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3 CONSTRUCTION D’importants changements sont attendus

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3 CONSTRUCTION D’importants changements sont attendus

Le Patio Lumière, dans la ZAC de Bonne à Grenoble (38) : placées au-devant des balcons, des persiennes coulissantes en bois protègent du soleil pour le confort d’été, tout en animant la façade. Maître d’ouvrage : Bouygues Immobilier, architecte : Thierry Roche. (Doc. Atelier Thierry Roche.)

La nouvelle Réglementation thermique aura un impact sur les techniques constructives, leurs organisations spatiales et les équipements employés. Un tour d’horizon des logements collectifs récents thermiquement performants permet de s’en faire une première idée.

L'introduction de l’approchebioclimatique dans la Réglemen-­tation thermique, alliée à des exigences plus grandes en terme de consommation énergétique, devrait avoir un impact sur la construction en France.

Sur les premières générations de bâtiments BBC, Catherine Bonduau, directrice del’association Effinergie, constate « une augmentation de la compacité, une meilleure gestion des surfaces architecturales », qu’elle explique par « une réflexion plus importante de la part des architectes ». Architecte à Puteaux (92), Laurence Baudouin en témoigne : « Le BBC a changé notre manière de concevoir et nous oblige à réfléchir. On pense plus à la compacité. On faisait plus de décrochés, de développés… Mais en BBC, ça coûte une fortune… ».

Mais, du « bâtiment blockhaus » au « cube », la compacité a aussi fait peur : « Beaucoup de gens pensent que le BBC, c’est compacité et petites fenêtres », avance Pascal Gontier, architecte à Paris. « On entend dire “ tout va être moche... on va faire des cubes comme en Allemagne ”, renchérit Jean-Louis Abt, architecte à Besançon (25).

Alors que c’est justement le rôle de l’architecte, du moment que l’enveloppe est chaude et étanche, d’agrémenter le bâtiment de façon harmonieuse. »

L’utilisation de masques architecturaux fixes

Le concepteur dispose d’une palette assez large de composants, à commencer par les balcons, coursives ou escaliers extérieurs. Exemple, la résidence Minima Domus, au Grand-Charmont (25) : deux couples de deux « cubes » reliés entre eux par un escalier extérieur désolidarisé des deux immeubles qu’il dessert, (Ingrid Génillon, architecte).

Sur les façades orientées au sud, les balcons et loggias, casquettes photovoltaïques ou autres pergolas font partie des masques architecturaux fixes qui répondent au besoin de protection solaire.

Cette nouvelle obligation de la RT 2012 pour garantir le confort d’été en évitant la climatisation, devrait contribuer de façon non-négligeable à renouveler l’aspect des façades même si, pour Catherine Bonduau, ce champ est encore peu investi par les industriels français : « Il reste de la place pour la création dans ce domaine ».

Les dispositifs mobiles offrent potentiellement une grande variété de types de composants, de couleurs et de matériaux, du brise-soleil aux persiennes, en passant par les volets ajourés, jalousies orientables ou simples stores de toile. Sur les bâtiments récents, ces composants sont placés plus fréquemment au-devant du balcon : une façon de former une seconde peau, ouverte et mobile, devant la façade, en même temps que de rendre cet espace aux habitants en période chaude.

Une redistribution des pièces

Le Bbio va-t-il aussi encourager l’utilisation des serres bioclimatiques ? Jean-Louis Abt n’y croit pas : « La loggia thermique, c’est une vue de l’esprit, car elle nécessite une action humaine. C’est une contrainte trop compliquée pour l’habitant. Il fautrester simple ». Pour Michel Le Sommer, ingénieur-conseil spécialisé HQE à Paris, elles peuvent se développer « à condition qu’elles soient assistées par la domotique, pour limiter les risques de montée en température en assurant les ouvertures de fenêtres et la mise en mouvement des protections solaires automatiques ».

Leur gestion en logement collectif est cependant difficile, indique Hervé Vincent, architecte à Lyon (69) : « Les bailleurs sociaux n’en veulent pas, par exemple, car elles sont investies au même titre qu’une pièce supplémentaire : on y laisse souvent la porte ouverte en hiver », ce qui les rend très déperditives.

La traque à l’économie d’énergie devrait aussi entraîner une distribution des pièces plus cohérente. « La basse consommation oblige à avoir du bon sens, affirme Ingrid Génillon. Les pièces de vie au nord, par exemple, ce n’est plus possible. » Plus possible non plus, note Jean-Louis Abt : « les couloirs centraux distribuant les logements côté nord d’une part, côté sud, d’autre part ». Ni l’implantation avec orientation est-ouest : « En hiver, les logements n’ont pas de soleil et en été ils en ont trop, car la caquette solaire ne protège qu’au sud [de sud-est à sud-ouest, ndlr] ». Bref, comme le résume Éric Baeza, architecte à Angers (49) :« la disposition “ pièces de vie au sud/partie nuit au nord ” devient un standard ». Et les appartements traversants distribués par une coursive, au nord, se montrent plus fréquents.

Sur la façade sud, les ouvertures vont gagner en surface. Selon une étude du BET Cardonnel, le ratio prescrit par la RT 2012 (1 m2 de surface vitrée pour 6 m2 de surface habitable, soit 17 %), doit être considéré comme « un minimum réglementaire », car l’accroissement des surfaces vitrées réduit le besoin en chauffage, à condition que le coefficient Ug de la fenêtre soit d’au moins 1,4 W/m².K. Mais cette plus grande surface vitrée doit être gérée avec prudence : « Il faut essayer de limiter les petites ouvertures de type meurtrières, telles qu’on en voit beaucoup aujourd’hui, explique Marika Frenette, du cabinet de conseil en environnement et santé du bâti Wigwam. Car le châssis est le point le plus faible thermiquement et les angles très compliqués à traiter. De plus, cela augmente de façon importante le risque de pont thermique linéaire et d’infiltration de l’air par les parcloses. Quand, au lieu d’une seule baie de 3 m2, vous mettez trois fenêtres d’1 m2, par exemple, vous multipliez les risques par trois ».

Limiter les raccordements aux menuiseries

« En basse consommation, remarque Jean-Louis Abt, l’étanchéité à l’air, c’est le plus difficile car c’est du réel. Le reste, c’est du calcul. » L’obligation de traiter la perméabilité à l’air des logements aura donc des conséquences sur les techniques constructives.

Ainsi, les architectes optent-ils plus souvent pour des systèmes préfabriqués en atelier, avec les châssis intégrés, pour limiter le nombre de points de raccordement à traiter sur le chantier.

Hervé Vincent, architecte lyonnais, utilise ainsi des ensembles menuisés pour deux chambres contiguës, prévus pour recevoir la tête de cloison : « Du coup, on n’a que quatre angles à traiter au lieu de huit ».« En passif, précise Marika Frenette, sur les façades sud, les concepteurs cherchent aujourd’hui à combiner des baies, mêlant châssis fixes et ouvrants. »

Dans les systèmes maçonnés, l’étanchéité à l’air influence aussi les choix et fait préférer les solutions monolithiques (béton banché ou prémurs) plutôt que blocs, par exemple, « car l’air passe à travers le mur », assure Jean-Louis Abt.

Certains matériaux ou mises en œuvre réapparaissent, comme le plâtre enduit, « car il permet d’éviter la lame d’air », remarque Ingrid Génillon.

Un changement notable pourrait aussi découler, à terme, de l’isolation par l’extérieur : la pose des menuiseries au nu extérieur du mur.

« De plus en plus d’architectes se posent la question, déclare Marika Frenette, dont le cabinet revendique une approche internationale, car cette solution, très usitée dans les pays d’Europe du Nord, résout les problèmes d’étanchéité des tableaux. Mais l’ouverture des fenêtres vers l’intérieur pose dans ce cas d’autres problèmes. Il y a là tout un nouveau chapitre de réflexion architecturale. » Et inclut les questions esthétiques : « Attention au jeu d’ombres et de lumières qui fait aussi l’architecture », avertit Hervé Vincent.

Place prépondérante de la ventilation

Le poste « ventilation » prenant de plus en plus de place, proportionnellement, dans la consommation d’énergie des bâtiments économes, la RT 2012 pourrait là aussi impulser des changements.

« Elle va forcer à chercher tous azimuts des solutions pour réduire ce poste énergétique », soutient Bruno Pécoul, architecte aux Ateliers Philippe Madec qui met en œuvre dans l’opération de logements collectifs Parc Delzieux à Saint-Nazaire (44) un système de Ventilation naturelle assistée et contrôlée (VNAC) avec conduit de tirage naturel et tourelle à vent, pour lequel une demande d’Atex est en cours.Des systèmes qui conditionnent la forme du bâtiment et créent « une architecture très marquée, qui se voit de l’extérieur », relève Marika Frenette, citant l’opération BBC Le Grand Large à Dunkerque (agence Nicolas Michelin et ass.), dont la forme des toitures a été calculée en fonction de la ventilation (système Navair d’Astato).

Des systèmes encore très rares, en particulier en logements collectifs : « La ventilation naturelle, ça ne marche que si c’est très précisément calculé et il existe très peude compétences de ce genre en France ».

Les réalisations basse consommation, selon la latitude, ont utilisé l’Hygro B (régions chaudes), critiquée par certains professionnels pour son renouvellement insuffisant de l’air, ou la VMC à double flux (régions froides), considérée comme une évidence par certains pour ses performances en termes de récupération de chaleur et de renouvellement d’air, mais refusée par d’autres, à cause de l’obligation qu’elle entraîne de garder les fenêtres fermées.

Entre les deux, Hervé Vincent, qui l’utilise systématiquement, prévoit des solutions de free-cooling pour la ventilation nocturne en été, ou Pascal Gontier, qui met en œuvre une VMC à double flux que l’on débraye hors saison de chauffe.

« Cela suppose d’avoir les pièces humides donnant sur l’extérieur », précise-t-il. Et que la disposition du logement permette une ventilation traversante.

Mais la RT 2012, son « Bbio » et ses 50 kWh/m2/an vont-ils transformer les techniques constructives ? On peut l’espérer, estime en substance Thierry Roche, architecte lyonnais, car « la basse consommation rend les architectes intelligents ». Le changement réside d’abord dans la méthode de travail : « Sur un projet performantiel, au lieu d’empiler les fonctions comme un millefeuille, on est obligé de se mettre tous autour d’une table et de travailler par consensus », argumente-t-il. Pour Pascal Gontier, « les vrais changements ne sont pas encore pour maintenant : en basse consommation, les ponts thermiques sont encore possibles si on compense par ailleurs. Mais pas en passif ».

Entre BBC et passif, « les techniques sont proches, estime Marika Frenette. Du point de vue thermique, le BBC est plus exigeant que d’autres pays. Mais très en dessous en matière d’étanchéité à l’air. Une fois qu’ils ont fait du BBC, les architectes convainquent vite les maîtres d’ouvrage d’allervers le passif. Pour moi la RT 2012 n’est donc qu’un feu de flammèches.Une étape vers le passif, qui ne va pas durer longtemps ».

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