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3 Initiative L'autoconstruction partielle comme outil de réinsertion

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3 Initiative L'autoconstruction partielle comme outil de réinsertion

Enduites en blanc ou gris, les façades sont rehaussées par des surfaces en Glasal (panneaux colorés en fibre-ciment Eternit) rouge et vert qui signalent les entrées des maisons. Les menuiseries sont en PVC. (Doc. DR.)

Entre 2006 et 2008, les associations et les pouvoirs publics de la ville de Chelles (Seine-et-Marne) ont mis en place un projet d'insertion sociale. Sept maisons ont été en partie construites par leurs futurs occupants.

Suite aux émeutes de 2005-2006, la lutte contre le déséquilibre social devenait une priorité. L'Office public d'aménagement et de construction (Opac) de la ville de Chelles a donc mis en place une opération atypique pour relancer le dialogue social. Le principe ? Faire participer activement les futurs locataires, demandeurs d'emploi de longue date, à la construction de leurs maisons afin d'aider leur réinsertion professionnelle. Une petite enclave à proximité de la résidence Schweitzer-Laennec - où le taux d'actifs plafonne à 40 % - a été choisie pour construire sept maisons de ville relevant du logement social. Si l'Opac était maître d'ouvrage, un comité de pilotage a été créé avec des partenaires locaux pour soutenir et organiser ce projet difficile. L'association Igloo France (Insertion globale par le logement et l'emploi) a apporté son expérience dans ce type d'initiatives. La conception du projet a été confiée à l'agence d'architectes Guérin & Pedroza et l'exécution à l'architecte Hadi Iguedelane. Présent assez tôt sur le projet, il a bénéficié d'un droit de regard, notamment sur l'aménagement intérieur. Démarré fin 2006, le projet a permis de livrer les maisons en avril 2008, avec un premier lot de deux maisons et l'autre de cinq constructions. Participer à la construction de leur logement a valorisé les bénéficiaires. La formation terrain leur a offert l'opportunité de se réinsérer dans le monde du travail. Mais une telle démarche a un coût. L'enveloppe globale du projet s'est envolée à 1,3 million d'euros, soit d'après Hadi Iguedelane un surcoût d'environ 30 %, en grande partie imputable au volet social. « Outre les retombées sociales, nous souhaitions que le résultat soit esthétique et axé développement durable, avec une qualité similaire à nos autres chantiers », souligne Jean-Baptiste Paturet, directeur de l'Opac de Chelles.

Des clauses d'insertion sociale dans les appels d'offres

Les futurs locataires ont été associés de la phase de conception à la réalisation du gros œuvre. Des demandeurs d'emplois aux minima sociaux, et habitant le quartier, ont été sélectionnés. Seul l'un d'entre eux avait une expérience dans le bâtiment en tant que plombier. Les associations de réinsertion Phare et Eirel ont évalué leurs motivations et leurs capacités, en fonction du métier souhaité : maçon, plâtrier, couvreur, métreur ou peintre. Sur les sept familles sélectionnées, cinq individuels et deux couples étaient concernés, soit neuf personnes, même si finalement les deux femmes n'ont pas travaillé sur le chantier. Afin de leur proposer un vrai parcours d'insertion professionnelle, avec une spécificité de corps d'État, l'Opac a obtenu des entreprises de construction partenaires. Le bilan est globalement positif : une seule famille a abandonné avant l'achèvement. Deux des personnes formées ont trouvé un poste stable et trois un travail intermittent. « Le principe était clair.

Pour obtenir une maison dans un cadre de vie agréable, il était nécessaire de travailler jusqu'à la fin du chantier, confie l'architecte Hadi Iguedelane. Mais il nous a été difficile de respecter les délais, tout en formant ces gens. Heureusement, les responsables de l'Opac ont été compréhensifs. » Si le retour à l'emploi ne faisait pas partie des missions traditionnelles de l'organisme, à la suite de ce projet Igloo, des clauses d'insertion professionnelle sont plus fréquemment incluses dans leurs appels d'offres, mais à une échelle bien moindre.

Des réunions de concertation

Au départ, il était prévu de construire des T3/T4 (64 et 75 m2), mais un T2 (49 m2) a été construit pour l'une des personnes qui vivait seule. Ces maisons en R 1 comble ont été construites sur un terrain de 2 295 m2. Les concepteurs ont choisi de ne pas s'écarter des techniques tradition­nelles, afin de ne pas mettre la barre trop haute en termes de savoir-faire et d'éviter une augmentation du budget. Ainsi, l'architecture en bois a été écartée, de même que le mur de briques qui avait été retenu au départ, pour être remplacé par du classique parpaing de 20 cm. Si des réunions de concertation avec les futurs occupants ont été organisées dès la phase de conception, le choix qui leur était proposé (pour le revêtement de sol ou le papier peint) se limitait à quelques options prédéfinies par les architectes. Certains d'entre eux auraient souhaité personnaliser les finitions eux-mêmes, mais pour que le projet soit financé, ils devaient réceptionner une maison finie.

Si le volet social a alourdi l'organisation du chantier, en revanche l'entretien ne s'appuie pas sur les habitants. Celui des terrasses végétalisées est sous-traité et se fait via des échelles extérieures.

De même que la tonte des pelouses. Seul l'Opac possède la clef des portes entre les jardins privatifs. « Néanmoins, la dimension environnementale du chantier a permis aux futurs habitants d'intégrer déjà certains réflexes HQE, souligne l'architecte Hector Predroza. Par exemple, comme c'était un chantier propre, le tri sélectif fait partie des réflexes acquis ce qui devrait être utile pour la suite. »

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°290

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