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3 ventilation Prise en compte obligée de la qualité de l'air

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3 ventilation Prise en compte obligée de la qualité de l'air

La maison passive construite par Vision Eco Habitats à Carros (Alpes-Maritimes) est équipée d'un combi Viessmann avec ballon d'eau chaude solaire et VMC 2F avec pompe à chaleur réversible chaud froid. (Doc. Vision Eco Habitats.)

Le confinement extrême de l'habitat passif nécessite d'être particulièrement vigilant lors de la mise en place d'une ventilation. Elle doit être d'une qualité optimale et soigneusement entretenue.

L'habitat passif est conçu comme une bouteille thermos. Son étanchéité poussée fait qu'il existe très peu de ventilation traversante due à la porosité naturelle des parois. Si la ventilation mécanique se révèle insuffisante, de la condensation peut rapidement se former, des moisissures se développer et des problèmes d'hygiène apparaître. « Plus grave, en Allemagne, certains concepteurs recyclaient l'air intérieur afin d'améliorer la performance énergétique, en particulier lorsqu'il fait froid. Du coup l'air de la cuisine (avec ses odeurs) était recyclé et envoyé dans les chambres, ce qui n'est pas la panacée », dénonce Jacques Allier, architecte de l'agence Allier-Myotte. Le recours à un puits canadien insuffisamment étanche et mal conçu peut aussi entraîner son propre cortège de nuisances. L'entrée involontaire de matières organiques (terre, feuilles), couplée à des infiltrations d'eau, favorise la prolifération de bactéries, générant un air vicié.

Mais le principal problème rencontré dans les réalisations passives vient d'une sous-ventilation mécanique. « Une opération immobilière passive comportant plus de cent logements à Utrecht (Hollande) est ainsi devenue tristement célèbre. Les occupants se sont plaints de problèmes de maux de tête et de fatigues. L'étude faite a montré que la filière complète - conception et chantier - avait fait défaut », affirme l'architecte belge Sebastian Moreno-Vacca,

Maîtrise et contrôle des échanges d'air avec l'extérieur

Dès la conception, l'installation avait été sous-dimensionnée avec des gaines trop petites. L'extraction de l'air vicié avait été conçue trop proche de la diffusion d'air frais, limitant le renouvellement d'air dans les pièces. Par ailleurs, du fait de la présence d'une ventilation mécanique, le promoteur a cherché à économiser sur les fenêtres en les laissant fermées. Enfin, les gaines de ventilation étaient sales avant même d'être utilisées, car elles étaient demeurées ouvertes pendant les travaux. Elles n'avaient pas été nettoyées de toutes les poussières du chantier accumulées.

Pourtant, ajoute Jacques Allier, architecte de l'agence Allier-Myotte : « Il existe des normes de débit de ventilation, qui sont réglementaires, et qui suffisent lorsqu'elles sont respectées pour assurer la qualité de l'air dans la maison passive. Évidemment, il faut une VMC double flux avec un échangeur thermique efficace à plus de 80 %, qui peut être complétée par un puits canadien. » Outre l'échange de calories, l'intérêt vient d'une maîtrise et d'un contrôle des échanges d'air avec l'extérieur, quelles que soient les conditions climatiques environnantes. Avec un fonctionnement correct de la VMC, la qualité de l'air intérieur filtré s'avère même meilleure que dans une maison classique. Par ailleurs, du fait de l'absence de ponts thermiques et de l'existence de membranes d'étanchéité à la vapeur, les surfaces intérieures des parois extérieures sont suffisamment chaudes pour que la condensation n'ait pas lieu.

Soigner l'acoustique des équipements

Un autre aspect du passif concerne l'acoustique. L'étanchéité de l'enveloppe crée une ambiance cocon, où les bruits de l'intérieur paraissent amplifiés. Il faut donc veiller à réduire les nuisances sonores dues aux équipements, avec des amortisseurs de bruit dans les amenées d'air frais, un socle insonorisant pour la VMC, des ventilateurs et des caissons de répartition silencieux, une vitesse de l'air dans les conduits inférieure à 2 m/seconde, etc. « Chez Terra Cités, résume l'architecte Dorothée Fremont, nous considérons que le confort doit être pensé comme un tout. Outre la ventilation, il faut soigner l'acoustique des équipements mais aussi éviter les matériaux qui dégagent des COV, comme les peintures et les meubles contenant des colles ou des laminés. Par ailleurs, il faut veiller au risque d'absence de luminosité due à la forme compacte et aux ouvertures réduites de la maison passive. » Enfin, les occupants doivent avoir la latitude de créer eux-mêmes de la ventilation naturelle complémentaire en ouvrant les fenêtres. L'équipement le plus sophistiqué ne peut pas anticiper tous les cas de figure, ni tous les dysfonctionnements. Si l'air est sain et que tout fonctionne correctement, l'occupant aura moins le réflexe d'ouvrir les fenêtres. C'est une des leçons tirées des expériences passives les moins réussies : autant d'efforts sont nécessaires sur le changement de comportement des occupants que sur la conception de l'installation. Les expériences terrain ont pu mettre en évidence un certain nombre de principes indispensables pour obtenir une ventilation de qualité. Dès la conception, les ingénieurs doivent la dimensionner correctement, avec un débit minimum de 30 m3/heure par personne. Le débit d'extraction peut varier en fonction de l'usage des pièces, par exemple 40 m3/h pour un fumoir et des salles de bains, voire 60 m3/h pour les cuisines.

La VMC peut posséder plusieurs réglages de débit à choisir en fonction du nombre de personnes présentes dans la maison. Les bouches d'aspiration de l'air vicié (plus chaud) sont à poser en hauteur (plafond ou mur) pour être efficaces, et les plus proches des sources d'odeurs. La hotte avec filtre à charbon est une solution pour ceux qui ne veulent pas relier la hotte aspirante de la cuisine à la VMC, afin de ne pas entraîner de matières grasses dans la ventilation. Les bouches d'air frais peuvent être placées aussi bien au plafond, au mur ou au sol, mais il faut anticiper le fait que l'usager peut en condamner une en installant un meuble inconsidérément. Pour une bouche, un bon emplacement est au-dessus d'une porte et face aux baies vitrées pour le séjour. Dès le départ du projet, le circuit du réseau de ventilation doit être conçu pour être le moins long et le plus droit possible. Les parois intérieures doivent être lisses pour moins accrocher la poussière et diminuer les pertes de charges. Le réseau est souvent en forme de pieuvre avec caissons d'extraction et de distribution. Les prises d'air extérieur sont à éloigner des rejets d'air vicié et si possible de sources de pollution, comme le trafic automobile par exemple. Dans le climat froid, un dégivrage doit être prévu pour réchauffer l'air en entrée à moins de 5 °C. Quant à un éventuel puits canadien, certaines précautions sont aussi à prendre afin d'éviter les nuisances potentielles. Les tuyaux (avec traitement antibactérien) doivent être installés avec une pente de 2 à 3 % pour éviter la stagnation de l'eau, et les condensats qui peuvent atteindre plusieurs litres par jour doivent être récupérés et pompés au point le plus bas.

Prise de conscience de la profession

Car les études montrent qu'actuellement près de 40 % des installations de ventilations installées dans le neuf ne seraient pas conformes. Et renchérit Sebastian Moreno-Vacca : « Il est nécessaire d'être vraiment attentif, surtout pour les bâtiments domestiques. L'électricien n'est pas toujours expérimenté pour installer une petite VMC, avec des gaines au plafond. Ces travaux peuvent aussi être pris en charge par le plombier, s'il apprend à faire l'aéraulique. Mais des dysfonctionnements sont fréquemment constatés, comme l'absence de branchement des grilles sur la gaine, ou une gaine écrasée, lors de la mise en place des plaques de plâtre du plafond. »

En France, la qualité d'installation de ces systèmes connaît des problèmes récurrents, dus à l'absence de lot ventilation, parfois couplé à l'électricité, la peinture ou la plomberie. Le groupe d'extraction est parfois installé par l'électricien et les entrées d'air par le menuisier, entraînant des erreurs. C'est d'autant plus un problème que la tendance est non seulement au double-flux mais aussi aux systèmes compacts ou combinés multifonction, assurant ventilation, chauffage et eau chaude sanitaire, parfois couplés à un puits canadien ou à des panneaux solaires thermiques. Ces installations viennent poser des problèmes plus complexes de raccordement et de programmation. « Cette situation nouvelle nécessite une prise de conscience de la part de la profession, confie Anne-Marie Bernard, ingénieure au BE Allie Air, la démarche qualité est une des voies pour encourager et former les intervenants sur le chantier à de nouvelles méthodes. »

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