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1 MUR-MANTEAU Rénover les façades : une opération trois-en-un

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1 MUR-MANTEAU Rénover les façades : une opération trois-en-un

Mettre en place une isolation thermique par l’extérieur est l’occasion de supprimer les ponts thermiques, de réduire les déperditions et de diminuer la facture de chauffage. Mais cette opération est aussi un moyen d’améliorer l’esthétique des logements sociaux des années 60 et 70.

Les murs des logements sociaux construits dans les années 60 et 70 étaient peu, voire pas isolés du tout. Responsables en moyenne de 30 % des déperditions thermiques, ils pouvaient être plus déperditifs que les fenêtres ou que la toiture. Ces déperditions liées aux façades étaient sources d’inconfort pour les occupants et ont considérablement alourdi les charges de chauffage après la première crise pétrolière de 1973. Pour de nombreux logements sociaux, les financements Palulos (1) des années 80 ont amélioré l’isolation. Si les pires épaves thermiques atteignent encore aujourd’hui une consommation de 600 kWh/m2.an, les moyennes dans l’existant représentent 250 kWh/m2.an. Un chiffre qui reste très éloigné des 50 kWh/m2.an que devrait préconiser la future RT 2012.

C’est la raison pour laquelle les éco-prêts logement social ont été mis en place en 2009 dans le cadre du Grenelle de l’environnement. Cette mesure doit permettre la rénovation thermique des logements sociaux les plus énergivores, soit 800 000 bâtiments.

Une enveloppe de 1,2 million d’euros doit permettre de traiter les 100 000 logements sociaux prioritaires d’ici à la fin de l’année 2010. Plus concrètement, il s’agit de transformer ces bâtiments énergivores, en édifices conformes au minimum aux standards actuels. C’est un véritable engagement sur le résultat de la performance énergétique qui est requis : la consommation d’énergie primaire avant travaux doit être supérieure à 250 kWh/m2.an et descendre après rénovation thermique à 150 kWh/m2.an ou moins (modulé selon la zone climatique et l’altitude).

« Dans l’Hexagone, le logement social représente environ 300 millions de m2 de façades. Il est envisageable de traiter l’isolation de ces constructions par l’intérieur, mais ces logements sont en général déjà petits et occupés. La grande majorité d’entre eux est donc éligible à l’isolation thermique par l’extérieur (ITE) », estime Dominique Delassus, président de G2M (groupement des industries du Mur manteau). Il est vrai que les avantages de l’ITE ne sont plus à démontrer : suppression des ponts thermiques, protection du bâti contre les intempéries, étanchéité, amélioration de l’inertie thermique et donc du confort des occupants, réduction des charges de chauffage, travaux en site occupé, amélioration esthétique, valorisation du patrimoine…

Points singuliers : toute la difficulté des ITE

Des avantages reconnus, à condition de respecter quelques aspects importants, en particulier les points singuliers, qui représentent toute la difficulté d’une ITE et donc le coût d’un chantier de rénovation thermique. « Les maîtres d’ouvrage ont souvent tendance à estimer le prix en fonction d’une superficie de façade, alors que la réalité prend en compte des lignes de produits », explique ainsi Pierrick Frouin, directeur technique chez Zolpan. Autant que possible les tableaux et voussures des menuiseries en retrait doivent être traités en isolation, si les largeurs de tapées le permettent, afin d’éviter les ponts thermiques. De même, il est nécessaire de procéder au gainage complet dans l’épaisseur de l’ITE des gaines de ventilation, afin d’éviter les infiltrations à l’arrière de l’isolant. « La différence de coût peut représenter jusqu’à 30 % supplémentaires lorsque ces différents éléments sont réellement pris en compte. »

Sur un chantier d’ITE, le coût du matériau représente 20 % du budget, contre 80 % pour la mise en œuvre. D’où la nécessité pour tous les acteurs du secteur – et le groupement ITE de la FFB regroupe 12 fédérations – d’être sensibilisés et ­formés aux bonnes pratiques. Le groupement élabore d’ailleurs actuellement un guide de conception des ouvrages à valeur de DTU. Différents industriels ont ainsi mis en place leur propre centre de formation. Ils y proposent des stages aussi bien pour les entreprises de pose que pour les maîtres d’œuvre.

Plusieurs méthodes de reprise de façade

Outre l’attention à porter à la mise en œuvre, la réussite d’un chantier dépend aussi de l’état de la façade et de la rigueur du diagnostic. « Une grande partie des logements sociaux des années 60 et 70 étaient revêtus de pâte de verre ou de grès-cérame, des éléments qui présentent souvent un risque de décollement », remarque Frédéric Ménard, directeur marketing de Sto. « Dans ce cas, il existe plusieurs méthodes de reprise, comme l’imperméabilité de façade, avec recollage et ratissage préalable ponctuel ou général. La pose de plaques Storéno Plan qui après ragréage ponctuel permet l’encapsulage ou la pose de systèmes d’ITE adéquats ». L’industriel propose également le système Sto Ventec composé de bardages avec une sous-construction à base d’équerres en acier inoxydables ajustables pour redonner une planéité à des supports présentant de fortes irrégularités de surface.

Ce dispositif sert à fixer une plaque support de 12 mm d’épaisseur composée à 96 % de granulats de verre recyclé. L’ensemble peut ensuite recevoir différentes finitions.

Une autre possibilité consiste à surisoler le bâtiment. Au lieu de déposer l’isolation existante, l’Armaterm Surizol de Zolpan ou le Stotherm Surisolation de Sto conservent l’isolation thermique par l’extérieur existante qu’il s’agisse d’un enduit mince ou d’un enduit épais et solidarise l’ensemble aux supports. La fixation s’effectue par chevillage sur la structure existante, elle traverse donc l’isolant. « Avec ce dispositif, nous remettons l’édifice en conformité avec les exigences thermiques tout en rajoutant une épaisseur moindre d’isolant. L’opération est ainsi plus économique pour le bailleur social et génère moins de ­nuisances pour les occupants des ­appartements », souligne Pierrick Frouin. Il est également possible d’opter pour un vêtage, qui consiste à rajouter une peau ou une finition sur un isolant déjà en place, par exemple pour la réalisation de bâtiments réalisés avec un procédé enduit sur isolant. « Cette solution signifie alors que l’isolant était encore en bon état. En général, il est dommage de ne pas en profiter pour augmenter la résistance thermique du système en place », déplore Dominique Delassus. Une technique très proche consiste à mettre en œuvre une vêture, des panneaux manufacturés qui comprennent l’isolant et la finition, en général manu-portables, qui se fixent directement sur la paroi. Chaque procédé dispose de ses propres adaptations en fonction du support, des exigences techniques (isolation thermique, phonique, réglementation incendie…) et des besoins des maîtres d’ouvrage.

Améliorer les performances des isolants

Pour les maîtres d’ouvrage, les priorités sont évidemment la pérennité et le maintien des performances dans le temps. « Sur ce point, les isolants et les systèmes sont des produits normés. Ils peuvent disposer d’un document technique d’application (DTA), une démarche volontaire des industriels qui précise que le produit est adapté à la construction française. Ce qui peut être utile pour certains textes typiquement français », indique Pierrick Frouin. En matière d’isolants, le plus utilisé en ITE est le polystyrène expansé qui affiche un coefficient de conductivité thermique (lambda) de 0,038 W/m.K. Le polystyrène graphité de couleur grise dont le lambda est de 0,032 W/m. K existe depuis trois années en France. Enfin, depuis quelques mois, le britannique Kingspan propose une mousse résolique dont le lambda s’élève à 0,022 W/m.K. Après avoir obtenu un Avis technique européen (ATE), Sto prépare ainsi la commercialisation prochaine du Stotherm resol, un composé de mousse résolique, dont les performances sont encore améliorées de presque 50 % par rapport à un isolant graphité.

Depuis trois ans, la tendance est à l’augmentation des épaisseurs d’isolant pour améliorer la résistance thermique des façades. Dans ce contexte, maintenir la qualité de vie en protégeant le clair de vitrage devient nécessaire. L’une des ­solutions consiste à réaliser des angles à 45° au niveau des fenêtres.

Une coupe du polystyrène qui s’effectue désormais au fil chaud pour un résultat plus net.

Moins couramment utilisée, la laine de roche sert le plus souvent dans les bâtiments dans lesquels la contrainte feu est forte. Classé M0, ce matériau est incombustible et affiche de très bonnes performances au feu, aussi bien en résistance qu’en réaction. « C’est également un excellent isolant acoustique », souligne Fouzia Salhi, responsable du marketing chez Rockwool. Dans les immeubles de grande hauteur (IGH), la laine de roche est souvent utilisée, afin d’éviter la propagation des flammes. « Si le polystyrène prédomine, il y a souvent des reports vers la laine de roche pour des questions de réglementation incendie, de contrainte acoustique ou de choix environnemental des maîtres d’œuvre », poursuit-elle.

Résister au vandalisme et au passage des conteneurs

Autre demande très importante des bailleurs sociaux concerne la résistance aux chocs, en particulier en partie basse. Il s’agit non seulement de résister au vandalisme, mais aussi aux passages des conteneurs, par exemple. Là aussi, tout un panel de solutions techniques existe. Zolpan propose la vêture Piz : une vêture en béton de fibres avec un isolant en polystyrène posé sur des rails métallique. Chez Sto, le Stoterm Ceramic renforce les parties basses par collage d’éléments de céramique, dont les caractéristiques sont définies en fonction du poids maximum admissible par m2 et du cahier des charges du maître d’ouvrage. Enfin, une solution plus classique dans le cas d’un enduit sur isolant consiste à renforcer les sous-enduits. La double-toile ou l’armature renforcée constituent des moyens d’y parvenir.

Toutes ces solutions sont ensuite compatibles avec différentes finitions. La grande famille des enduits sur isolants se décline en fonction des effets désirés. Les enduits perlants ou à effet lotus n’accrochent pas la poussière et limitent l’encrassement des façades. Les finitions varient en fonction de l’esthétique recherchée et du sous-enduit utilisé. Acryliques, siloxanes ou minérales, minces ou structurées, les finitions se déclinent dans une multitude de teintes. Elles sont complétées par des modénatures, qui agrémentent et apportent du relief.

Outre les enduits, qu’ils soient organiques ou minéraux, les vêtures et les bardages peuvent être habillés aussi bien d’ardoise, de zinc, d’aluminium, de bois, de PVC, de briques en terre cuite, de matériaux composites… « Pratiquement tous les matériaux disponibles pour les façades se retrouvent dans un système d’ITE », conclut Dominique Delassus.

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