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3 LUMIERE NATURELLE Comment la valoriser et la contrôler au mieux

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3 LUMIERE NATURELLE Comment la valoriser et la contrôler au mieux

Dans les musées, il est nécessaire de travailler l'entrée de la lumière naturelle, tout en protégeant les œuvres des rayons directs. (Doc. H. Binet/Communauté française Wallonie-Bruxelles.)

Utiliser l'éclairage naturel pour valoriser les œuvres exposées est aujourd'hui une évidence. Cette approche implique une conception particulière car la plupart des œuvres risquent d'être dégradées par les rayons solaires.

Dans un musée, la lumière naturelle peut être un atout pour valoriser les œuvres. Elle peut aussi représenter un danger. Pour l'architecte Emmanuel Nebout : « C'est un sujet essentiel car la lumière révèle les œuvres et l'architecture. Mais avec un impératif : le contrôle de ladite lumière. Car certaines œuvres, comme les tissus, les peintures ou les dessins ne la supportent pas. » Jean-Jacques Ezrati, éclairagiste conseil au Centre de recherche et de restauration des musées de France, confirme : « En effet, les musées peuvent recevoir de la lumière naturelle et l'utiliser, mais il faut la prendre en compte dans sa variabilité et dans son orientation. Il est impératif de travailler l'entrée de la lumière, tout en se protégeant du soleil ». Protection qui va empêcher que les rayons du soleil n'atteignent les œuvres, n'éblouissent les visiteurs et éviter les apports calorifiques importants. Une salle de musée où sont exposés des tableaux sensibles, par exemple, doit avoir un climat stable, car les changements de température sont tout aussi dommageables à certaines œuvres.

« Il convient de faire en sorte que le distinguo entre lumière artificielle, relais obligatoire lorsque la lumière du jour ne suffit plus, et lumière naturelle soit le plus discret possible », renchérit Emmanuel Nebout. Ce qui implique souvent de faire disparaître la source, artificielle ou naturelle, d'une manière ou d'une autre. L'une ou l'autre peuvent aussi être utilisées en appui ou en complément.

Ainsi, c'est l'option qui a été retenue lors de la rénovation de la salle des États au musée du Louvre. Dans cette salle, depuis quatre ans est exposée la Joconde : l'éclairage naturel est relayé par la lumière artificielle au fur et à mesure que l'intensité de la lumière du jour baisse ou qu'il fait moins beau à l'extérieur. « L'éclairage additionnel à la lumière naturelle de la verrière apporte un complément et prend le relais quand la lumière du jour baisse. Mais cette lumière a une légère dominante verdâtre, il a donc fallu ajouter un complément magenta pour casser le vert », explique Jean-Jacques Ezrati.

Parvenir à un tel niveau de résultat implique une prise en compte de ces problématiques liées à la lumière dès la phase de conception, en neuf comme en rénovation. Selon Jean-Jacques Ezrati : « Chaque cas est unique et il est indispensable de connaître la réponse du bâtiment à la lumière naturelle. Il est nécessaire, pour obtenir de bons résultats, d'utiliser des outils de simulation solaire ».

Autre outil tout aussi indispensable pour gérer éclairage naturel et artificiel au mieux : la domotique. Il est toujours préférable que les composants techniques (volets roulants, brise-soleil, stores.) soient asservis à une gestion technique plutôt que manipulés par les agents du musée qui ne seront pas toujours là pour actionner un store destiné à protéger une œuvre du rayonnement solaire. Avec la domotique, les équipements de protection solaire seront actionnés automatiquement une fois que des capteurs intérieurs, mais aussi extérieurs, auront apprécié le niveau de lumière naturelle entrant, et ce en fonction de paramètres prédéfinis. L'éclairage artificiel est bien sûr asservi au même système. Cela permet de baisser ou de monter son intensité selon le niveau d'éclairement naturel.

La gestion de la lumière permet également d'adapter les consommations d'énergie à la situation et d'optimiser ainsi la rentabilité d'une installation d'éclairage et de climatisation. Mais, dans un musée, c'est toujours la protection des œuvres et le confort du visiteur qui seront privilégiés.

L'efficacité des différents moyens de gestion de la lumière naturelle dépend aussi en grande partie de la sensibilisation des utilisateurs. Elle est aussi liée au climat et à la taille de la zone contrôlée. Par exemple, prévoir une fermeture automatique des volets ou des stores après le départ des derniers visiteurs permet, en été, d'éviter que les œuvres ne soient exposées trop longtemps au rayonnement solaire.

Répartition de la lumière

Sur le plan de la conception du bâtiment, distribuer la lumière naturelle consiste à la diriger et à la transporter de façon à créer une répartition homogène, en ayant toujours à l'esprit l'idée de protection des œuvres et de confort pour le visiteur. C'est particulièrement délicat dans les opérations de réhabilitation. En effet, par rapport à une lumière artificielle, la lumière naturelle apporte un éclairement très hétérogène. Sa bonne répartition représente donc un facteur clé pour assurer un éclairage de qualité. Elle peut être favorisée par différentes approches techniques. Ainsi, la distribution directe ou indirecte de la lumière, via des baies vitrées, des sheds, la répartition des ouvertures, l'agencement des parois intérieures, les matériaux utilisés pour les sols et cloisonnements, la couleur de ces matériaux ont un impact important sur sa diffusion.

D'où la nécessité d'une réflexion en amont pour gérer au mieux les apports naturels. Le vitrage a bien sûr un rôle clé à jouer dans ce domaine. Des systèmes de filtration peuvent limiter, sans diminuer l'intensité lumineuse, l'effet du rayonnement solaire. Par exemple, lors de la réhabilitation du bâtiment qu'occupe aujourd'hui le musée d'Art contemporain de la communauté française de Belgique - réhabilitation qui visait à limiter les apports solaires d'une façade classée orientée au sud -, l'architecte du projet Pierre Hebbelinck a pris le parti de construire une seconde peau en retrait de la façade existante. Cette seconde peau étant constituée d'un vitrage translucide hautement diffusant, qui stoppe tout rayonnement direct susceptible de pénétrer dans la salle.

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