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1. Matériaux L’emploi du bois et de la pierre perdure

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1. Matériaux L’emploi du bois et de la pierre perdure

Le bâti spécifique d’Avoriaz datant de 1966, constitué d’immeubles isolés ou groupés de morphologie en dégradés, s’intègre parfaitement au site montagneux environnant.

© (Doc. At.d’Architecture d’Avoriaz.).

Bien que les courants architecturaux aient marqué de leur empreinte les stations de sports d’hiver depuis plusieurs décennies, l’utilisation massive en façade du bois et de la pierre persiste, aussi bien pour l’habitat que pour les équipements.

L’approvisionnement et le montage des matériaux et des équipements en montagne varient selon les lieux d’implantations qui peuvent être des stations de sports d’hiver ou bien des refuges d’alpage. À partir de 1 800 m, la mise en œuvre des bâtiments est conditionnée par le site. Quel que soit l’ouvrage, les chantiers sont sujets à diverses contraintes dues au risque permanent d’intempéries. Il en découle que le choix de la période la plus favorable de déroulement des travaux est la saison d’été qui peut se prolonger jusqu’à l’automne. Le but étant de réaliser le hors d’air – hors d’eau, soit la fermeture du bâtiment, de mai à octobre, voire novembre.

Ce constat s’applique avant tout au gros œuvre et à un bétonnage éventuel.

Quand le gros œuvre est achevé, si les menuiseries ne sont pas encore mises en place, la pose de polyane permet de clore l’édifice provisoirement. Les phases suivantes d’aménagement intérieur des espaces s’enchaînent ensuite durant les mois d’hiver, moyennant un chauffage du chantier, ou bien elles ­reprennent en été.

Des contraintes variables d’accessibilité

À noter que certains arrêtés municipaux interdisent la circulation des grues et des camions en saison hivernale, pour cause d’intempéries, mais aussi du fait de la difficulté à loger les ouvriers durant la saison de ski. Or, ce temps restreint de chantier réclame une organisation performante, basée sur une importante préparation en amont. Celle-ci s’appuie sur la préfabrication d’un maximum d’éléments, comme la charpente qui est fabriquée et entreposée, l’été, dans la vallée.

Chaque jour de beau temps est exploité au maximum : les journées de travail s’étirant de 6 h à 22 h. Concernant l’acheminement des matériaux, il est aisé dans les stations de ski desservies par des rues et des routes, mais nettement plus compliqué en altitude, dans des zones désertes.

Ainsi, pour les refuges isolés, deux cas se présentent. Si l’édifice se trouve non loin d’un village et qu’il est accessible par des chemins pédestres, la livraison des matériaux s’effectue à l’aide de véhicules tout-terrain (de type 4 x 4). En revanche, si le refuge est perdu en haute montagne, il est nécessaire de transporter les composants par hélicoptère. Le bon avancement du chantier se trouve alors totalement conditionné par cette contrainte, car l’héliportage représente un coût élevé qui doit être maîtrisé. À titre d’exemple, Gaston Muller, architecte à Saint-Gervais-les-Bains (Haute-Savoie), a construit dernièrement plusieurs refuges d’altitude. « Il est indispensable d’intégrer cette contrainte d’approvisionnement, dès le projet. La structure de l’édifice, conçue pour être facilement transportable, est entièrement préfabriquée. L’ossature démontable en bois, composée de petits éléments assemblables, demeure la meilleure solution.

Un travail pointu de dimensionnement permet de calculer le nombre précis de pièces à fabriquer et à livrer, chaque charge ne devant pas dépasser 700 kg », explique l’architecte. Cette préfabrication permet également de réduire le temps de pose. Cette donnée primordiale concorde avec l’impérieuse nécessité de limiter la durée du chantier qui varie de deux à quatre mois, la neige arrivant vite. Mais l’ossature en bois, rarement utilisée en totalité, représente entre 70 et 90 % de la structure du bâtiment. D’où un soubassement qui est le plus souvent bâti en béton enduit ou habillé de pierre. L’hélicoptère, qui sert de grue, transporte alors du béton prêt à être coulé, à raison de trois rotations pour un mètre cube, environ. Car le site, parfois dépourvu d’eau, oblige à préparer, préalablement dans la vallée, le béton doté d’un adjuvant retardateur.

Domination des matériaux traditionnels

Suivent les livraisons successives des différents composants en bois et autres (murs, planchers, charpente, etc.) qui sont assemblés in situ. Quant au choix des matériaux proprement dit, deux approches complémentaires se côtoient : la référence aux éléments traditionnels, basée sur le bois et la pierre, et l’insertion de matériaux autres, participant à une démarche architecturale plus moderne. L’architecture traditionnelle de montagne, d’obédience rurale, s’apparente au modèle de la grange. Les murs sont en pierre sèche, la charpente en bois, et la couverture en bois ou en lauze. Ce type de construction préservé est le plus souvent restauré à l’identique. Dans les stations de ski, les constructions neuves suivent les courants conceptuels en cours. La tendance actuelle prime le retour à l’ancien et au régionalisme, avec l’usage majoritaire du bois et de la pierre. La structure du bâtiment est montée en maçonnerie, partiellement ou en totalité. Sur le soubassement en béton, se dresse la superstructure, réalisée en béton (le plus fréquent) ou en ossature bois (rare). En fait, la superposition béton-bois est adaptée aux petits ouvrages, telles que des surélévations réalisées sur des bâtiments à toits-terrasses. Rajouter un niveau en charpente bois permet d’alléger l’intervention, tout en créant un niveau avec un toit à deux pentes, apprécié de la commune et des usagers, régionalisation oblige.

Des enveloppes surisolées

Le béton est privilégié pour les opérations d’envergure, car il répond parfaitement aux exigences du site montagnard, soumis au respect des règles parasismiques. Ce matériau résiste bien aux poussées de la neige et des avalanches. En couverture, plusieurs gammes de produits sont mises en œuvre. Le matériau le plus utilisé, dans 70 % des cas environ, demeure le bac acier, pour sa fiabilité, sa durabilité et son économie. Il est surtout destiné aux équipements publics et aux logements collectifs. D’autres produits de grande diffusion, tel le panneau Polytuil (Icopal) d’ample dimension (1,05 m, 1,26 m) et en acier galvanisé de couleur (noir, rouge, etc.) sont souvent posés. Imitant les tuiles, ce dernier est durable (garantie de 30 ans) et facile de pose, mais génère un effet de banalisation des toitures. La tôle inox surfacée d’étain est également appréciée pour son esthétisme. Concernant les ouvrages plus sophistiqués (de type chalet ou opération « haut de gamme »), la lauze est prisée, malgré son coût élevé. Un autre matériau ancestral à la mode est le bardeau de bois (ou tavaillon), apprécié pour ses qualités esthétiques et écologiques. Mais il est peu utilisé, car il est onéreux et compliqué à entretenir. De même, l’ardoise, très fréquente autrefois, n’est presque plus posée (coût élevé dû à la raréfaction des carrières françaises).

Le bois, matériau de prédilection

À noter que les couvertures sont liées à des pentes spécifiques, imposées par les régions, elles-mêmes découpées en diverses zones. Du côté de l’enveloppe, le souci principal est de garantir une isolation efficace, face à des contraintes climatiques sévères. D’où la préconisation d’une isolation par l’extérieur, adaptée aux rigueurs du climat (vent, pluie et neige). Le mur épais mis en œuvre comprend un voile en béton (20 cm), un isolant en laine minérale (10 cm minimum), un pare-pluie, une lame d’air (2 cm) et un complexe en bardage (2 cm), ou bien un parement en pierre de pays. Cette isolation renforcée évite les ponts thermiques et répond à la réglementation en vigueur RT 2005. Pour ce qui est du bois, il peut être mis en œuvre systématiquement en façade, comme dans la station d’Avoriaz (voir encadré). Il présente plusieurs avantages. Ce matériau naturel, vivant, renouvelable et durable s’intègre bien dans l’environnement alpin. En effet, « À Avoriaz, le bois se patine dans le temps, et, selon l’orientation de la façade bardée, change de couleur. Il devient gris souris au nord, orangé à l’ouest, marron foncé au sud et gris clair à l’est », comme le souligne Simon Cloutier, architecte à Avoriaz. Il en résulte une variété d’aspects qui supprime toute uniformité et s’inscrit bien dans l’esprit de l’architecture vernaculaire. Celle-ci a créé des morphologies et des échelles variées qui structurent et enrichissent le bâti de la station.

Par ailleurs, concernant les menuiseries, ­elles peuvent être réalisées en aluminium à rupteurs de ponts thermiques ou en PVC, pour les équipements et les logements collectifs. À noter que les menuiseries en bois auparavant délaissées, car considérées comme peu performantes, reviennent en force. Elles plaisent pour leurs qualités esthétiques et thermiques qui ont été améliorées ces dernières années, malgré un entretien contraignant. L’habitat individuel préfère toujours le bois, pour les bardages de façades et les menuiseries. Enfin, les baies vitrées sont toutes équipées de doubles-vitrages argon. Le triple vitrage, plus approprié et largement diffusé dans les pays scandinaves, souffre de la méconnaissance des entreprises de pose.

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