Dossier

5 ARCHITECTURE Un habillage aux formes multiples

Sujets relatifs :

5 ARCHITECTURE Un habillage aux formes multiples

Le stade olympique de Munich (Allemagne), érigé en 1972 par l’architecte Frei Otto, a été récemment réhabilité par l’ajout, en sous-face de la résille métallique, d’une épaisse toile résistante et protectrice. (Doc. Ferrari.)

Qu’elle soit mise en œuvre en toiture ou en façade, la toile peut habiller n’importe quel type d’édifice (habitat, tertiaire, équipement, etc.) et générer des enveloppes aux textures, dimensions et morphologies très variées.

L'architecture dite « métallo-textile » ne date pas d’aujourd’hui, puisque l’utilisation du textile en enveloppe sur les bâtiments remonte aux années 1970. Constitué d’un revêtement multicouche en tissu, ce matériau précurseur était déjà autonettoyant et durable, avec une espérance de vie de vingt ans. Ce type de membrane offrait de nombreuses possibilités de formes, pour des destinations variées.

De nos jours, la toile tendue s’est banalisée et se retrouve en toiture comme en façade d’édifice. Employée comme simple abri de protection du soleil et de la pluie, la membrane peut revêtir aussi bien un auvent, un passage couvert, une halle de marché, que des tribunes de stade, etc. La toile pourvue d’œillets est arrimée à une fine armature métallique de soutien, formée de poteaux, mâts et tirants et tendue à l’aide de sandows. Les pièces d’accastillage étant en acier ou en aluminium.

Les deux derniers Zénith érigés en 2008 à Strasbourg (67) et à Amiens (80) par l’architecte italien Massimiliano Fuksas, en sont une bonne illustration. Chaque édifice, se développant selon un plan ovale (Strasbourg) ou rond (Amiens), est gainé d’une toile orange pour le premier et rouge pour le second, qui délimite l’espace du hall et du déambulatoire et borde les autres fonctions. Les lés de toile en bandes successives superposées sont accrochés à des cerces métalliques, fixées sur des poteaux inclinés. Ces équipements symboliques font office de véritables phares urbains repérables de loin. Et lorsque la toile devient une enveloppe étanche et fermée, elle peut habiller un hangar industriel, une piscine, etc. Si les pays européens détiennent plusieurs fabricants de toiles architecturales, la France, elle, n’en possède qu’un majeur, Ferrari, qui propose une gamme élargie de produits adaptés à la couverture et à la façade. Ce dernier offre comme textile de couverture, le Précontraint, un produitcomposite garanti entre dix et quinze ans et dont la durée de vie est en réalité estimée entre vingt-cinq à trente ans.

Deux grandes familles de textiles

Superposant trois couches différentes, ce textile est le résultat de trois techniques complémentaires. Il comporte un support en polyester très robuste, enduit sur les faces envers et endroit d’un PVC plastifié, qui, classé au feu M2 (ou Eurocode BS2D0) ou M1, peut résister à des différences de température oscillant entre - 40 et  60 °C.

Ce procédé assure l’étanchéité de la toile et évite toute condensation. La stabilité dimensionnelle du textile est ainsi assurée, les panneaux posés conservant leur planéité et leur géométrie d’origine.

Quant au traitement de surface de la toile, il a beaucoup évolué ces dernières années, avec la mise en place en recto verso, pour le Précontraint (1002 T2), d’un vernis en Fluotop T2 à base de PVDF (PolyVinyliDene Fluoride) haute concentration. Ce fluopolymère thermoplastique robuste supporte les rayons ultraviolets et les agents chimiques les plus corrosifs. Cette toile composite antiadhérente a pour action de gommer la pollution atmosphérique et l’incrustation de la salissure, tout en nettoyant la surface traitée de manière efficace. Elle est fournie en rouleaux de 2,70 m de largeur en moyenne, la longueur variable pouvant atteindre 500 m. Collectée en fin de vie, elle est également recyclable (technologie Texyloop) et donc écologique. Reprenant les efforts, c’estun matériau performant qui permet de grandes portées et réduit par là même les structures secondaires. De plus, cette toile offre une grande liberté conceptuelle aux architectes, en raison de son esthétique intrinsèque et de sa haute capacité de pénétration de la lumière naturelle, créant ainsi des transparences au sein des espaces intérieurs. Les formes imaginées s’appuient le plus souvent sur trois types de base, à savoir : le cône, la selle de cheval et l’hyperboloïde parabolique. Sachant que l’ossature secondaire de maintien de la toile peut être réalisée, au choix, en pièces d’acier ou de bois lamellé-collé, le métal étant majoritaire.

Une grande liberté conceptuelle

De plus, cette technologie pointue s’avère être bien adaptée à des projets de réhabilitation. D’ailleurs, le stade olympique de Munich des Jeux olympiques de 1972, réalisé à l’époque par l’architecte allemand Frei Otto, a fait l’objet, en 2009, d’une rénovation intérieure de sa toiture. La structure légère tendue comprend une résille métallique sophistiquée qui a été doublée de toile Précontraint 1002 S (Ferrari), posée en bandes longilignes décollées de l’ossature et épousant les courbes du chapiteau. Dans le même ordre d’idée, le projet de l’Espace de musiques actuelles (EMA) de La Rochelle (Charente-Maritime), en cours de chantier, reconvertit un ancien hangar de douanes portuaire. Conçu par l’agence Construire, Patrick Bouchain, Loïc Julienneet Chloé Bodart architectes, l’édifice en moellons, surélevé d’un niveau pour loger une salle de spectacle de 1 000 places, intègre également des studios de répétition et un bar. Culminant à 28 m, l’ouvrage est couvert d’une nouvelle charpente métallique formée de sept fermes treillis en arcs, reliées entre elles par des tubes. Sur cette coiffe est fixée et tendue 2 300 m2 de toile bicolore jaune et bleue en Précontraint 1202 S2 (Ferrari) qui redescend sur la façade arrière. Ce capotage étant maintenu par sept potelets rouges. Par ailleurs, concernant l’habillage en façade, la société Ferrari propose, depuis cinq ans un autre type de toile, le Stamisol FT 381 en polyester PVC ou le Stamisol FT P35 tissu de verre PTFE (Téflon), limitant les déformations du matériau. À partir d’une palette de 27 coloris, ce textile ajouré ou plein, qui est tendu sur des cadres en profilés d’aluminium, peut être calepiné et posé horizontalement ou verticalement, sur une ossature de soutien. Tel un bardage rapporté, les panneaux de 2,50 m de largeur par 2,50 à 6 m de longueur sont utilisables sur tout type de bâtiment.

Un support d’impressions graphiques

Il est également destiné à des opérations de rénovation de bâtiments anciens, en raison de sa légèreté qui facilite sa pose en façade. Sa teinte souvent grise apporte une lisibilité accrue de l’intérieur vers l’extérieur du bâtiment, sans obstruer les baies vitrées.

Ce matériau souple permet de réaliser un entoilage à plat, ou bien d’ajouter des formes en relief ou en courbes. Ce support offre un autre avantage avec la possibilité de personnaliser graphiquement le panneau, par l’impression, en face externe, d’un motif en sérigraphie ou à jet d’encre. Quant au centre culturel Carré Léon-Gaumont, érigé à Sainte-Maxime (Var) en 2008, il couvre une surface de 5 265 m2 et comprend un espace d’accueil, une médiathèque, une salle de spectacle de 482 places, trois salles de cinéma, des bureaux et une cafétéria. Réalisé par l’architecte Jean-Pascal Clément, le grand parallélépipède de 74 m de longueur, 58 m de largeur et 16,20 m de hauteur comporte trois façades vitrées, la quatrième étant adossée à une falaise. Les trois façades sont dotées d’une structure en acier sur laquelle sont greffés trois panneaux de textile Stamisol FT 381 (Ferrari). Le plus grand panneau mesure 6 x 70 m et les deux autres, 6 x 42 m. Fixées sur des cadres d’acier accrochés à la charpente, ces cimaises entoilées ont été imprimées avec plusieurs lignes de mots blancs. Cet emballage textile transparent, qui possède une double fonction de brise-soleil et de support de signalétique, génère une ambiance tamisée dans les espaces intérieurs.La mise en œuvre de cette peau n’a duré que deux semaines, avec une équipe de quatre personnes et huit, pour le levage. Résultat, la souplesse de mise en œuvre de ce matériau malléable à volonté s’adapte à tout type d’édifice, construit de façon temporaire ou permanente. D’où sa capacité à évoluer dans le temps et à changer de texture ou de teinte, au gré des desideratades concepteurs et des besoinsdes usagers.

Nous vous recommandons

Stabiliser le terrain

Dossier

Stabiliser le terrain

En raison de la multiplication des sécheresses, le phénomène de retrait-gonflement des argiles menace les constructions légères. La conception des maisons neuves doit désormais suivre certaines mesures de sécurité.Le risque concerne...

Le shopping autrement

Dossier

Le shopping autrement

Greenwood, Strasbourg (67)

Dossier

Greenwood, Strasbourg (67)

Supporter les secousses

Dossier

Supporter les secousses

Plus d'articles