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60 logements extensibles pour la Cité Manifeste à Mulhouse

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60 logements extensibles pour la Cité Manifeste à Mulhouse

1. ÎLOT 5 :Shigeru Ban et Jean de Gastines

Afin d’offrir aux habitants des surfaces et des volumes généreux, agrémentés de garages et de jardins, les 5 équipes de conception de cet ensemble ont réinventé le « carré mulhousien » en puisant dans un large éventail de composants industriels.

Fondée en 1853, la Somco (1), doyenne des SA de HLM françaises, a décidé de célébrer ses 150 ans en organisant une opération expérimentale de 61 logements sociaux, dénommée Cité Manifeste. L’îlot Schoettlé retenu, site d’une ancienne filature, est une friche industrielle implantée en bordure d’une cité ouvrière, à proximité de la ville de Mulhouse (Haut-Rhin). Sa morphologie s’apparente à une succession de « carrés mulhousiens », (carré subdivisé par une croix, composé de 4 maisons regroupées sous un toit commun au milieu d’une parcelle de jardins privatifs). Ce dernier regroupe, sous un même toit, quatre unités d’habitation disposées en croix. Pour mettre en forme le projet, la Somco a fait appel à Jean Nouvel qui a réuni quatre autres équipes d’architectes. Le challenge se résumait à offrir du volume aux logements, tout en augmentant les surfaces, en utilisant certains espaces à d’autres fins (garages ou combles). Et également en incitant les usagers à mieux s’approprier leur habitat, en intervenant sur quelques finitions ciblées. De plus, les concepteurs ont eu recours à un catalogue de composants, afin de répondre à une économie du projet indispensable. Alors que les logements s’apparentent à des maisons mitoyennes agrémentées de jardins privatifs, ils sont tous financés en PLA (2).

Des duplex sous une ample toiture

L’îlot triangulaire n°1 qui borde et referme les quatre autres parcelles a été implanté perpendiculairement au terrain, les 10 logements alignés s’abritent sous une même toiture à deux pentes de 2 000 m2. Les maisons mitoyennes s’organisent en duplex, suivant une trame de 6 m pour les 2, 3 et 4 pièces, et de 8 m pour les 5 pièces. En partie basse, l’espace de jour comporte un grand séjour qui, complété d’une cuisine ouverte, est traversant, la partie arrière donnant sur une courette attenante au garage. En partie haute, la zone « nuit » est desservie par un escalier métallique à simple volée accompagné d’une trémie. Autour de ce vide central qui offre au séjour une double hauteur, s’articulent les différentes chambres, chacune disposant d’une salle de bains non cloisonnée. De plus, sous le toit, le volume du comble, équipé de châssis vitrés et aménageable à la demande, libère une surface habitable complémentaire de 15 à 20 m2. Le système constructif Styltech (3) employé, est composé de poteaux et de poutres en tôle en acier galvanisé plié qui sont assemblés par boulonnage, à l’aide d’équerres. Sur les solives posées sur cette ossature est vissé un plancher en panneaux de contreplaqué marine de 22 mm d’épaisseur, revêtu de Téflon.

Les séparatifs obliques de 30 cm d’épaisseur, revêtus de laine de verre et de placoplâtre, s’élèvent sur deux niveaux, soit 5 m voire même 7 m, au droit du faîtage. Ils soutiennent une charpente métallique à pannes et chevrons, couverte de bacs acier (2,5 cm), d’un complexe isolant (10 cm) et d’un bardage à onde simple en acier laqué gris argenté (4), identique à celui des façades. Côté jardin, les façades, en retrait de 2 m, créent des porches protecteurs accentuant les volumes trapézoïdaux. À l’étage, sur les loggias, s’ouvrent des menuiseries en aluminium anodisé naturel à châssis fixes intégrant un ouvrant. Au rez-de-chaussée, ces mêmes menuiseries sont constituées de 6 ou 9 portes accordéon pouvant se replier de chaque côté, permettant ainsi une ouverture maximale sur l’espace planté, prolongement extérieur naturel du séjour. Et tous les vitrages présentent un film coloré en partie haute, sur 50 cm, reprenant à chaque niveau les deux couleurs de référence des refends. Ce concept offre aux utilisateurs des surfaces d’appartements les plus grandes possibles, tout en générant une économie sur la construction : les surfaces sont de 20 à 30 % supérieures aux habituelles surfaces de référence HLM, pour un prix au m2 de 689,75 € HT.

Composé de 11 logements mitoyens et en duplex, l’îlot 2 prolonge la cité ouvrière existante et borde deux rues élargies à 3,50 m. De mode égalitaire, chaque parcelle offre une surface de 1 200 m2. Le souci des architectes étant de répondre à « une forme archétypale de maison » avec son toit à une ou deux pentes. Pour aboutir à une solution très économique, l’objectif principal du projet repose sur la mise au point d’une solution technique simplifiée et facile à mettre en œuvre. D’où le choix d’un soubassement en béton constitué de refends et de planchers coulés en place et teintés en noir dans la masse. Les voiles, se prolongeant à l’étage, servent d’appui aux fermettes des charpentes en bois. Chaque maison en bande (du 2 au 5 pièces), de 15,30 m de profondeur et de 5,30 à 5,80 m de large, s’élève sur deux niveaux. Côté sud, le jardin est bordé d’une allée menant à l’entrée qui s’ouvre sur le séjour. La cuisine attenante est reliée, à l’arrière, au garage dont la surface de 30 m2 peut devenir une pièce complémentaire.

Des maisons en quête d’appropriation

Un escalier à double volée mène à l’étage où sont distribuées les salles de bains et les chambres ouvrant sur des balcons. L’innovation repose sur un second œuvre volontairement inachevé, afin que les habitants puissent intervenir sur certaines finitions. Ainsi, le cloisonnement minimal prévu peut rester tel quel ou être complété. Au niveau inférieur, le faux plafond absent peut être ajouté ultérieurement. Laissé brut, le plancher en béton sera souvent recouvert d’un plancher flottant en bois. Quant à la cuisine, livrée avec un évier et un plan de travail, elle sera meublée d’éléments modulaires. Les façades à l’étage sont revêtues d’un isolant en laine de verre et d’un bardage en aluminium laqué (5), juxtaposant huit teintes RAL de base. Composées de deux grands coulissants, les menuiseries en aluminium laqué affichent des teintes assorties aux bardages. Alors que celles du rez-de-chaussée sont traitées en bois lasuré, avec quatre châssis vitrés assurant une bonne isolation thermique et acoustique. Ces menuiseries s’ouvrent sur les jardins non clôturés, formant un seul espace vert communautaire de 600 m2. Au final, l’opération de 986 m2 répond aux normes Qualitel, pour un coût d’investissement de 879,18 € HT le m2.

Une approche bioclimatique

Les 14 logements en duplex (du 2 au 5P) de l’îlot 3 se situent au cœur de l’opération. Le socle en béton du rez-de-chaussée est constitué d’une structure porteuse préfabriquée à poteaux (20 x 30 cm) et poutres de 70 cm de haut, complétée de dalles de 25 cm, sur lesquelles est posé un isolant de10 cm et une chape de 5 cm. De 19,45 x 60,25 m, ce soubassement accueille trois grandes serres horticoles (6). Ces ouvrages de 6,40 m de large, composés de fines ossatures en acier galvanisé, s’élèvent à 4,27 m sous faîtage. La travée orientée plein sud est conservée intégralement comme serre et fait office de jardin d’hiver, avec ses trois façades et sa couverture bardées de polycarbonate. Alors que les deux autres travées accolées sont traitées comme « des boîtes dans des boîtes », complètement isolées. Leur ossature étant renforcée par des potelets métalliques, tous les 2 m, reprenant les fermes de la charpente et contre lesquelles sont posés des cloisons en placoplâtre ou des châssis vitrés. Couverte de bardage en acier, la charpente métallique est doublée d’un isolant et d’un faux plafond en placoplâtre. Sachant que les espaces habitables sont découpés en tranches, sur toute la longueur du bâtiment, sur deux niveaux et que les murs séparatifs, disposés en biais, sont constitués de cinq plaques de plâtre.

Chaque séjour, bénéficiant d’une double orientation (traversant ou en angle) ouvre sur la serre et présente un linéaire de façade de 7 m. Il en résulte un emboîtement de volumes qui génère des espaces variés. Le rez-de-chaussée, de 3 m de hauteur sous plafond, abrite tous les garages (de 2,80 m de large) et, alternativement, les espaces de jour et de nuit, suivant des plans différents. Ces garages, isolés et chauffés, peuvent être utilisés autrement. Les façades basses sont équipées de baies vitrées à châssis coulissants doublées de rideaux thermiques composés d’un isolant en laine de mouton et d’un tissu réflecteur en Mylar (face extérieure). L’étage est desservi par un escalier métallique hélicoïdal. Du côté du confort thermique, l’apport solaire dans la serre peut atteindre 80 %, le chauffage d’appoint étant assuré par des radiateurs à gaz individuels. En été, une ventilation haute est assurée par une bande d’ouvrants zénithaux motorisés qui s’actionnent automatiquement dès que la température atteint 24°C. En complément, une ombrière, sorte de vélum horizontal en tissu et bandes d’aluminium, peut être déployée manuellement. De plus, les panneaux coulissants des façades apportent une aération complémentaire.

Des cubes en acier enrobés de végétation

Finalement, l’atout majeur de ce projet est d’offrir des surfaces très généreuses, puisqu’elles dépassent de 40 % les surfaces de référence HLM, voire 50 % si l’on ajoute les jardins d’hiver et les garages, espaces appropriables. Cela pour un coût de construction de 616,75 € HT par m2, pour une surface de 1 569 m2.

L’îlot 4 est aménagé en reprenant le principe du « carré mulhousien ». Trois petits plots de quatre logements sont connectés entre eux par des venelles de 1,20 m de large. Les 12 logements en duplex s’inscrivent dans un carré découpé en quatre parties égales. Au centre, les plans des quatre logements se déploient autour d’un noyau composé des pièces humides qui, ainsi rassemblées, participent à l’économie du projet. Le volume intérieur s’organise autour d’un séjour en double hauteur de 5 m et d’une chambre en mezzanine ouverte, sur lequel peuvent se connecter les autres pièces. Le système Styltech a été choisi, pour sa souplesse d’utilisation. Ainsi, le sol du rez-de-chaussée est constitué d’une dalle en béton, sur le pourtour de laquelle sont posés, par boulonnage, les profilés de 25 cm de large. Ils soutiennent les solives métalliques, support d’un plancher en bacs acier, complété d’une chape en béton coulée (de 6 cm) qui est recouverte d’une résine de couleur grise. Des porte-à-faux de 4 m de débord ou de porches annexables servent d’abri pour les voitures.

Les volumes cubiques s’emboîtent les uns dans les autres et génèrent des morphologies et organisations en plan variées. Ils sont accompagnés de ­cages évidées de 9 m de haut qui surplombent largement les volumes pleins. Ces « topiaires » se composent de montants (de 80 cm) en acier galvanisé revêtus de grillage en fil torsadé qui font office de treillis pour y laisser grimper la végétation. Ils peuvent aussi accueillir des escaliers qui permettent l’accès aux terrasses de l’étage. En effet, l’idée est de « gommer les façades » et d’offrir aux habitants une pièce à vivre complémentaire, totalement ouverte sur l’extérieur. Il s’agit de faire chevaucher les espaces intérieurs et extérieurs, tous évolutifs dans le temps. D’où la mise en place d’une épaisse bande le long du bâti qui est enserrée dans ces ossatures apparentes, ou bien traitée en espace vert de prolongement. Quant aux façades, elles se composent de panneaux sandwich à isolation intégrée et à finition en acier galvanisé lisse qui sont spités sur les montants métalliques de la structure. Ces panneaux intègrent de grands châssis vitrés en aluminium naturel munis de coulissants (2,75 x 2,30 m), les garde-corps métalliques étant positionnés à l’intérieur. Les menuiseries en double hauteur, très vitrées, affichent une verrière de 5 m de haut, ouvrant sur le jardin en partie basse. La surface totale du projet est de 980 m2 et son prix de revient est de 926 e HT par m2.

Boîtes colorées empilées

En pendant de l’îlot 1, le projet sur l’îlot 5 situé à l’extrême sud s’appuie sur l’assemblage complexe de boîtes de dimensions variées. Toutes différentes, les 14 maisons (du 2 au 4 pièces) occupent de généreux volumes sur deux ou trois niveaux. Orienté est-ouest, un refend de 61 m de long découpant la parcelle en deux, permet d’adosser symétriquement les espaces habitables. Suivant des largeurs de parcelles variant de 6 à 8,50 m, chaque logement est traité comme une maison, avec une venelle de desserte transversale, un jardin et un parking. Ce dernier étant suggéré discrètement par une surface couverte de dalles engazonnées, en continuité du jardin. Les logement de plus de deux pièces sont pourvus d’un double accès : un accès direct au rez-de-chaussée et un second au premier étage (sur terrasse) desservi par un escalier droit métallique. Ceci découlant d’un principe d’organisation intérieure reposant sur un niveau bas distribuant une zone nuit, avec chambres et salles de bains. S’élevant systématiquement sur une double hauteur en créant un vide, le séjour peut aussi accueillir une chambre ouverte ou fermée, en mezzanine ou non. Certains « 4 pièces » offrent des volumes sur trois niveaux. Les salles d’eaux et les cuisines sont logées dans des boîtes en excroissance marquées d’une couleur pastel : bleu pour les premières et rose pour les deuxièmes. Alors que celles des séjours et des chambres sont blanches et les rangements, jaunes.

Quant au système constructif, c’est le procédé « Profil du Futur » de Styltech qui est ici employé. Le mur de refend, constitué d’une succession de poteaux métalliques positionnés tous les 50 cm, est revêtu d’un isolant et d’un bardage laqué blanc. Il permet l’accroche des solives des différents planchers recevant les panneaux du plancher en bois de 2 cm et le sol souple en PVC. La toiture se compose de pannes et de chevrons métalliques sur lesquels sont fixés des panneaux isolants gris (5) et des bacs acier laqué revêtus en couverture de bardage gris. En partie visibles, les sous-faces, sont habillées de plaques de bois Triply grises. En façade, l’ossature métallique est recouverte de panneaux sandwich striés isolants (80 cm) en tôle colorée et accueille aussi des menuiseries en aluminium laqué blanc. Les baies vitrées des chambres – avec ouvrants et parties fixes – sont dessinées sur une trame carrée d’un mètre. Alors que les menuiseries des séjours, ouvrant sur les espaces verts, présentent trois ou quatre coulissants, également d’un mètre de large chacun. Percée de trous carrés, la vaste cimaise du mur de refend offre des transparences à travers le bâti. Pour une surface totale de 1 121 m2, le prix au m2 est de 1 025,31 € HT.

L’intérêt de ces cinq opérations est d’offrir aux locataires d’autres modes de vie, avec des possibilités diverses d’appropriation d’espaces internes et externes. D’ailleurs, un suivi sociologique de l’opération sur une durée de trois ans sera mené par le maître d’ouvrage et le Puca.

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