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4. HYDROCARBURES Excavation totale pour construire des logements

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4. HYDROCARBURES Excavation totale pour construire des logements

Afin de faciliter le chargement, les géomètres tracent les repérages du plan de dépollution. L'excavation des terres est ensuite réalisée par maillage (10 x 10 m), avant l'évacuation en décharges agréées. Le chargement s'effectue à l'aide d'une « pelle à chenilles » et d'une semi-benne.

Pollué aux métaux lourds et aux polychlorobiphényles (PCB), le sous-sol de cet ancien site d'EDF nécessitait un traitement complet. Après une analyse des polluants et de leurs concentrations, les terres ont été excavées puis traitées dans deux centres différents.

En 2000, les travaux sur l'ancien site EDF d'Arcueil (Val-de-Marne) ont permis de repérer des pollutions dans le sous-sol de la future zone d'activité commerciale. Ce n'est qu'après avoir localisé les installations potentiellement polluantes - telles que des lignes électriques souterraines de 63 et 15 kW et des transformateurs utilisant des liquides de refroidissement - que le plan d'implantation des sondages a été validé par EDF. L'origine des pollutions se retrouve dans l'histoire du site et l'acquisition des terrains par Est Lumière en 1924. Le poste de transformation 15 kW installé en 1925 a été déplacé en 2005. Les transformateurs contenant des PCB installés en 1944 ont été démantelés en 1967.

Pour réaliser le diagnostic, les sols ont été inspectés avec un détecteur à photo-ionisation (PID) à lampe UV, fonctionnant par ionisation des produits organiques volatils, tels que le benzène et le trichloréthylène. Cet instrument donne une évaluation quantitative des concentrations en polluants à partir des échantillons de sols prélevés, dont les caractéristiques organoleptiques semblent suspectes. Par exemple, la présence de sols présentant une coloration noire (d'aspect plus ou moins huileux) et des anomalies de concentration en hydrocarbures à proximité de transformateurs ou de câbles à huile, fut détectée au PID. Par ailleurs, les résultats des sondages mécaniques ont mis en évidence des teneurs en hydrocarbures totaux de 3 640 mg/kg, soit une valeur supérieure à la Valeur de définition de source sols (VDSS) qui s'élevait à 2 525 mg/kg pour ce type de polluants. Dans le même temps, les ana­lyses d'échantillon des remblais argileux, sur une profondeur comprise entre 1 et 2 m, ont mis en évidence des concentrations en métaux lourds supérieures à la VDSS pour le cuivre (650 mg/kg > 113 mg/kg) et à la Valeur de constat d'impact (VCI) pour le plomb (2 497 mg/kg > 2 000 mg/kg). La présence d'arsenic dans les sols a été mesurée dans les remblais, sur une profondeur de 3 m. Le diagnostic complémentaire a confirmé la présence de sol d'aspect huileux et des concentrations en polychlorobiphényles (PCB), comprises entre 350 à 870 mg/kg. Au total, les zones polluées représentaient 8 780 m2.

Le Réseau de transport d'électricité (RTE) a alors chargé ICF Environnement d'évaluer les risques sanitaires, à partir du dernier usage industriel du site. Résultat : si les risques sont acceptables pour des espaces verts et une future zone tertiaire, ils ne le sont plus pour un usage résidentiel. Il a alors été nécessaire de préciser les zones d'extension des polluants identifiés et d'optimiser l'étude technico-économique. La société Antéa a donc été chargée par la Sadev 94, acquéreur du site, de mener des investigations complémentaires. Des risques cancérigènes supérieurs aux valeurs de référence ont alors été mis en évidence, lesquels étant essentiellement liés à l'ingestion des sols contaminés. Afin d'assurer la compatibilité sanitaire du site avec un usage résidentiel, ICF a donc exigé le recouvrement des sols nus contaminés à l'arsenic, soit par 50 cm au minimum de terres propres et saines, soit par une couverture d'enrobé, qui élimine ainsi les contacts directs avec les sols contaminés. Les terres contenant des métaux lourds ont donc été confinées sur place.

Tri visuel des terres polluées

Concernant les hydrocarbures, la première étape a été d'analyser les échantillons de sols collectés par les laboratoires agréés du Meeddat et d'effectuer des diagnostics complémentaires. La contamination ponctuelle par hydrocarbures n'ayant pas été identifiée lors des sondages, un tri visuel a été nécessaire. En centre de stockage de déchets, chaque décharge a dû valider la conformité des analyses d'après arrêté préfectoral distinguant précisément chaque filière différente, avant de signer le bordereau de suivi des déchets (BSD). Après quoi, le représentant du site a pu accepter les terres polluées et délivrer un CAP (Certificat d'acceptation préalable).

Le maillage du terrain (10 x 10 m) a permis d'identifier les polluants par zones et de mettre en place leur évacuation. Après validation du plan de dépollution par le maître d'œuvre, un dossier fut constitué auprès de chaque filière proposée afin d'obtenir le CAP nécessaire à toute évacuation de terres polluées. Le chargement et le transport ont été réalisés sous la responsabilité de l'entreprise Cosson. Les terres excavées ont été acheminées vers les deux centres de stockage, répartis suivant leur classe : le Biocentre de Biogénie à Echarcon (Essonne) et le centre de stockage de déchets de Cosson à Champlâtreux (Val-d'Oise) pour les déchets non dangereux. Ces opérations se sont déroulées sur deux mois, d'octobre à novembre 2006. Sur le site d'Echarcon, le traitement des sols consiste en un traitement biologique en bio-tertres bâchés sous aération forcée continue (par aspiration et insufflation simultanées), avec ajout de bactéries exogènes, de nutriments (engrais) et sans ajouts d'éléments structurants.

Les mesures relatives à l'hygiène sur le chantier ont été préparées pour le projet d'après les directives du guide intitulé « Hygiène et sécurité sur les chantiers de réhabilitation des sites pollués », publié par l'Ademe, l'INRS et le Meeddat.

Une fois le terrain dépollué, l'implantation de la résidence de 102 logements de type F2 à F5 a été construite sur le principe structurel des cités-jardins. Tirant parti des travaux de dépollution, l'architecte a opté pour un système constructif en trame. Cela a permis à la fois d'économiser un surcoût de construction en structure et d'équilibrer le coût des études et des travaux de dépollution. Ces derniers représentent finalement 1,5 MS, pour un coût de construction de 13 MS. La dépollution a permis de s'affranchir des contraintes d'étanchéité pour la majorité des espaces intérieurs, qu'ils soient publics ou privés. Les surfaces imperméabilisées ont été affectées à des espaces plantés.

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