythme de la conception. La créer allonge le temps de cette phase, mais accélère la pratique des métiers qui en découlent.
Elle modifie le rythme de la conception. La créer allonge le temps de cette phase, mais accélère la pratique des métiers qui en découlent.
À commencer par le calcul thermique, où la réglementation devient plus exigeante, comme on le voit avec la future RT 2020. Ordinairement, la performance énergétique se définit avec plusieurs logiciels de simulation. « C 'est long et cela peut aboutir à des erreurs ou à des approximations, car les ingénieurs saisissent manuellement de nombreuses données : les dimensions du projet, les caractéristiques du bâti, ses équipements… , note Pauline Arlaud, ingénieur à l'École spéciale des travaux publics, du bâtiment et de l'industrie (ESTP). La maquette numérique accélère ce préalable, puisque les caractéristiques y sont déjà définies. Sur la plupart des logiciels de C AO/BIM, il est déjà possible de géoréférencer le bâtiment, définir le type de projet (hôpital, logement, tertiaire… ), saisir le taux de surfaces vitrées, la qualité des matériaux et d 'effectuer des calculs en faisant varier ces paramètres. »
Une amélioration des échanges entre applications dédiées
En reprenant les mêmes données avec plusieurs logiciels, le thermicien compare des hypothèses, les approfondit et réalise une simulation thermique dynamique (STD). C'est ce qui a présidé au développement du format d'échange NBDM (Neutral Building Data Model) entre logiciels de thermique par un groupe d'éditeurs français avec le soutien de l'Ademe. NBDM et IFC sont maintenant complémentaires et utilisés successivement pour alimenter un logiciel de simulation thermique dynamique à partir de plusieurs applications.
De même, pour le calcul de structure, le BIM améliore les échanges entre applications dédiées. Certains éditeurs vont même jusqu'à l'intégrer au logiciel de conception. C'est le pari d'Autodesk en rachetant le logiciel français de calcul Robobat Robot Structural Analysis et en l'intégrant à Revit. Mais c'est aussi ce que font les principaux logiciels BIM de conception, comme Allplan, ArchiCAD, Tekla, Vectorworks, en facilitant les transferts. Pour autant, tous les problèmes ne sont pas résolus, car la maquette numérique est parfois trop lourde pour être manipulée directement dans une application structure. Les ingénieurs doivent alors, au préalable, « alléger » la maquette numérique en retirant les objets ou les caractéristiques qui ne lui servent pas. D'où parfois encore, une perte de temps.
Un maillon essentiel de maîtrise des risques
Mais les usages de la maquette numérique vont bien au-delà. Outre qu'elle sert à des études spécifiques d'architecture ou des transferts aux industriels du gros œuvre, ce que font déjà couramment Pascal Feuillet ou Christopher Devals (lire encadré page précédente), d'autres acteurs s'y intéressent. C'est le cas des bureaux de contrôle et de l'assurance construction. Car le BIM est aussi un maillon essentiel pour maîtriser les risques : les identifier au plus tôt, tracer les actions, mémoriser les processus. « Ils sont désormais gérés de façon itérative dès l 'origine de la conception, ce qui accélère leur compréhension et leur analyse. Le contrôleur est alors à même d 'exploiter, dans une unique base de données, un registre permanent des actions de prévention engagées par chaque acteur. C 'est un gain de temps et d 'efficacité gigantesque qui conforte la confiance en la tierce partie que représente le contrôleur », met en avant Claire Doutreluingne, responsable du développement BIM chez Apave.
Même entrain chez les assureurs, où Pierre Es-parbes, président du comité Construction de la fédération française de l'assurance (FFA), note que le numérique « accroît l 'efficacité de l 'assurance des chantiers en centralisant ses éléments et accélérant l 'expertise sur les éventuels sinistres ». Les assureurs stockeront alors, de façon dématérialisée, toutes les pièces et données sur les 100 000 polices de chantiers qu'ils émettent tous les ans.
En bout de chaîne, les spécialistes de la maintenance et de la gestion de patrimoine voient dans la maquette numérique la base de données permanente pour administrer le bâtiment. Mais à une condition : disposer d'un fichier et d'objets le plus exact possible, tel que lui auront transmis les maîtres d'ouvrage et les entreprises à l'issue du chantier. Il leur restera à assurer la mise à jour et la pérennité de cette maquette numérique, pendant toute la vie du bâtiment. Soit au moins une soixantaine d'années, voire bien plus.