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3 VERRE La transparence d’un verre antidérapant sérigraphié

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3 VERRE La transparence d’un verre antidérapant sérigraphié

Structure et tablier en acier supportant une association de pierres locales et de verre. (Doc. Saint-Gobain.)

Cet ouvrage de 92 m de portée, à une seule travée, surplombe le Grand Canal de Venise à une dizaine de mètres de hauteur. Conçu par l’architecte et ingénieur catalan Santiago Calatrava, il est constitué d’une ossature acier habillée de matériaux emblématiques de la Cité des Doges : verre et pierre d’Istria.

Environ onze années de gestation auront donc été nécessaires pour doter la ville de Venise d’un quatrième ouvrage (1) de franchissement ! La passerelle piétonne, imaginée par l’architecte et ingénieur catalan Santiago Calatrava, a en effet été inaugurée en septembre 2008, alors que le projet initial remonte à 1997.

Il a fallu vaincre tout d’abord les conservatismes locaux et nationaux, de nombreux organismes officiels et associations de défense du patrimoine en tout genre, s’opposant à la modernité du geste architectural, tandis que les travaux, débutés en 2002, furent interrompus plusieurs mois en raison de différends contractuels ayant surgi entre les entreprises. Le projet a néanmoins résisté, mais au prix de modifications – la plus importante étant l’aménagement d’un dispositif de franchissement destiné aux personnes à mobilité réduite – qui ont considérablement alourdi la facture initiale (2).

300 marches de verre différentes

Dans la pratique, la nouvelle passerelle enjambe donc le Grand Canal à une dizaine de mètres de hauteur, dans sa partie centrale, en reliant la gare ferroviaire de Santa Lucia au terminal des bus de Piazzale Roma, en évitant ainsi aux piétons de longs détours. Seulement sept minutes sont désormais nécessaires pour relier ces deux points.

• Il s’agit d’une structure élancée très légèrement courbe à une seule travée, de 92 m de longueur et 9,50 m dans sa section la plus large, alliant modernité et tradition « puisque le tablier en acier supporte des infrastructures en matériaux typiques de Venise », explique Giulio De Gregorio, directeur général de VIS (Vetreria industriale Saint-Gobain), à savoir verre et pierred’Istria, « la pierre de la Cité des Doges ».

• L’ossature métallique, formée de trois éléments préfabriqués – une partie centrale d’environ 250 t (55,20 x 9,05 m) et deux claveaux latéraux (15,00 x 7,90 m) de 85 t chacun – repose en effet sur des culées béton revêtues de pierre d’Istria, tandis que les 300 marches (150 à droite et 150 à gauche) en verre (soit 39 t) sont séparées par un tapis central minéral, constitué du même matériau, qui s’amenuise au fur et à mesure de la progression vers la clef de l’ouvrage. Première conséquence évidente : « toutes les marches ont des dimensions différentes, leurs longueurs variant de 1,5 à 3,5 m », explique Giulio De Gregorio.

Croisière délicate pour le tablier

La première grosse difficulté fut d’acheminer les trois pièces du puzzle métallique géant jusqu’au chantier, celles-ci étant véhiculées depuis le port par voie fluviale.

L’opération de transport de l’élément central s’est avérée, bien entendu, la plus délicate, l’embarcation et son chargement étant trop volumineux pour passer sous le pont de la Liberté qui relie Venise à la terre ferme.

Le convoi a ainsi dû contourner la ville en remontant le Grand Canal et donc passer sous les trois ouvrages le franchissant (la passerelle de Santiago Calatrava se situe la plus en amont). Le passage sous le pont du Rialto se révélant l’étape de progression la plus spectaculaire. Seuls quelques centimètres séparaient en effet le convoi du tablier de l’ouvrage, l’entreprise Fagioli profitant de la marée basse pour passer sous la voûte en pierre.

Une fois parvenue à destination, environ quatre heures auront été nécessaires pour mettre en place l’élément de 250 t à partir de la péniche équipée d’un système de levage par vérins – la vraie difficulté structurelle du projet résidait de par la constitution même de la passerelle. « La combinaison de verre, de pierre et d’acier engendrant toutes les contraintes que l’on peut imaginer, quand se côtoient un matériau élastique, tel que l’acier et des matériaux rigides, tels que le verre ou la pierre », explique Giulio De Gregorio.

En fait, le nombre important de marches a été dicté par les tolérances minimales du verre. L’objectif étant de réduire au maximum la dilatation de celui-ci, en combinant tous les efforts (longitudinaux, transversaux et en torsion) qui se produiront durant la vie de l’ouvrage.

Verre sérigraphié antidérapant

Chaque marche vient ainsi s’insérer entre quatre profils métalliques en L. Toute la problématique ayant donc été de calculer précisément la distance minimale entre l’élément verrier et la partie verticale du L, pour que les efforts de dilatation n’entraînent pas la rencontre des deux matériaux et donc le risque de rupture du verre. La partie courte du L devant être par ailleurs suffisamment large pour que la marche demeure maintenue dans son logement.

Les marches sont constituées de quatre vitrages trempés et feuilletés SGG Stadip Protect (voir encadré), chacune des feuilles de 10 mm d’épaisseur étant assemblées entre elles au moyen d’un intercalaire de Polyvinyle butyrale (PVB) de 1,52 mm d’épaisseur. « La dernière couche de verre, moins large que les précédentes, comporte une sérigraphie antidérapante en surface pleine, spécialement étudiée pour l’ouvrage, précise Giulio De Gregorio. Des essais, réalisés par un laboratoire indépendant, ont été par ailleurs menés, afin de vérifier sa durabilité et le maintien de ses propriétés antidérapantes dans les conditions très particulières de Venise, à savoir celles d’un environnement de type marin. »

• Les parapets de l’ouvrage sont également en verre feuilleté – 2 vitrages SGG Stadip Protect, trempés et feuilletés, assemblés par un intercalaire de 1,52 mm de PVB – les 90 éléments constitutifs (45 de chaque côté, l’ensemble représentant un poids total de 17 t) étant tous, là encore, en raison de la forme particulière de l’ouvrage, de dimensions différentes. Ils sont liés à la structure métallique au moyen de fixations mécaniques, une garniture élastomère assurant l’interface entre le verre et la partie métallique. « Nous avons étudié la dureté Shore de l’élastomère, souligne Giulio De Gregorio. Les deux parapets étant susceptibles d’avoir des mouvements transversaux et longitudinaux. »

Ils sont par ailleurs revêtus d’une main courante en laiton, à l’intérieur de laquelle sont placées des Led participant à l’illumination globale de la passerelle. Les marches étant, quant à elles, éclairées par un système de luminaires positionnés en dessous.

N°301

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