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4 NOUVELLES TECHNOLOGIES Les multiples facettes du multimédia

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4 NOUVELLES TECHNOLOGIES Les multiples facettes du multimédia

Pour le musée de la Présidence du Portugal, les architectes portugais RBD.APP, avec la société belge De Pinxi, ont pris en compte, dès la conception, lumière et espace entre les écrans tactiles et les surfaces de verre et de marbre. (Doc. De Pinxi.)

Les contraintes spécifiques posées par l'installation d'équipements multimédia et audiovisuels doivent de préférence être prises en compte dès la conception.

Le multimédia fait référence à des réalités très disparates, depuis les écrans discrets, tactiles ou non, parfois juxtaposés aux collections du musée, jusqu'aux shows audiovisuels proches du parc d'attraction, confortablement installés dans des espaces dédiés et isolés. Pour les dispositifs avec collections, le positionnement dans l'espace doit être soigneusement pensé, avec un rapport intelligent entre la luminosité de l'écran produisant de la lumière et la vitrine éclairée, accompagnée d'une réflexion sur la sonorisation. « Malheureusement, nous arrivons souvent après la définition du concept muséographique, confie Roger Labeyrie, spécialisé en ingénierie des systèmes de communication audiovisuelle. Or, le concept doit être global et intégrer les installations multimédia, ne serait-ce que sur le plan spatial. » Un avis partagé par Patrick Besenval, scénographe et PDG de XLargo (société de distribution de films en formats spéciaux) : « Dans les appels d'offres, la pluralité de compétences est primordiale. Ainsi, la dimension technique, spécifique à l'audiovisuel, est indispensable au stade de la mise en œuvre mais primordiale aussi dès la conception. » Les questions utiles sur la disposition spatiale, la sonorisation, l'éclairage mais aussi les réseaux, les locaux techniques, les circulations... doivent être posées au plus tôt. « Les deux méthodes qui ont fait leurs preuves sont, soit un appel d'offres conjoint, soit un espace assez grand et modulaire qui puisse être remodelé en fonction de la scénographie », ajoute Philippe Chiwi, directeur de De Pinxi, spécialisée dans les images interactives.

Éclairage : un point crucial

Pour les installations de petites dimensions, bornes multimédia, écrans tactiles ou vidéo, fixés sur les murs ou sur un mobilier, la miniaturisation du matériel a changé la donne. Auparavant, il était jugé préférable de créer une régie climatisée par zone afin d'installer les serveurs à proximité des écrans d'affichage. Le but était de minimiser le câblage son, vidéo, télécommande... Maintenant, une prise électrique suffit, et, outre l'écran, le mobilier accueille un ordinateur silencieux et ventilé avec son lecteur de données. Le réseau (qui peut être sans fil de type WiFi), ne sert que pour allumer et éteindre la borne, pour vérifier à distance son bon fonctionnement ou pour synchroniser plusieurs machines entre elles. En revanche, l'éclairage demeure crucial. Par exemple, Roger Labeyrie s'est trouvé face au cas d'une collection éclairée par une belle lumière du jour zénithale mais les écrans suffisamment lumineux pour être visibles étaient hors budget.

Le scénographe Frédéric Ravatin, de Creatime (agence d'ingénierie culturelle), relate pour sa part le cas de la projection audiovisuelle du musée archéologique du Château de Mayenne (1), juxtaposée aux collections. « Nous avons travaillé avec l'architecte pour temporiser la lumière, en mettant sur les ouvertures de type Renaissance, des rideaux et des rails au plafond avec des accroches discrètes. Quant aux vidéoprojecteurs, nous n'avons pas cherché à les dissimuler, et ils sont demeurés visibles dans l'espace, sans capote, ce qui se révèle être à l'usage le moins choquant pour les visiteurs » explique-t-il. Côté son, l'installation multimédia doit être discrète et directionnelle, avec, par exemple, des enceintes au sol. Les canons à son savent émettre de la parole avec une directivité de quelques degrés. « Résultat, la sonorisation de nos installations du musée du Quai Branly est si directionnelle, ajoute Roger Labeyrie, qu'elles deviennent invisibles dans le brouhaha : il a fallu les rendre identifiables, par exemple par un marquage au sol. Le même problème s'est posé avec les écrans qui se déclenchent au passage du visiteur. » En revanche, pour la musique, il est malaisé d'être directif du fait de la restitution des basses et il est nécessaire d'avoir recours à des matériaux absorbants.

Quant aux écrans de plus grandes dimensions, avec vidéoprojection, « hormis l'ergonomie d'accueil au public et de la sécurité, les points essentiels restent les réseaux et le local technique, les trajets optiques et la pollution sonore », résume Philippe Lemaire, chef de projet chez ETC. «Et notre rôle est de concevoir les espaces et la programmation technique, les dimensionnements corrects du bâtiment, de spécifier les files d'attente protégées, mais aussi de définir une gamme d'équipements avec des performances cible », renchérit Frédéric Ravatin. En particulier, un vidéoprojecteur sera défini par sa luminosité, son contraste, sa résolution native et affichée, mais aussi sa technologie (LCD, LCoS, mono ou tri-DLP), son optique, sa connectique, son encombrement, son poids...

Rétroprojection : recul nécessaire

La vidéoprojection (parfois multiple pour les écrans de grandes dimensions) est généralement frontale, mais les vidéoprojecteurs doivent alors être situés en hauteur pour éviter que le faisceau ne soit coupé par un spectateur. Le recours à la rétroprojection nécessite de disposer de recul derrière l'écran. Certaines installations exploitent des supports de projection horizontaux, comme les tapis d'images interactifs, qui réagissent aux pas des visiteurs, les maquettes en volume ou les sphères autour desquelles circulent les visiteurs. Les vidéoprojecteurs sont alors zénithaux et suspendus au plafond mais il est rare que la hauteur soit adaptée. Trop haute, il faut les suspendre de manière élégante, trop basse, il faut positionner des miroirs pour conserver une distance optique suffisamment grande entre le projecteur et le support, en fonction de l'angle d'ouverture du faisceau.

« Pour assurer une bonne luminosité à l'image, dans un bâtiment existant, il est souvent nécessaire de déplacer les éclairages, d'occulter ouvertures et verrières, ou de peindre en noir, confie François Tourny, scénographe spécialisé en ingénierie audiovisuelle. Et, dans le cas d'une grande hauteur, sans plafond ni structure existante pour accrocher les vidéoprojecteurs, il faut les suspendre par des haubans. Chaque cas est différent. »

L'éventail des possibles est illustré par l'attraction du cinéma en relief et interactif, développée par Total Immersion, à Tomorrow City, en Corée du Sud. Les spectateurs sont eux-mêmes filmés et mis en scène en temps réel à l'intérieur du film projeté. « Cela a exigé un travail complexe de l'éclairage de la salle, détaille Nicolas Bapst, chef de projet. L'éclairage des spectateurs devait être suffisamment intense pour pouvoir les filmer correctement, mais assez tamisé pour ne pas perturber la lisibilité de l'écran de projection. La maîtrise de la lumière est primordiale pour assurer la qualité d'une expérience de réalité augmentée de ce type. » Quant à la sonorisation, la priorité est souvent d'éviter la contamination du reste de l'exposition. « Ainsi, s'enthousiasme Philippe Chiwi directeur de De Pinxi, notre théâtre interactif 3D " Back to Bagacum", situé dans le musée archéologique de Bavay, a bénéficié d'un sas acoustique soigné, un couloir avec des matériaux absorbants, qui nous a permis de mettre des enceintes ultrabasses. Pourtant, le bâtiment en marbre résonne facilement. » « En revanche, au musée de la Déportation, l'attraction multimédia (dans un espace insuffisamment clos), trop bruyante, perturbe le musée, même avec un volume sonore minimal », relate Philippe Lemaire.

Des surcoûts pour l'adaptation

Mais il est fréquent que l'installation se fasse dans un bâtiment historique ou dans un neuf déjà livré. Certes, en présence de locaux inadaptés, les intégrateurs d'installations audiovisuelle ont des solutions de repli, en adaptant le chemin des faisceaux avec des miroirs, en utilisant des projecteurs et des lentilles spéciales, et en jouant avec des corrections logicielles pour redresser les parallaxes et régler les décalages. Mais cela induit un surcoût. De même, l'intégration des réseaux dans le bâti classé nécessite de trouver des astuces de camouflage, en passant dans les joints, ou en mettant de fausses moulures. Les locaux techniques s'avèrent souvent trop confinés. Du matériel miniaturisé, ou déporter sur une longue distance le matériel (avec du fibre optique) peut constituer une autre solution, avec surcoût. Enfin, les vidéoprojecteurs peuvent souffrir d'un environnement mal chauffé ou mal climatisé, leur plage de fonctionnement optimum se situant entre 15 et 25 °C.

L'utilisation de technologies comme la vision relief ou la réalité augmentée peut entraîner de nouvelles difficultés. Pour le Futuroscope, Total Immersion a développé une attraction inédite de réalité augmentée. Les visiteurs circulant sur un petit train peuvent observer, à l'aide de jumelles, des représentations virtuelles d'animaux du futur intégrées en temps réel dans les décors parcourus. La capture de la position et des mouvements de la jumelle, nécessaire pour caler précisément les animaux virtuels dans les décors réels filmés, se fait magnétiquement. Or, cette technique précise de mesures est perturbée par la structure métallique du bâtiment. Le prestataire a dû développer une correction logicielle en temps réel de la capture, à partir d'une représentation simplifiée de la structure métallique. « En revanche, précise Nicolas Bapst, pour une attraction similaire faite en Corée du Sud, nous avons été présents plus tôt et avons pu choisir le bon endroit du bâtiment pour installer notre attraction, et éviter les perturbations magnétiques sur la capture de mouvements. »

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